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275 – Portrait du jour : Patrick Breuzé , auteur du roman “La jeune fille qui déplaçait les montagnes”.

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour son 275ème Portrait du jour – Criminocorpus le carnet reçoit Patrick Breuzé , auteur du roman La jeune fille qui déplaçait les montagnes.

Journaliste, enseignant, écrivain, Patrick Breuzé réside à Samoëns en haute Savoie. Sa passion pour la montagne lui a inspiré de nombreux romans à succès comme Le Silence des glaces ou  La grande Avalanche.

Bienvenue Patrick sur le très discret et prisé carnet criminocorpus. Ph. P

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Interview/portrait de Patrick Breuzé pour le carnet criminocorpus

Vous vivez aujourd’hui dans un village de montagne, vous êtes savoyard ?

Non, je suis d’origine bretonne et mon enfance je l’ai passée dans une maison en lisière de forêt dans la région parisienne. C’est sans doute pourquoi, à l’époque, je ne me voyais pas d’autres destinées que de devenir bûcheron ou forestier. Après un bac littéraire, je me suis inscrit en Droit, matière qui ne me passionnait pas à l’époque. Ce fut donc avec plaisir que je m’en suis échappé pour entreprendre des études à l’Ecole Supérieure de Journalisme puis à l’Institut Pratique de Journalisme à Paris. Une révélation pour moi qui accordais déjà une immense importance aux mots et qui ai découvert qu’ils représentaient une matière modelable à l’infini, sensible et vivante.

Vous dites souvent que vous n’avez jamais gagné un centime autrement qu’en écrivant.

C’est presque vrai. J’ai débuté dans la presse écrite comme beaucoup de jeunes journalistes : hebdomadaire d’abord à Versailles alors que j’étais encore étudiant, puis dans un quotidien à Orléans puis ailleurs dans d’autres villes de France. Et puis le hasard des rencontres m’a conduit dans la presse hebdomadaire parisienne. Aujourd’hui encore, j’écris pour plusieurs revues scientifiques et médicales.

Et l’enseignement, c’est arrivé comment ?

Un peu par hasard. Un terme d’ailleurs inapproprié pour parler du travail qui fut le mien à l’Institut Pratique de Journalisme à Paris puis, jusque récemment, à Sciences com’ à Nantes. Mon rôle fut plutôt celui d’un passeur de mots, d’un transmetteur de savoir. Aristophane disait : « enseigner ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu ». C’est ce que je me suis efforcé de faire auprès des 2000 étudiantes et étudiants que j’aurais côtoyés durant ces années.

Et la montagne alors ?

J’y viens. Elle est importante, capitale même parce que sans elle, je n’aurai jamais entrepris le travail littéraire qui est le mien aujourd’hui.

Après une vingtaine d’années passées à Paris, j’ai décidé il y a bientôt vingt cinq ans de rompre avec la vie parisienne pour m’installer en Haute-Savoie. Retour aux sources ont dit certains. Pas du tout. Ou alors il ne s’agit pas des mêmes sources puisque je suis d’origine morbihannaise. On m’avait prédit des débuts laborieux sur les terres de Savoie : « Les Savoyards sont secrets, renfermés, difficiles d’abord… ». C’est vrai mais pas plus que les Bretons. Nous avons en commun de défendre des valeurs et n’entendons pas que l’on vienne nous expliquer comment le faire. C’est sans doute pourquoi je me suis aussi bien compris avec les Hauts Savoyards, sans avoir à faire d’efforts mais en respectant l’autre pour ce qu’il sait et ce qu’il est .

Ce fut la source de vos premiers romans ?

Oui. Ces points communs : l’attachement à la terre, aux silences, aux petites et aux grandes misères de la vie, est devenu le terreau de mes premiers romans.

Au fil des rencontres et des discussions, j’ai découvert que beaucoup d’histoires, d’expressions et de gestes d’avant étaient en train de disparaître. Au début, j’ai écouté, puis j’ai noté et plus tard j’ai décidé de consacrer un peu de mon temps à faire revivre ce patrimoine menacé. En parcourant les vallées, et les villages, en m’arrêtant dans les fermes et les bistrots, j’ai appris à écouter et à aimer ces histoires et les gens qui les racontent.

Pour aller plus loin encore, j’ai créé à Samoëns, le village où je vis, un atelier d’écriture ouvert à tous ceux qui n’osaient écrire par peur du jugement ou des difficultés.

Et votre première publication littéraire, c’est arrivé comment ?

C’était en 2002 : un livre de nouvelles publié en auto-édition,

« La Vallée des Loups ». Onze nouvelles, sur la vie dans les villages de montagne où les pierres ont des vies antérieures, les mules, des états d’âme, les médecins, des destinées qu’épargne enfin la terrible logique de la science. Onze nouvelles dont l’une a remporté le Prix de la Nouvelle de Bonneville.

Ensuite les choses se sont très vite enchaînées. Un an après, j’ai publié mon premier roman, « Le Silence des glaces » aux Presses de la Cité. Un roman qui a pour thème l’histoire des premiers guides. Une histoire qui se déroule à deux pas de chez moi, dans le Cirque du Fer à Cheval, là où est mort Jacques Balmat. Dès sa sortie, ce roman a connu un succès populaire important. Ce premier roman m’a valu d’être Lauréat du Prix Carrefour Savoir du 1er roman.

En 2005, est sorti mon deuxième roman « La grande Avalanche », sur un thème peu abordé à ce jour : la disparition en montagne en temps de guerre.

La publication de «La grande Avalanche» en format club dans la Sélection du livre du Reader Digest et en poche chez Pocket a été pour moi des étapes supplémentaires dans la découverte d’un public qui ne me connaissait pas.

Et ensuite ?

Les romans se sont enchaînés au rythme d’un par an ou tous les 13 ou 14 mois. « La Malpeur », « La lumiere des cimes», «La montagne effacée », « la Valse des nuages ». En 2017, mon roman « Mon fils va venir me chercher » a remporté le Prix Solidarité et les Grand Prix des Pays du Mt Blanc et l’année suivante, « la Montagne pour refuge » s’est vue décerner le Prix littéraire de la ville de Belfort et le Prix des Pays du Mt Blanc. Ces deux derniers romans étant édités chez Calmann lévy . « La jeune fille qui déplaçait les montagnes », mon dernier roman a été publié aux Presses de la Cité .

En quelques années, tous ces romans ont trouvé un immense public épris de nature, de montagne, de vie simple mais aussi à la recherche de sentiments vrais, de solidarité entre les hommes, d’estime et d’amour pour les autres. Une libraire écrira : « Patrick Breuzé a un talent de conteur indéniable mais il sait avant tout, par sa sensibilité et son style incomparable, faire parler les silences ».

Et votre actualité littéraire, quelle est-elle ?

Deux romans sont en cours d’écriture. Un premier sera publié en mars prochain par une jeune maison d’édition lyonnaise, « Les Passionnés de bouquins » avec qui j’ai eu envie de faire un bout de chemin. Et un autre roman, plus contemporain, plus original aussi, abordant un thème féminin très peu exploité à ce jour en littérature.

L’autre versant de mon activité de création me porte également à m’intéresser au cinéma, scénario comme réalisation. J’ai la chance de vivre dans une région ou de nombreux acteurs et réalisateurs ont des chalets. Les rencontrer a été pour moi une révélation, découvrant que finalement nos recherches et nos envies sont communes. Le décor est là, les histoires sont à écrire et à raconter.

Pour finir, une question que l’on aime poser aux écrivains, pourquoi écrivez-vous ?

Pour ne pas sombrer. Tout créateur est un funambule qui marche sur un fil. Tant qu’il avance les choses peuvent être plus ou moins difficiles mais tout va bien, l’équilibre est là, même si on ne sait pas où l’on va, ni avec quels moyens, ni dans quel but. On avance donc on vit.

La deuxième raison c’est de s’apercevoir que des lecteurs, des lectrices principalement, réagissent au même langage que vous. Langage écrit mais pas uniquement. Langue des signes, des mystères et des silences. La langue d’antan, la langue contemporaine ou poétique. Cela fait un monde dans lequel l’auteur donne ses rendez-vous à celles et ceux qui le suivent dans son imaginaire. Cela est une révélation au début. Puis on se prend au jeu de la séduction, de l’envie de ne pas décevoir, du souci de conquérir et d’aller plus loin. C’est ainsi, me semble-t-il que ce construit un lectorat, autour de mots, autour de la confiance et autour du partage d’idées, d’époque ou de valeurs dans lesquelles chacun se retrouve ou se découvre. Et puis il y a cette fameuse petite musique des mots… A la fois un mystère et une récompense.

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Tag(s) : #Coup de coeur du jour, #portrait du jour criminocorpus

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