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18/10/2013 - Pendant cinq années, au péril de leur vie, les habitants du Chambon-sur-Lignon et ses alentours cachèrent des Juifs au nez et à la barbe des nazis et de la police de Vichy. Fouilles, interrogatoires, menaces n'y firent rien : sous l'égide du pasteur Trocmé, les Chambonnais, qui pensaient seulement accomplir leur devoir d'humains ne plièrent pas. Grâce à eux, de nombreuses vies furent sauvées, et pas un fugitif ne fut dénoncé.
Le Chambon-sur-Lignon est, avec le village néerlandais de Nieuwlande, l'une des deux collectivités à avoir reçu de l'Institut Yad Vashem le titre de «Juste parmi les Nations».

Collection Les Justes : L'histoire de ceux qui ont reçu le titre de «Juste parmi les Nations» parce qu'ils ont, au péril de leur vie, sauvé des Juifs menacés d'extermination pendant la Seconde Guerre mondiale.

Bertrand Solet est né à Paris. Après des études cinématographiques puis économiques, il devient responsable d'un service de documentation économico-commercial. Depuis le début des années 1970 il écrit pour la jeunesse. A ce jour, il a publié une soixantaine d'ouvrages, souvent traduits en plusieurs langues. Il s'est spécialisé dans le roman historique mais propose aussi des romans se déroulant à l'époque actuelle évoquant des sujets qui lui tiennent à cœur comme le racisme, l'immigration et la vie des Tsiganes.

  • Les courts extraits de livres : 18/10/2013

LE NID DE GUÊPES

Au plus profond de la nuit, Teresa fut tirée de son sommeil par une agitation inhabituelle. Tout de suite effrayée, elle se dressa à demi sur sa couche, prêta l'oreille. Le bruit provenait de l'intérieur même de la maison. La porte d'entrée se refermait avec un petit claquement sec et une voix d'homme à l'accent traînant, bien caractéristique, disait : «Te voilà arrivé, mon garçon.» La voix était celle du directeur, un Suisse du nom d'August Bohny. Teresa respira, soulagée, écouta la voix plus douce de mademoiselle Usach, la responsable du foyer. Cette dernière invitait l'homme à parler moins fort car tous les enfants allaient être réveillés sans cela...

Le bruit cessa près du dortoir des garçons, Teresa se laissa retomber sur son lit. Personne n'avait réagi autour d'elle, le silence était total, sans même un appel étouffé, une plainte, un soupir, un gémissement, les échos habituels d'un rêve douloureux des folles...Teresa eut du mal à se rendormir, songea à ses parents disparus, à son frère heureusement vivant, et se dit qu'un nouveau venait de rejoindre la Guespy, un nom issu du parler local signifiant «nid de guêpes»...

Au matin, comme chaque jour, le Nid de guêpes se remit à bourdonner, toilettes, petits déjeuners... Teresa n'eut aucun mal à repérer le garçon de la nuit dans le réfectoire. Il buvait de la chicorée au lait et mangeait son pain avec avidité, les cheveux ébouriffés, vêtu d'un pull léger aux manches trop courtes. Il devait être âgé comme elle d'une douzaine d'années.

Curieuse, elle s'assit en face de lui, de l'autre côté de la table. Il sentit sa présence et releva la tête. Teresa ne put s'empêcher de sourire.

- Pourquoi tu ris ? demanda-t-il, visiblement mécontent.
Il parlait lui aussi avec un accent étranger, mais différent de celui de monsieur Bohny. Elle répondit qu'elle ne riait pas, mais qu'il était drôle avec des traces blanches de boisson au-dessous de son nez. Il s'essuya aussitôt d'un revers de la main.
- Tu t'appelles comment ? demanda-t-elle. Et tu viens d'où ?
Il répondit que son prénom était Emil, et qu'il venait du camp de Gurs dans le Sud, près des Pyrénées. Elle réagit aussitôt :
- Moi aussi j'étais à Gurs...

 Le Chambon-sur-Lignon : le silence de la montagne
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