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En 1945, dans le paisible village de Great Rollright, au sud-ouest de l’Angleterre, on pouvait croiser une élégante jeune femme à bicyclette qui allait faire ses courses. C’était «Mrs Burton». Elle habitait depuis peu une ferme sans grand confort, avec son mari et ses trois enfants. Des gens aimables, sans histoires: des réfugiés peut-être, car la femme avait un léger accent étranger.
«Mrs Burton» – alias Sonya – était en réalité une espionne de haut rang au service de Moscou. Elle avait animé ou créé plusieurs réseaux de renseignement en Extrême-Orient, en Europe centrale et, plus récemment, en Suisse. Pour son plus grand bonheur, elle avait vu le naufrage du Troisième Reich, mais déjà un nouveau conflit se profilait entre les alliés d’hier. Sonya devait donc poursuivre son combat au service du camp soviétique.
Grâce à elle, Staline aurait bientôt accès aux secrets atomiques anglo-américains: il pourrait, lui aussi, construire sa bombe.
Dans le monde du Renseignement, Sonya – de son vrai nom Ursula Kuczynski (1907-2000) – devint rapidement une légende.
Avec le livre de Ben Macintyre, elle entre dans l’Histoire
Traduit de l’anglais par Henri Bernard.

Ben Macintyre
Ben Macintyre, diplômé de l’université de Cambridge, né en 1963, est un historien britannique qui collabore également au grand quotidien The Times. Il s’est fait connaître en 1997 par un premier récit consacré au «Napoléon du crime», Adams Worth (1844-1902) dont Conan Doyle s’était, dit-on, inspiré pour créer le personnage du Professeur Moriarty.
Il est à ce jour l’auteur d’une quinzaine d’ouvrage dont les plus récents (Opération Mincemeat, La véritable histoire du Jour J, Philby, Histoire des services d’espionnage britannique) sont consacrés aux héros de l’ombre qui ont pesé par leur action secrète sur le cours de l’histoire. L’Espion et le Traître (The Spy and the Traitor), qui trace le portrait d’un Philby soviétique, a été en Angleterre l’un des best-sellers de l’année 2018.Photo Justine Stoddart
Parution : 21/10/2020
Fondées en 1987, les éditions de Fallois ont toujours eu la diversité pour devise. Plus de 800 titres y ont été publiés : romans français et étrangers, études historiques, essais littéraires, philosophiques ou politiques, mémoires et témoignages accordés aux préoccupations de notre temps sans souci des modes.
La maison se fait immédiatement connaître avec Le Choix de Dieu (1987) de Mgr Lustiger. Ce livre d’entretiens avec l’une des grandes figures de la spiritualité contemporaine rencontre un durable succès.
Pour le fondateur de cette maison, Bernard de Fallois (1926-2018), qui a déjà derrière lui une longue et prestigieuse carrière à la tête de deux grands groupes éditoriaux, ce coup d’éclat n’est pas un coup d’essai.

Bernard de Fallois © Boubat
Très vite l’adresse de sa maison, établie loin du “quartier des éditeurs”, 22 rue La Boétie (un nom, à y bien regarder qui est un présage), devient pour nombre d’auteurs un mot de passe synonyme d’indépendance, de qualité et d’efficacité.
Bientôt le catalogue s’enrichit de noms également glorieux : Marcel Pagnol, Robert Merle, mais aussi Raymond Aron, Emmanuel Berl, Jacqueline de Romilly, Marc Fumaroli, qui bouscule allègrement le conformisme médiatisé avec L’État culturel, tout en renouant avec la tradition des grandes études littéraires. À leurs côtés, on trouve également Alain Peyrefitte qui apporte, avec C’était de Gaulle, l’un des témoignages les plus riches sur la vie politique française des dernières décennies.
L’actualité ne borne pas la curiosité de Bernard de Fallois. Il aborde la grande histoire dans le même esprit d’éclectisme, avec les ouvrages de Simone Bertière ou de Charles Zorgbibe, sans omettre bien entendu ceux de Fernand Braudel.
Il met également son expérience au service des jeunes auteurs comme Mathieu Noli, Jean-François Roseau qui trouvent en lui l’interlocuteur, le guide, l’ami qu’ils cherchaient pour affirmer leur talent.
Il n’hésitera pas une seconde à publier en 2012 Joël Dicker, alors presque inconnu, et dont les romans se vendront à plusieurs millions d’exemplaires.
Mais le catalogue des éditions de Fallois ménage bien d’autres surprises, comme l’étonnante Anthologie de la poésie française d’Henri Bellaunay, qui renoue avec nos plus hautes traditions et qui devait forcer l’admiration des lettrés les plus exigeants.
Mais, dira-t-on, où est l’unité dans tout cela ? Elle a un nom, c’est l’amitié. Si l’on demandait à ceux que Bernard de Fallois a rassemblés ce qui a conduit leurs pas rue La Boétie, ils répondraient sans doute : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »
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