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Les historiens connaissent très précisément les navires qui ont servi à acheminer les condamnés aux bagnes coloniaux de la Guyane et de la Nouvelle-Calédonie. Le transport des bagnards s'est organisé en deux grandes périodes distinctes : l'époque des navires militaires de l'État, puis celle des navires de compagnies privées sous contrat. [1, 2]

On peut distinguer les principaux navires emblématiques de cette sinistre tâche :

1. La période de la Marine Militaire (Frégates et Transports d'État)

Au début de la déportation (à partir de 1852 pour la Guyane, et 1864 pour la Nouvelle-Calédonie), l'État français utilise ses propres navires de guerre, souvent convertis ou équipés de cages de transport : [1, 2]

  • La Loire : Un des transports d'État les plus célèbres, qui convoya des centaines de prisonniers vers la Nouvelle-Calédonie dans les années 1870.

  • La Danaé : Une ancienne frégate militaire reconvertie en navire de transport de condamnés.

  • Le Navarin : Navire hautement lié à l'histoire des convois pénitentiaires vers le Pacifique.

  • L'Orne : Également utilisé pour transférer les déportés politiques (notamment les Communards) et les forçats de droit commun.

  • D'autres navires de l'État comme le Finistère, l'Allier, le Castor ou la Chimère ont également effectué des rotations initiales. [1, 2, 3, 4]

2. Le passage aux compagnies privées (Fin du XIXe siècle)

Dès 1891, le gouvernement décide de sous-traiter le transfert des bagnards à des armateurs privés. C'est la Société Nantaise de Navigation à Vapeur (dite La Nantaise) qui remporte le marché et aligne trois navires : [1, 2]

  • Le Ville de Saint-Nazaire : Un vapeur aménagé pour acheminer les convois de condamnés de 1891 à 1896. [1]

  • Le Calédonie : Un ancien navire marchand britannique (le Vedra) acheté et lourdement transformé à Saint-Nazaire pour y intégrer des cages. Il succède au premier à partir de 1894. [1, 2]

  • La Loire (deuxième du nom) : Un cargo-vapeur spécialement construit par les chantiers de Quevilly pour cet usage exclusif, effectuant plusieurs voyages annuels vers la Guyane sous les ordres du commandant Dano. [1]

3. Le dernier navire-bagne : Le Martinière

Impossible d'évoquer les transports de forçats sans mentionner Le Martinière. À la suite de la Première Guerre mondiale, ce cargo (anciennement nommé Duala) devient le navire-bagne exclusif de la ligne française entre 1921 et 1938. Surnommé « le navire des condamnés », il effectuait deux fois par an la liaison entre le dépôt de Saint-Martin-de-Ré et Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, transportant à son bord jusqu'à 670 forçats par voyage dans des cales grillagées et étouffantes. [1, 2]

 

Franck Sénateur est indiscutablement considéré comme l'un des grands spécialistes de l'histoire des bagnes coloniaux, et plus particulièrement de la question très pointue du transport maritime des condamnés. [1, 2, 3]

Plusieurs éléments confirment son expertise incontournable sur ce sujet :

  • Un ouvrage de référence sur le sujet : Il est notamment le coauteur du livre majeur Martinière : le transport des forçats, 1910-1955 (paru en 2008). Pour rédiger cette étude historique ultra-documentée sur le célèbre navire-bagne, il a retrouvé et croisé des témoignages rares et des photos du personnel navigant. [1, 2]

  • Président de l'association Fatalitas : Enseignant de profession, il a fondé en 1999 et préside Fatalitas, l'Association pour l'histoire et l'étude des établissements pénitentiaires de métropole et d'outre-mer. [1, 2]

  • Une autorité scientifique reconnue : Il collabore activement avec la plateforme de référence Criminocorpus (le musée d'histoire de la justice, des crimes et des peines), qui héberge d'ailleurs une partie de sa collection personnelle de documents et d'objets sur la colonisation pénale. [1, 2]

  • Conseiller historique : Son expertise pointue lui a valu d'être le conseiller historique de plusieurs films et documentaires, à l'instar du film Les Amants du bagne (2004) centré sur le reportage d'Albert Londres. [1, 2]

  • Commissaire d'expositions : Il conçoit régulièrement des parcours mémoriels et des expositions pour des musées nationaux et des lieux clés de la mémoire du bagne, comme à Saint-Martin-de-Ré (le port de départ en métropole) ou à Saint-Laurent-du-Maroni (le point d'arrivée en Guyane). [1, 2]

Les rapports entre Franck Sénateur et Philippe Poisson relèvent d'une étroite collaboration intellectuelle et d'un soutien médiatique mutuel au sein de la communauté des historiens de la justice et du bagne. Leurs liens s'articulent principalement autour de trois dynamiques : [1]

1. Un rôle de passeur de mémoire et de relais médiatique

Philippe Poisson agit comme le fédérateur et le relais médiatique des travaux de Franck Sénateur. Alors que ce dernier fournit la matière scientifique, archivistique et historique à travers ses livres (comme Mémoires du bagne ou ses recherches sur le navire Martinière), Philippe Poisson utilise ses plateformes éditoriales, notamment Le blog de Philippe Poisson et ses réseaux associés à Culture et Justice, pour offrir une visibilité publique maximale à ses parutions et à ses expositions. [1]

2. La valorisation de la "Collection Franck Sénateur"

Franck Sénateur est un collectionneur passionné d'objets, de documents et de photographies rares liés à la colonisation pénale. Philippe Poisson a joué un rôle majeur pour mettre à l'honneur la « Collection Franck Sénateur ». Il a rédigé de nombreux articles pour présenter ces archives et a contribué à valoriser les notices numériques de cette collection (conçues en lien avec d'autres chercheurs comme Jean-Lucien Sanchez), rendant ce patrimoine accessible au grand public et aux chercheurs. [1, 2, 3]

3. Une synergie au sein du réseau Criminocorpus

Tous deux partagent un ancrage fort avec Criminocorpus, le musée natif numérique d'histoire de la justice, des crimes et des peines. Philippe Poisson y a longtemps été très investi, tandis que le musée accueille de manière permanente une partie du fonds documentaire de l'association Fatalitas et des pièces historiques collectées par Franck Sénateur. [1, 2]

En résumé, ils forment un binôme complémentaire : Franck Sénateur est l'expert et le chercheur de terrain, tandis que Philippe Poisson est le diffuseur et le vulgarisateur qui permet à ces recherches spécialisées de toucher un large public. [1]

Tag(s) : #portrait du jour criminocorpus, #Romans - Essais - Polars - Thrillers
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