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Le 23 octobre 1937 - Le Figaro : Décès accidentel de Mireille Maroger. Née à Madagascar en 1905, fille d'un pasteur protestant de Clichy, cette avocate au barreau de Paris avait publié en 1935 un récit de sa visite au bagne de Cayenne dans Le Petit Journal, où elle épinglait notamment les abus de pouvoir des surveillants.En août 1937 Denoël publia ce récit, corrigé et amplifié, et le livre fit grand bruit car 118 gardiens militaires de la Guyane intentèrent à l'auteur un procès en diffamation, procès qui n'eut pas lieu à cause de l'immunité de l'avocate. L'année suivante Denoël publia encore son Petit guide juridique de la femme.

 

Mireille Maroger

 

Bagne (extraits)

 

p.97-98 : Depuis 1925, chaque homme a droit à son hamac particulier qu’il possède d’ailleurs depuis 1929, ce qui au point de vue des mœurs constitue tout de même un léger progrès.

 

Les mœurs … Songez à ce que peuvent être celles de ces hommes abandonnés ainsi, sans femmes et sans surveillance, à tous leurs instincts.

 

Lorsqu’ils rentrent au pénitencier, après l’appel du soir, les gardes-chiourmes les conduisent à leur case qui contient parfois jusqu’à quatre-vingt hommes. Ils ferment la porte derrière eux, tournent la lourde clef, et dans l’angoissante touffeur de la nuit tropicale, livrés à tous leurs instincts d’hommes mauvais, à toutes leurs pensées, à toutes les possibilités, sans surveillance et sans contrôle, ils abandonnent les condamnés. Malheur alors aux faibles … Malheur aux jeunes … Malheur à tous ceux qui ne sont pas de taille à se défendre ou qui ont inspiré le désir d’un de leurs codétenus …

 

Ce qui se passe alors, ce qui peut se passer, le lecteur l’imagine. Et, songeant à tous ces hommes privés de femmes, à leurs perversités, à tout ce que la nuit peut engendrer de sombre et de honteux, je pense en même temps à tous ceux qui ne sont pas foncièrement pervertis, à tous ceux chez qui la conscience et la propreté morale n’a pas encore entièrement disparu, et avec une grande pitié, je crois pouvoir affirmer que de toutes les humiliations auxquelles le bagne les a conduits, celle-là est la plus dure, et certes la plus imméritée.

 


Bagnes coloniaux (67)

Tag(s) : #Bagnes coloniaux
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