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http://www.ombres-blanches.fr/Visuels/616/9782752900616_1_75.jpgDocument 2010 - Le système concentrationnaire russe aura toujours été le lieu de tous les paradoxes : on y souffrait, on y mourait aussi bien que dans les autres bagnes politiques dont le XXe siècle s'est fait une triste spécialité et qui n'étaient souvent que des centres d'extermination plus ou moins déguisés, et pourtant il arrivait qu'un mystérieux air d'humanité vînt se glisser en ces lieux par les interstices de la clôture. L'âme russe, on le sait, a toujours cultivé l'esprit de contradiction, élevé par elle au rang d'un des beaux-arts.

Ariadna Efron (1912-1975), fille de la grande poétesse Marina Tsvetaieva, aura passé quinze ans de sa vie reléguée dans cet univers inhumain et elle aura réussi à y vivre libre intérieurement s'entend. Son « Journal » l'y aide : en fait de journal, une riche succession de lettres qu'elle adresse à ses proches, ignorant que l'horreur, dans le monde ordinaire qui lui est désormais interdit, a fait aussi des progrès (dès la première de ces lettres, datée d'avril 1942, on a le cœur serré : Ariadna demande des nouvelles de sa mère, l'être qui lui tient le plus à cœur, laquelle s'est suicidée l'été précédent...).

Emprisonnée en 1939, « libérée » en 1947 mais presque aussitôt renvoyée dans un camp du Grand Nord, la jeune femme écrit aux siens comme si sa vie dépendait de ces feuillets jetés au vent. Elle consacre aussi un texte de souvenirs à son enfance et à la figure de sa mère : un document poignant qui éclaire d'un jour singulier le destin de la grande poétesse russe dont Ariadna, dans les dernières années de sa vie, rassemblera patiemment l'œuvre dispersée.

Au total, ce livre intime et fervent nous laisse une impression étrange : celle d'avoir connu comme une amie, comme une soeur, cette jeune fille puis cette femme à qui toute liberté pendant quinze ans aura été refusée, et qui malgré cela va droitement son chemin et trouve encore le moyen de nous aider, par-delà la distance et les années, à conduire le nôtre.

 

  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 17 mars 2005

A quoi sert de progresser dans la connaissance de ses proches, s'ils ne sont plus là pour en bénéficier ? Ariadna Efron (Alia), la fille de Marina Tsvetaeva et de Sergueï Efron, a tout le temps d'examiner la cruauté de ce paradoxe, pendant les années passées de camp en relégation. Le temps est la vraie tragédie de son éloignement. « Le présent n'a plus de boussole », écrit-elle à sa tante. Le passé ? Il l'occupe constamment, et ne débouche sur rien. Quant à l'avenir, il est sans perspective, et c'est insupportable. Elle se tue au travail, mais à vide. Ariadna Efron, contrairement à sa mère, et malgré ce qu'elle a traversé, est restée longtemps prosoviétique, c'était un peu une blague chez les Pasternak, voir Légendes de la rue Potapov (Fayard). Elle est morte en 1975, en réalité on ne sait pas quels sentiments politiques elle a emportés dans sa tombe, tombe qu'elle fut la seule de la famille à avoir. Les travaux forcés, les ménages, les animations culturelles en Sibérie quand on découvre que la femme de ménage a joliment décoré le local, tels qu'elle les raconte ici (ce recueil complétant les Lettres d'exil adressées à Boris Pasternak), relèvent du destin le plus absurde. Elle n'accuse pas le régime. Elle dit : « Je n'ai, que je sache, aucune faute à me reprocher et aucun pardon à demander. » Elle pense que ses malheurs viennent de ce qu'elle est la fille de son père... Une des premières questions d'Ariadna Efron quand elle apprend la disparition de sa mère : « Et maintenant où sont les manuscrits ? Il faut absolument conserver, remettre en état tout ce qu'on peuet. » Elle s'y consacrera de 1955 à sa mort.

Chronique d'un goulag ordinaire

Auteur : Ariadna Efron

Date de saisie : 02/03/2010

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Éditeur : Phébus, Paris, France

Collection : D'Aujourd'Hui Étranger

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http://3.bp.blogspot.com/_wh4iz_0JTVs/S6_roAfZbNI/AAAAAAAAAs4/CcZD9j125Zc/s320/Ariadna+Efron.jpgAriadna EFRON (1912-1975). Née à Moscou à la veille de la Grande Guerre, Ariadna Efron, fille de la poétesse Marina Tsvetaieva et de son époux Serguei Efron, avait reçu au berceau la plus belle promesse : celle d'une vie que tout annonçait heureuse, puisque préparée au sein d'une famille aimante gouvernée par les seules valeurs de l'esprit. L'histoire en décida autrement. En 1922, elle suit les siens sur le chemin de l'exil, en Tchécoslovaquie d'abord, puis à Paris où elle poursuit des études d'art. En 1937, écoutant les conseils de son père, elle retourne en URSS où elle compte faire une carrière d'illustratrice, et se voit arrêtée quelques mois plus tard comme élément « antisocial ». Condamnée à huit ans de camp dans le grand Nord, elle n'apprendra qu'en 1942 le suicide de sa mère (survenu l'année précédente dans la petite ville tatare d'Elabonga, où Marina Tsvetaieva avait été évacuée pour échapper à l'avancée des troupes allemandes). « Libérée » en 1947, on lui interdit de retourner à Moscou où résident ses amis et les membres de sa famille, et elle se voit confier un poste de professeur de dessin à Riazan : c'est là qu'elle apprend la mort de son père, fusillé en 1941, et celle de son frère, tué au front. Dix-huit mois plus tard, elle est à nouveau arrêtée et déportée à Touroukhansk sur l'Ienissei, non loin du cercle polaire. Ce n'est qu'en 1955, deux ans après la mort de Staline, qu'elle sera libérée et « réhabilitée ». Elle passera les vingt dernières années de sa vie à rassembler l'oeuvre poétique de sa mère. D'Ariadna Efron, le lecteur de langue française connaît surtout l'extraordinaire correspondance échangée avec Boris Pasternak (Lettres d'exil, Albin Michel, 1988) et celle qu'ont réuni en 1997 les Éditions Verdier dans leur anthologie L'Aujourd'hui blessé. Le présent « Journal », rassemblé par la traductrice Simone Goblot à partir d'un imposant corpus annoté et édité à Moscou en 1996 par Rouf Valbé, se compose, lui encore, principalement de lettres — et d'un texte de Souvenirs qui éclaire d'un jour bouleversant à la fois la figure de Marina Tsvetaieva et le destin de la petite Ariadna, victime d'une époque qui aura fait, dans le domaine de l'horreur, les progrès que l'on sait.

http://www.libella.fr/phebus/index.php?post/1970/01/01/Ariadna-EFRON

 

 

 

http://www.interlit2001.com/images/ariadna-efron.jpgAriadna Efron (Alja), the first child of Sergej Jakovlevic Efron and Marina Ivanovna Cvetaeva, was born in Moscow on 18 September 1912. Alja had her father’s big blue eyes and was a beautiful and intelligent child. She was also precocious, understanding the poetry her mother read to her, from a very early age, in a singularly clipped and incandescent manner marked by unpredictable pauses and dashes. Marina Cvetaeva was indeed a talented poet, whose verses touched one of the highest and most innovative peaks of poetic excellence in the 20th century.


With the outbreak of the Revolution, Alja’s father Sergej left home to join the White Army while Marina, with Alja and her younger sister Irina, stayed in Moscow. Alja soon learnt to read and by the age of seven she was composing short poems; she also had a great gift for drawing. In February 1920 her sister died of malnutrition.

 

In 1921, after almost four years, her father managed to send them news of his whereabouts. In May 1922, Alja and Marina joined him in Berlin. The family then moved to Czechoslovakia, where they lived in hardship in the outskirts of Prague. In February 1925 her mother gave birth to a boy, Georgij, affectionately known as Mur.


In the autumn of that year, the family moved to France, where they lived outside Paris in conditions of extreme poverty. Alja made berets and woollen dolls that she sold for five francs each. From 1928 to 1930 she attended the Louvre Museum School, and then the Institute of Applied Art. In those years Sergej became increasingly interested in Bolshevik ideology and showed clear pro-Soviet leanings. Alja, who, like her mother, had been decidedly anti-Soviet, began to share her father’s ideas. This may partly explain why her intense and exclusive relationship with her mother suddenly changed dramatically. In March 1937, Alja returned to the Soviet Union, convinced that she would find a country committed to freedom and social justice. In October, following a murder, Sergej also returned to Moscow, as an agent of the Soviet secret police. Alja was happy; she was back in her great country, she had a job at the “Revue de Moscou” and had met and fallen in love with Mulja Gurevic. During that period she got to know Boris Pasternak, whom she had first met in July 1935 in Paris, where the poet was taking part in the first congress of anti-Fascist writers. In June 1939 Marina and Mur, who had remained in Paris, came back to the USSR. Re-united, the family lived in the Bol’ševo dacha, close to Moscow.


In August Alja was arrested and charged with complicity with her father, considered a traitor. These difficult circumstances helped to heal the rift between mother and daughter. Alja was sentenced to eight years in the gulag. In October 1939 her father was also arrested and was shot two years later. When war broke out, Marina Cvetaeva left Moscow with Mur, but then hanged herself in Elabuga.


Released from the gulag in 1947, Alja settled in Rjazan’, where she taught graphics. At the beginning of 1949 she was arrested again and sentenced to a life of exile in Turuchansk, in Siberia. From Turuchansk Alja started an intense correspondence with Pasternak, who sent her the very first manuscript of Doctor Živago. Rehabilitated in 1955, Alja returned to Moscow where she dedicated herself to tracing and publishing her mother’s manuscripts; she also wrote a book of memoirs about her: Marina Cvetaeva, my mother, which was published posthumously in 1979 in Paris. Ariadna Efron died in 1975 in Tarusa, the enchanted place of her mother’s childhood.

Ariadna Efron (USSR) - 1912 – 1975

http://www.gariwo.net/eng_new/giusti/giusto.php?cod=350&categoria=162&sopra=158&sotto=162

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