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http://ecx.images-amazon.com/images/I/51R4iz%2BWk-L._SL500_AA300_.jpgDocument 21/02/2013 - En dépit de la cécité républicaine à l'égard des réalités culturelles, la «diversité» est devenue un trait saillant du visage de la France. Faute de reconnaître ses expressions, on s'interdit de comprendre les obstacles que les immigrés doivent surmonter pour s'y faire une place.


Parcourant les cités HLM de l'ouest de Paris, Hugues Lagrange est allé à la rencontre de femmes et d'hommes venus du Sahel qui se sont installés en Île-de-France, pour la plupart dans les années 1970 et 1980. Au coeur de ces morceaux d'Afrique nichés dans les boucles de la Seine et de plus en plus ségrégés, il a retracé leurs parcours jusqu'à aujourd'hui, interrogé leurs difficultés, questionné leurs attentes.


Ces récits d'une richesse exceptionnelle, souvent dérangeants, révèlent les douleurs vécues de la transplantation en terre étrangère et la brutalité de la confrontation entre les moeurs du Nord et du Sud, ainsi que leurs séquelles : les impasses professionnelles et personnelles, l'isolement des femmes et le repli des hommes, les violences au sein des couples et l'éclatement des familles, les heurts dans l'éducation des enfants et les cassures générationnelles.


Bien que concernant des cas séparés, ces histoires forment par leurs similitudes la trame d'une expérience collective dont cette enquête livre sans fard l'analyse.

Hugues Lagrange est sociologue (CNRS, Sciences Po). Il est notamment l'auteur du Déni des cultures (Seuil, 2010), dont la publication a provoqué des débats très vifs.


La revue de presse Gilles Bastin - Le Monde du 14 février 2013

 

Les hommes et les femmes dont il est question dans ce livre ont vécu l'arrachement à soi-même de ceux qui, entre terre d'origine et pays d'adoption, emportent un trop gros bagage d'espoirs et de traditions. Partis de Côte d'Ivoire, du Sénégal ou du Mali, ils ont fait l'expérience de cette " vie divisée " à quoi conduit l'émigration, " reliés à une tradition qu'ils ne peuvent pas poursuivre et en peine d'insertion dans le mainstream qui les rejette ". Le sociologue Hugues Lagrange les a rencontrés là où l'industrie et le logement social les ont conduits : dans les cités du Val-de-Seine, à Mantes-la-Jolie ou aux Mureaux...


A lire ces descriptions de trajets dans la vallée de la Seine où, pour Lagrange, derrière les tronçons d'autoroute et les voies de chemin de fer, c'est " un morceau d'Afrique qui palpite ", ces portraits de femmes " minces comme des lianes " ou d'hommes " habités par la passion des Haal pular ", on réalise qu'Hugues Lagrange n'a pas tant livré une enquête sociologique qu'un récit personnel.


  • La revue de presse Corinne Bensimon - Libération du 7 février 2013

 

Depuis les années 90, écrit-il, «les mémoires d'immigrés maghrébins viennent donner une profondeur générationnelle à la chronique des banlieues» - on a vu l'ampleur de ce travail mémoriel à l'occasion des 50 ans de l'indépendance de l'Algérie. Les immigrés sahéliens, note-t-il, ont été peu l'objet de telles études qui supposent de se poser chez eux. C'est ce qu'a fait le chercheur, écoutant ces adultes originaires la plupart des rives du fleuve Sénégal, jusqu'à ce que se dessine, en creux, la nature des liens au pays d'origine (Sénégal pour la plupart), à la culture (haal pulaar, le plus souvent), à la religion (musulmane), aux enfants, aux autres, et surtout entre les sexes. D'un corpus de 90 récits de vie (1), le sociologue en a retenu une dizaine qui «faute d'être représentatifs d'une réalité probablement minoritaire, sont symptomatiques». Des témoignages qui «m'ont ému, intrigué», écrit-il. Mettant en scène ses doutes, ses surprises, son enfance même, il place d'emblée dans le registre du subjectif, et donc du lien aux autres, cet opus étrange. Chapitré en trois temps (l'arrivée, la vie en France, le rapport aux racines), scandé par des commentaires de sociologue, son livre est le carnet d'un voyage immobile - des PMU aux salons dépouillés des logements HLM - et intime. C'est là sa force...


Dans ce livre intime, l'intelligence de l'autre crée un lien. Contre le racisme, c'est essentiel.


  • Les courts extraits de livres : 21/02/2013

 

Extrait de l'introduction - Je connaissais les villes du Val de Seine de réputation, mais je répugnais à m'engager sur un territoire qui avait déjà été souvent labouré, dans lequel je n'avais de surcroît aucune entrée. Je suis allé d'abord à Mantes-la-Ville et aux Mureaux durant l'hiver 1998-1999. Là, j'ai été le témoin direct d'incidents dramatiques très similaires à ceux de Mantes-la-Jolie en 1991, même s'ils n'ont pas reçu la même publicité. Il y a eu aux Mureaux des affrontements avec la police qui ont laissé comme à Mantes des traces profondes.


J'ai commencé par approcher les collèges ; muni d'autorisations, j'ai pu franchir des grilles, entrer dans des cours de récréation où les élèves goguenards se demandaient si j'étais prof ou journaliste. J'ai consulté d'interminables listes mêlant des élèves assidus à des absentéistes caractérisés, envoyé aux familles des demandes d'entretien. L'approche fut longue, mais je me suis vu confier par les surveillants des spécimens choisis de ces adolescents, dont le consentement personnel restait très présomptif, je l'avoue. Les adolescents se présentaient comme s'ils étaient nés de rien, ayant échoué là par hasard, habitant une brèche du temps qui sépare un passé qu'ils ignorent et un futur qu'ils peinent à entrevoir, vivant dans un présent vibrant, ébouriffé, syncopé. Les adolescents issus de l'immigration méconnaissent, c'est banal de le constater, ce qu'ont pu vivre leurs parents, parfois jusqu'au nom de l'usine où leur père travaille. Ce n'est pas un défaut de la mémoire : la quête des origines suppose une orientation de l'intérêt qu'ils ont alors rarement. Leurs silences ne recouvrent pas l'indicible mais la cassure du temps, davantage même qu'un refus de regarder ce passé qui n'est pas le leur. Ma déception devant la sécheresse des propos des adolescents m'a incité à rencontrer leurs parents.


Lors d'un de mes premiers entretiens, aux Mureaux, le chargé des questions de prévention à la mairie a dressé un tableau saisissant, résumé par trois chiffres : 30 000 habitants, 11 000 inscrits sur les listes électorales, moins de 7 000 votants. Une ville immigrée dans la ville, absente des élections, invisible dans le personnel de la mairie, masquée dans les statistiques du recensement et pourtant si présente dès que l'on quitte le centre ancien. La publication des premiers résultats d'enquête aux Mureaux s'est poursuivie par une recherche sur le décrochage scolaire et social que me commanda l'Établissement public d'aménagement du Mantois-Seine-aval (EPAMSA), qui opère dans la communauté d'agglomération autour de Mantes-la-Jolie. Je compris les attentes des responsables de cet établissement comme une demande de me pencher sur un volcan encore fumant. Au final, les situations aperçues dans les deux agglomérations se sont complétées.


En menant ces enquêtes, j'ai accumulé des histoires d'hommes et de femmes de la génération des parents des adolescents suivis au collège. J'ai collecté ces récits sans dessein arrêté, seulement désireux d'éclairer les aspects ostensibles des ruptures de la cohésion sociale par une attention aux moeurs. Chacun a éprouvé le désir de regarder les gens vivre comme s'il lui était donné d'être assis à leur table ou caché sous leur lit, un rêve que la téléréalité réalise à sa manière avec ses huis clos voyeurs. Je pensais que les parcours des parents, primo-arrivants ou eux-mêmes nés en France, pouvaient éclairer les difficultés scolaires et les dérives adolescentes.

 

En terre étrangère : vies d'immigrés du Sahel en Île-de-France

Auteur : Hugues Lagrange

Date de saisie : 21/02/2013

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Essais

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/34/Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpg/220px-Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpgLechoixdeslibraires.com a été créé par Jean Morzadec et son équipe, afin de rendre hommage à la compétence des libraires, qui sont les ambassadeurs du livre.

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Jean Morzadec a travaillé plus de trente ans à France Inter, dont il fut directeur des programmes de 1999 à 2005, sous la présidence de Jean-Marie Cavada. Il se consacre aujourd’hui, avec passion, au développement de sites culturels dédiés particulièrement à l’amour des livres.

 


Romans - Essais - Polars - Thrillers (80)

Tag(s) : #Romans - Essais - Polars - Thrillers
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