Depuis le Moyen Âge, les Suisses se délectent de l'histoire de Guillaume Tell,
héros national plus ou moins légendaire.
Hermann Gessler, le bailli qui représente les intérêts du seigneur féodal, le comte de Habsbourg, plante au centre du village un pieu surmonté de son chapeau. Chacun a ordre de s'incliner en passant devant lui.
Guillaume Tell refuse d'obéir. Le bailli le fait arrêter et lui ordonne de tirer avec son arbalète sur une pomme placée... sur la tête de son fils Walter. C'est ça ou la mort immédiate pour le père et le fils !
L'affaire se serait déroulée le 18 novembre 1307...
Crédit photographique : Illustration de Guillaume Tell. © Collection particulier, AKG Berlin
Document 2005 - L'histoire du théâtre ne retient que deux Guillaume Tell : le drame de
Schiller publié en 1804, et l'opéra de Rossini créé à Paris en 1829.
La figure de ce pâtre exotique, habile arbalétrier et bon père de famille, révolté contre son tyran, est en fait issue d'une légende islandaise transposée en Suisse au XIVe siècle. Et le premier Guillaume Tell écrit pour la scène et joué dans un théâtre est une tragédie française dont la carrière s'étend sur la seconde moitié du XVIIIe siècle et au-delà de la Révolution. Lorsqu'elle en fait mention, la tradition littéraire réduit souvent la pièce d'Antoine-Marin Lemierre (1723-1793) à une anecdote révélatrice de la scène dramatique à cette époque.
Demi-échec à sa création dans l'hiver 1766-1767, la tragédie tonnait un grand succès à l'occasion d'une reprise, en 1786, qui transpose sur scène, avec accessoires, pantomime et dialogue idoines l'épisode central de l'épreuve de la pomme, dérobé jusqu'alors au regard du spectateur selon la règle tragique. Ainsi Guillaume Tell prodigue l'exemple d'une esthétique tragique nouvelle, composée d'actions réalisées dans des tableaux dramatiques et de décorations pittoresques spectaculaires.
A la même époque, le drame bourgeois s'éloigne des lieux historiques pour imiter les infortunes réelles et présentes de nos semblables . (L: S. Mercier). Quant à l'opéra, il montre depuis le
XVIIIe siècle un luxe décoratif souvent sans rapport avec les sujets. Lemierre aura été l'un des dramaturges qui ont proposé une nouvelle forme de tragédie, estimant que l'art dramatique n'avait
pas encore donné tout son effet.
L'originalité du sujet historique de Guillaume Tell se prête idéalement à l'expérimentation de toutes les audaces pittoresques et poétiques de leur auteur. L'invention du décor devient une partie fondamentale de la création poétique : il expose le milieu historique et réalise le caractère pathétique de l'action représentée. L'art du spectacle tragique est alors un genre esthétique, plutôt que régulier et noble, mais toujours moral.
Sous la beauté plastique du théâtre, il rend aussi sensibles certaines idées politiques et sociales. Tableau livré à la nation, la tragédie incarne alors l'histoire. Elle instruit le peuple sur ses droits, grâce aux sensations vives et émouvantes que provoque une histoire en action ou, peut-être, en marche.
Renaud Bret-Vitoz , Pierre Frantz (Préfacier)
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