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France-o France Ô - 15h15

Inconnu présumé Français

Durée : 1 heure 5 minutes

 

Le sujet

http://static.programme-tv.net/var/p/l/145/1457766.jpgNés pendant la guerre d'Indochine d'une mère Vietnamienne et d'un père Français souvent inconnu et placés dans des orphelinats, cinquante après, ils racontent leur histoire douloureuse.


Jacques, Maurice, René, Noëlle et Christiane sont nés pendant la guerre d’Indochine d’une mère Vietnamienne et d’un père Français souvent inconnu. Ils ont obtenu la nationalité française quand le conflit s’est intensifié mais leur mère, devant la difficulté à les élever dans une société qui les rejetait, les a confiés dès leur plus jeune âge à la FOEFI, une association philanthropique dont le but est de les assimiler à la société française. Cinquante ans après, ces hommes et femmes racontent leurs histoires douloureuses, leurs mots et leurs souvenirs sont ceux de milliers d’enfants qui ont vécu avec au fond d’eux des zones d’ombre et des questions sans réponse. Tous les témoignages s’accordent, malgré leurs différences, sur un point : c’est leur solidarité qui les a aidés à se reconstruire et à vivre dans ce monde qui n’était pas le leur.

Plume-gris

La critique

15H15 - FRANCE O DOC : «Inconnu présumé français», DE PHILIPPE ROSTAN.

Durant plusieurs générations, pour le meilleur et pour le pire, « Blancs » et « indigènes » se sont côtoyés dans l'Empire colonial français. De nombreux métis sont nés d'amours plus ou moins éphémères, particulièrement en Indochine, région du monde où les fantasmes masculins se déployaient plus voluptueusement qu'ailleurs. C'était le temps où Joséphine Baker chantait « C'est elle qui est ma petite / mon Anana, mon Anana, mon Annamite », le temps où la possession d'une concubine faisait partie de la panoplie au même titre que la pipe à opium. Il y eut quelques histoires d'amour, mais le plus souvent l'affaire se réduisait à une anecdote torride. Jusque dans les années 1920, l'Etat français a préféré ignorer ces enfants illégitimes. C'est en 1928 que, sous la pression d'associations philanthropiques, un décret a permis aux Eurasiens d'obtenir la nationalité française. Cette législation allait bouleverser le destin de milliers d'individus.


Prenons le cas de Jacques. A sa naissance, il portait le nom vietnamien de sa mère : Ho Han Hong. En 1948, le tribunal de Buon Ma Thot lui a accordé la nationalité française sur présentation de témoignage de cohabitation de ses parents, et sur présentation de certificats médicaux attestant qu'il présentait bien « les traits et les signes propres à la race française ». A partir de ce jugement, il s'appela Jacques Maurice, mais de son père, un officier qui avait passé quelques mois dans la région des hauts plateaux, il ne sait toujours rien. Un voyage à Aix-en-Provence, où se trouve le Centre des Archives d'outre-mer, le lui confirme sous nos yeux : « Je suis né de père inconnu. C'est ce qui est écrit dans le dossier », dit-il d'une voix étranglée.


Toutes les anciennes pupilles de la FOEFI ont un dossier à Aix. La Fédération des OEuvres de l'Enfance française d'Indochine fut créée en 1938 à Saigon par William Bazé, lui-même eurasien et orphelin. Le but de cet organisme était d'apporter aux enfants disséminés dans les orphelinats du Tonkin, de l'Annam, du Laos, du Cambodge et de la Cochinchine une instruction française et un avenir professionnel. Adultérins ou non, ces enfants avaient été conçus par des Français (coopérants, militaires, diplomates) durant leur séjour en Indochine. La plupart des mères, abandonnées par leur compagnon, considéraient la FOEFI comme un mode de prise en charge temporaire de leurs enfants. La rupture était parfois définitive.


Après la défaite du corps expéditionnaire à Diên Biên Phu, le gouvernement de Paris obtint des autorités de Hanoi le rapatriement des Eurasiens et Eurafricains nés au Vietnam. Dans une ambiance déchirante, 4 500 enfants embarquèrent à bord d'avions et de bateaux à destination de la France. Derrière eux, ils laissaient parfois une mère, devant eux se trouvait un pays dont ils ne connaissaient rien. En moins de six mois, les rapatriés furent placés dans 700 établissements laïcs et religieux. Le mot d'ordre était de séparer les frères et les soeurs pour faciliter leur intégration, de leur faire oublier le Vietnam aussi vite que possible. Une politique menée avec fermeté sur des enfants qui se raccrochaient désespérément à l'image d'une mère idéale, à des comptines murmurées dans une autre langue.


La plupart des anciens de la FOEFI ont fondé une association pour se retrouver entre eux et évoquer le passé. Ils se nomment Jacques, Roger, Henri, Maurice, Antoine ou Yên-Noële, la seule femme à témoigner dans ce documentaire. Elle se croyait orpheline jusqu'au jour où on l'appelle au parloir du collège. « Je lui ai dit : «Bonjour, monsieur», et il s'est mis à pleurer. » Certains de ces adultes, lorsqu'ils racontent leur histoire, sanglotent de façon irrépressible, comme s'ils redevenaient des enfants. « Ma mère est vietnamienne, mon père est inconnu, présumé français. » Cette phrase administrative continue à les tarauder. La blessure, après plus d'un demi-siècle, est encore à vif.

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