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http://ecx.images-amazon.com/images/I/519HZF1CNFL._SL500_AA300_.jpgDocument 2005 - Le 13 décembre 1782, Blaise Ferrage, cadet d'une modeste famille de paysans du village de Cescau, aujourd'hui en Ariège, était roué vif à Toulouse pour avoir violé vingt-deux bergères, tenté d'assassiner l'une d'elle ainsi que son propre oncle, abattu un Espagnol, incendié une grange et commis de nombreux vols.

Ces crimes dépassent largement le fait divers sanglant dont se délectaient déjà les " canards ", feuilles à sensation nées un siècle plus tôt. Le procès de Castillon-en-Comminges témoigne d'abord de la quotidienneté de la violence dans le monde rural. Aux yeux de ses voisins, Blaise n'était plus digne de la " réputation " qui légitimait la place de chacun dans la communauté. Ce procès exemplaire parvint aux oreilles du roi à Versailles.

Il illustra à sa façon les interrogations qui taraudaient les élites à la veille de la Révolution: les crimes de Ferrage symboliseraient la barbarie rurale opposée à l'ordre rationnel de la Cité. A travers le " l'ogre paysan ", les Lumières ont stigmatisé aussi la dégénérescence morale incarnée à la même époque par Sade.

L'anthropophage des Pyrénées - Le procès de Blaise Ferrage, violeur et assassin à la fin du 18e siècle

Jean-Pierre Allinne

Broché

Paru le : 01/10/2005

Éditeur : Cairn



L'auteur en quelques mots en 2005 ...

 

Jean-Pierre Allinne est professeur d'histoire du droit à l'Université de Pau.

 

Spécialisé en histoire criminelle, il y dirige également l'équipe du Programme de Recherche Historique sur l'Administration Locale




http://a10.idata.over-blog.com/205x550/1/07/06/30/monstre.jpgArchive de presse 2005 - Originaire du petit village de Saint-Pastous, dans les Hautes-Pyrénées, Jean-Pierre Allinne vient de publier son dernier ouvrage « L'Anthropophage des Pyrénées », aux éditions Cairn, de Pau. Il en est déjà à son cinquième livre qu'il a dédicacé aux Saint-Gironnais venus le rencontrer à la librairie La Mousson, samedi matin. Professeur d'histoire de droit à l'université de Pau, spécialisé en histoire criminelle, il y dirige également l'équipe du programme de recherche historique sur l'administration locale (PRHAL-CECL). Il s'est donc, cette fois, intéressé à Blaise Ferrage, violeur et assassin à la fin du XVIIIe siècle. L'auteur résume ici son histoire : « Le 13 décembre 1782, Blaise Ferrage, cadet d'une modeste famille de paysans commingeois de Cescau, près de Castillon, aujourd'hui en Ariège, était roué vif à Toulouse pour avoir violé vingt-deux bergères, tenté d'assassiner l'une d'elles ainsi que son propre oncle, abattu un Espagnol, incendié une grange et commis de nombreux vols. Ces crimes dépassent largement le faits divers sanglant dont se délectaient déjà les « canards », feuilles à sensations nées un siècle plus tôt ? Le procès de Castillon, en Comminges, témoigne d'abord de la quotidienneté de la violence dans le monde rural à l'époque. Aux yeux de ses voisins, Blaise n'était plus digne de la « réputation » qui légitimait la place de chacun dans la communauté. »

« L'ogre paysan »

Jean-Pierre Allinne poursuit : « Ce procès exemplaire parvint aux oreilles du roi à Versailles. Il illustra à sa façon les interrogations qui taraudaient les élites à la veille de la Révolution : les crimes de Ferrage symboliseraient la barbarie rurale opposée à l'ordre rationnel de la cité. A travers « L'Ogre paysan », les Lumières ont stigmatisé aussi la dégénérescence morale, incarnée à la même époque par Sade. Les « monstres ruraux » sont alors à la mode. Ces êtres mal humanisés sont investis d'une fonction symbolique non dite, celle de conforter les élites du temps dans la certitude que la ville est bien le berceau de la civilisation et les lumières de la raison, la condition de la vie sociale. S'il n'avait pas été transformé en anthropophage par une chronique alors très lue, les « Causes célèbres », de l'avocat parisien des Essarts, Blaise Ferrage serait demeuré un banal « mauvais sujet », éliminé par sa communauté et ignoré du reste du monde. »

On trouve cet excellent livre dans tous les bonnes libraires. Contact aux éditions Cairn (tél. 05.59.27.45.61).

« L'anthropophage des Pyrénées »

Publié le 21/11/2005 09:30 | LaDepeche.fr

http://www.ladepeche.fr/article/2005/11/21/152885-L-anthropophage-des-Pyrenees.html



Portrait de Blaise Ferrage, "L'Ogre de Gargas"
   
France > viol, pédophilie, cannibalisme, peine de mort, littérature
   
Article posté par Stéphane Bourgoin le Jeudi 29 juillet 2010

 

http://www.sudouest.fr/images/2010/07/29/149481_13813573_460x306.jpg" Alors que la presse du XVIIIe siècle l'accuse d'avoir dévoré 80 jeunes filles, « l'anthropophage » de Gargas (65) n'a jamais mangé personne, explique l'historien Jean-Pierre Allinne.
   
C'est un peu dur à avaler, mais c'est la vérité toute crue : l'anthropophage des Pyrénées n'a jamais mangé personne. C'est la conclusion à laquelle est parvenu l'historien Jean-Pierre Allinne, qui a consacré un ouvrage à la question (« L'Anthropophage des Pyrénées », Collection « Histoire d'un crime », Cairn Éditions, Pau).
   
Blaise Ferrage, puisqu'il s'agit de lui, n'en a pas moins marqué l'imaginaire collectif, d'un bout à l'autre de la chaîne montagneuse. À savoir de Cescau (dans l'Ariège), d'où il était originaire, jusqu'à Aventignan (Hautes-Pyrénées), où la légende veut qu'il trouvât refuge, dans les grottes de Gargas. Ce qui est également pure invention, insiste Jean-Pierre Allinne. Ferrage en a pourtant tiré un deuxième surnom posthume : l'ogre de Gargas.
   
Mais pourquoi donc vouloir faire passer pour un cannibale ce brave homme, chasseur d'isard de son métier, dont les états de services étaient déjà suffisamment chargés. Puisque s'il ne mangeait pas les bergères, il les violait tout de même à la chaîne, et très jeunes si possible.
   
« Stigmatiser le paysan »


Pour comprendre comment la légende est née, il faut remonter au XVIIIe siècle, juste avant la Révolution. « À cette époque où le roi voulait imposer son administration, la presse était prompte à stigmatiser le paysan, afin d'opposer la civilité de la ville à la supposée sauvagerie paysanne », analyse l'historien.
   

Bien malgré lui, Blaise Ferrage va jouer un rôle dans ce contexte. Homme de petite taille mais doué, dit-on, d'une grande force physique, cadet d'une famille paysanne, il entre dans l'existence avec peu d'atouts dans son jeu.
   
Si Jean-Pierre Allinne s'est retrouvé biographe et « avocat » d'un tel homme, c'est un peu par la grâce du hasard. « Je me promenais sur les lieux de tournage du film ''Le retour de Martin Guerre'', quand les vieux du village m'ont dit : ''mais nous aussi, nous avons notre criminel célèbre : l'ogre de Cescau ».
   
Piqué dans sa curiosité, cet universitaire qui s'est spécialisé, depuis dix ans, dans l'histoire du crime, se rend aux archives départementales de l'Ariège, à Foix. « Et là, bingo ! Je tombe sur des ''sacs d'archives'', regroupant les témoignages de victimes ». Il y est question de viols - « la plus jeune a 10 ans, on est à la limite de la pédophilie », note Allinne. Mais point d'anthropophagie. C'est du moins ce qui ressort des archives léguées par le petit tribunal royal à juge unique qui siégeait à l'époque à Foix.
   
Blaise Ferrage, donc, est entré dans la carrière de légende du crime en violant des bergères du cru. Ce qui, dans ces temps-là, n'avait rien d'extraordinaire, ni même de franchement répréhensible. « À l'époque, les tournantes étaient monnaie courante », expose Jean-Pierre Alline. « C'était le lot des servantes. Seules étaient punies les agressions contre les femmes dites ''de qualité'': nobles, bourgeoises, ou issues de familles paysannes aisées. » Quant à la jurisprudence en vigueur pour les violeurs convaincus, elle laisse perplexe aujourd'hui : « la punition pour les viols était ''une solide correction physique'' administrée par des groupes de jeunes sous l'autorité des consuls, qui rendaient la justice localement ».
   
Là où Ferrage se distingue, c'est qu'il tape jeune. Et fort : « Il a été condamné pour vingt-deux viols commis en quatre ans, mais au total, il a dû en perpétrer une cinquantaine, en comptant les deux ans où il s'est réfugié en Espagne », comptabilise d'historien.
   
« Les villageois excédés »

 

C'est d'ailleurs ce nombre qui explique qu'il ait été jugé non par ses pairs, mais par un tribunal royal. « Les villageois étaient excédés par son comportement », estime Jean-Pierre Allinne. Non seulement Ferrage violait, mais il avait également tenté de tuer la jeune Marie Gros, la servante de son oncle, dont il était amoureux. Un crime d'honneur tout à fait dans l'air du temps, la jeune femme ayant osé se refuser à lui. Il avait également exécuté un Espagnol - un maquignon de passage avec qui il s'était querellé au sujet du prix d'un mulet. Fétichiste sur les bords, il collectionnait en outre les rubans dérobés à ses victimes.
   
Résultat, il passe devant la justice d'État, à laquelle il est livré en 1782. « C'est la première fois à ma connaissance qu'un violeur de bergères est condamné », répète Jean-Pierre Allinne. Et la sanction qui lui est appliquée n'est pas des moindres. C'est la roue. Un supplice réservé aux crimes graves (banditisme de grand chemin, parricide…). Donc, pas aux viols, à l'époque. Ferrage meurt dans d'atroces souffrances. On lui refuse même d'être étranglé avant de passer à la roue, une largesse pourtant accordée aux suppliciés d'ordinaire.
   
« On en a fait un monstre »


Ce n'est donc que dans la presse de l'époque qu'apparaît la notion de cannibalisme. Dans le « Mercure de France », qui était le journal officiel de la cour, à Paris. « C'est alors un peu l'équivalent du ''Monde'' », compare Jean-Pierre Allinne. Mais aussi dans « Les Petites Affiches Toulousaines », le journal franc-maçon de Toulouse.
   
Si l'affaire s'avère décevante sur le plan gastronomique, elle reste donc riche d'enseignements pour l'historien. Sur la perception du viol, donc. Sur celle de l'enfance, aussi. « Lors du procès, un témoin dira : il faut attendre pour ces choses-là. C'est tout à fait nouveau à l'époque. Jusqu'ici, on considérait les enfants comme de petits adultes, ils n'avaient pas cette place spécifique qui apparaît ensuite. On commence à considérer que l'enfance est un monde à part, qu'il faut protéger ». Et enfin sur le rôle (dévoyé) de la presse.
   
« On en a fait un monstre, alors que c'était un paysan, ordinaire, rejeté par ses deux frères aînés, et qui était révolté par son sort. Il s'était fait chasseur d'isard, c'est-à-dire braconnier. Et c'est pour cela qu'il était aussi lourdement armé », plaide l'historien.
   
Autre première dans ce dossier : l'intervention de la médecine légale. « Un médecin, qui était en fait barbier de profession, a fait un examen gynécologique de Marie Gros, et a décrit ses blessures pour confondre Blaise Ferrage », révèle Jean-Pierre Allinne. Les « Experts » bien avant l'heure.
   
Quant à l'intervention des grottes de Gargas, elle aussi s'explique, pour inventée qu'elle fût. « Cet élément a été ajouté a posteriori, pour en faire un ogre », analyse l'historien du crime. S'agissant de grottes préhistoriques, elles s'y prêtent fort bien. Tant par la présence de mains peintes « en négatif » sur les parois, que celles d'os de gros animaux. Le tout pouvant évoquer le supplice d'innocentes bergères. Avis aux amateurs : les grottes se visitent toujours."
   
Un article de Gwenaël Badets.
   
« L'Anthropophage des Pyrénées », Collection « Histoire d'un crime », Cairn Éditions www.editions-cairn.com

Source : SUD-OUEST (29 juillet 2010

http://www.au-troisieme-oeil.com/index.php?page=actu&type=skr&news=33951

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