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http://www.ouest-france.fr/of-photos/2009/11/12/lm09_1614463_1_px_470_.jpgArchives de presse 2009 - Pendant la Grande Guerre, les « indésirables » étaient emprisonnés au petit séminaire, transformé en camp de concentration. L'association, Passé simple, en parle dans le livre La colonie de Précigné.

C'est une histoire oubliée, à Précigné. « Comme un sujet tabou », constate Marie-Jeanne Buisneau, membre de Passé Simple. Une histoire enfouie au plus profond des mémoires et des archives. « On a peut-être préféré effacer cette sombre période du passé ». Elle en a fait un livre : La colonie de Précigné.

Cette époque où, pendant la Grande Guerre, la Nation a enfermé « les indésirables »dans le petit séminaire de la commune. Un bâtiment religieux vacant depuis la séparation de l'Église et de l'État.

Dans cette « colonie » entourée de barbelés, l'État a interné 2 116 personnes, de décembre 1914 à décembre 1919. « Des hommes, des femmes et des enfants, de quarante pays différents. Des familles entières parfois. » On les soupçonnait d'espionnage. Au nom de la guerre et du patriotisme, on y enfermait les syndicalistes, les révolutionnaires, « ceux qui parlaient allemand, les femmes de petite vertu, les gitans, les réfugiés étrangers... », énumère Marie-Jeanne Buisneau.

Soixante-dix prisonniers sont morts dans ce « camp de concentration », un terme utilisé par la préfecture. Des bébés y sont nés, aussi. Des captifs y étaient conduits, sans même un procès. La suspicion suffisait. « Comme cette petite Belge d'un an, suspecte, déjà... », poursuit Marie-Jeanne Buisneau qui a passé quatre ans le nez dans les archives officielles, au Mans.

« Dépotoir »

http://www.petitpave.fr/uploads/colonie-de-precigne.jpgTout a été conservé. Fiche d'identité, vie du centre, des documents « j'en ai trouvé des milliers, entreposés aux archives départementales, sur plus de 5 mètres de rayons. »

L'adhérente de Passé simple a ainsi découvert que Victor Serge, « de son vrai nom Victor Kibaltchiche, écrivain anarchiste », y avait été placé en captivité à partir du 1 er avril 1918. Il s'était fait « prendre à Paris alors qu'il tentait de gagner la Russie ».

À Précigné, Victor Serge a rejoint les rangs d'un groupe de révolutionnaires « qualifiés de bolcheviks ». Dans ce camp « dépotoir, les conditions d'hygiène étaient déplorables. Les prisonniers mangeaient peu. Le chauffage fonctionnait mal, quand il fonctionnait ! » Les archives font état d'un nombre croissant de morts « au moment de l'épidémie de grippe espagnole », relate Marie-Jeanne Buisneau.

Il y a eu des tentatives d'évasion. « 114 au total. 46 prisonniers ont été repris. » D'autres y ont laissé leur vie, comme Aron Zieplenok, 20 ans, un comptable russe tué de six balles d'après Victor Serge, alors qu'il tentait de fuir à la faveur d'une nuit d'orage.

Tout cela est raconté dans le livre publié par l'association Passé simple. « Il s'agit d'un travail collectif. Marie-Jeanne a effectué les recherches. Nous avons fait la synthèse et rédigé l'ouvrage en commun », relate Patrick Communeau.

Un livre pour ne pas oublier cet épisode local de l'histoire de cette Grande Guerre dont on commémorait, hier, l'armistice.

La colonie de Précigné, éditions du Petit Pavé. 18 €. Disponible à la maison de la Presse, à l'office de tourisme, dans les rayons des grandes surfaces Leclerc et Super U.

Alan LE BLOA.

Ouest-France / Pays de la Loire / Sablé-sur-Sarthe / Archives du jeudi 12-11-2009

Un livre raconte l'histoire oubliée de Précigné - Sablé-sur-Sarthe

jeudi 12 novembre 2009

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Lien utile sur le blog

La colonie de Précigné : camp d'internement ... de 1914 à 1919

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