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http://papercuts.fr/upload/chronique/463/my-olivier-bosc-la-foule-criminelle-politique-et-criminalite-dans-leurope-du-tournant-du-xixe-siecle.jpgDocument 2007 - Foule criminelle... L'image comme les mots frappent l'esprit. Une puissance d'évocation à la mesure des angoisses suscitées au XIXe siècle par l'émeute populaire, la manifestation, la grève générale. En France, cette image prend corps et sens grâce au livre d'un jeune criminaliste italien, Scipio Sighele (1868-1913) : La Foule criminelle. Jusqu'ici fiction d'écrivain (Goncourt, Maupassant) ou fantasme d'historien (Taine, Michelet), la foule devient simultanément objet sociologique et acteur politique.


Dans la lignée des travaux de son maître Lombroso, Sighele illustre le caractère violent, barbare et atavique de la foule. La littérature de Zola, la pédagogie de Durkheim ou d'Alain et jusqu'au mouvement des intellectuels s'inspirent de cette découverte. Il faut civiliser la foule, devenir sa force guide au nom du Progrès. À l'opposé de celle du réactionnaire Gustave Le Bon, une psychologie des foules de gauche - restée jusqu'ici méconnue - émerge ainsi au tournant du XIXe siècle.


Cependant, la crise de la fin de siècle et ses corollaires - banque­route de la science, spectre de la dégénérescence - renversent l'image négative de la foule. Savants élitistes, darwinistes sociaux et précurseurs de la psychanalyse tirent d'autres leçons des théories sighéliennes : la foule est l'élite de demain ; sa violence est synonyme de jeunesse, de modernité, de capacité à rénover une société décadente. Bientôt les socialistes, à l'image de Sorel ou de Ferri, feront l'éloge de la «Sainte Canaille» et les nationalistes, Maurras et Corradini, loueront les vertus guerrières du peuple. Ils conflueront bientôt dans la synthèse fasciste, dont la criminologie positiviste permet l'émergence. La politique moderne s'apprête à ériger la foule criminelle en protagoniste historique.

Olivier Bosc, historien et sociologue, est conservateur à la Bibliothèque nationale de France. Il enseigne à Sciences Po.

 

 

  • La revue de presse Dominique Kalifa - Libération du 29 novembre 2007


La foule, qui fut l'une des grandes anxiétés de la fin du XIXe siècle, a déjà fait l'objet de très nombreux ouvrages. On a décrit la bestialité fantasmée des grands rassemblements, leur régression intellectuelle, leur construction en motif littéraire et en objet scientifique, le rôle de Taine, de Tarde, de Le Bon et de son programme de subversion de la démocratie par la Psychologie des foules. Le livre d'Olivier Bosc n'offre pas une nouvelle version de cette histoire bien connue. Attentif à la circulation des idées en France et surtout en Italie au début du XXe siècle, il aborde un aspect jusque-là peu connu : le «processus de renversement de l'image des foules». Un mouvement double et a priori antithétique, puisqu'il fut d'abord porté par un projet très progressiste d'éducation des masses avant d'inspirer des usages plus violents, valorisant les foules pour leur vitalité barbare ou leur énergie créatrice.

 

  • Les courts extraits de livres : 08/10/2007


Extrait de l'introduction : Foule criminelle : l'image comme les mots frappent l'esprit. Une puissance d'évocation à la mesure des angoisses suscitées au tournant du XIXe siècle par l'émeute populaire, la manifestation, le soulèvement politique, voire la grève générale. En France, cette image prend corps et sens vers 1891 grâce au livre d'un jeune criminaliste italien, Scipio Sighele (1868-1913) : La Foule criminelle. L'oeuvre s'impose auprès d'un large public constitué de savants, d'hygiénistes, de moralistes, d'hommes politiques et bientôt d'intellectuels. Jusqu'ici fiction d'écrivain (Concourt, Maupassant) ou fantasme d'historien (Taine, Michelet), la foule devient simultanément un objet sociologique et un acteur politique. Scipio Sighele trace ainsi la voie, avec quelques autres, à Gustave Le Bon et à sa Psychologie des foules. Cependant sa vision, loin d'annoncer les seuls tribuns et dictateurs de l'ère des masses, se veut progressiste et démocratique. Entre XIXe et XXe siècle, nationalistes, impérialistes, conservateurs, protofascistes ne sont pas les seuls à succomber à la fascination pour la foule, qui mêle attraction et répulsion. Républicains, socialistes, anarchistes, syndicalistes, à la lumière des découvertes de la criminologie et de la psychologie collective italiennes, se disputent ses faveurs. Entre sociologie et politique, la foule criminelle se dresse, idole à la fois moderne et archaïque.

HOMME CRIMINEL, FOULE CRIMINELLE

Évoquer La Foule criminelle, la monographie de Scipio Sighele, conduit à faire référence à L'Homme criminel, l'ouvrage fondateur de Cesare Lombroso, chef de l'école italienne d'anthropologie criminelle. Scipio Sighele est au tout début des années 1890 un jeune disciple de l'anthropologie criminelle positiviste. Cependant, en abandonnant l'étude individualisée du criminel pour une approche inédite des phénomènes collectifs de délinquance (brigandage, sectes criminelles, maffia), le criminaliste dépasse largement le cadre des études anthropologico-juridiques qui font le succès de l'école italienne de criminologie. En effet, à travers le passage, inauguré par lui, de l'individuel vers le collectif, de l'homme criminel vers la foule criminelle, se jouent le regard et l'attitude des intellectuels face à la foule. La psychologie collective est, à la charnière de ce bouleversement, symbolique de cette transformation ; encore tributaire de l'anthropologie lombrosienne, qui par la quête d'invariants physiques et psychiques cherche à prolonger sous une forme savante les catégories héritées du passé, elle fait exploser ces mêmes barrières en mettant au jour la puissance de l'inconscient individuel et collectif. Cette découverte donnera ses contours à la modernité politique. C'est une dissolution paradoxale des anciennes croyances passant, idéalement, par un désenchantement raisonné du monde qui conduit concrètement au réinvestissement de nouvelles catégories dans l'imaginaire. Un programme politique et social complet, en prise directe avec la philosophie positiviste alors dominante, émerge à partir de l'image de foule criminelle.

La foule criminelle : politique et criminalité dans l'Europe du tournant du XIXe siècle

Auteur : Olivier Bosc

Préface : Jacques Julliard

Date de saisie : 26/09/2007

Genre : Histoire

Éditeur : Fayard, Paris, France

Collection : Histoire


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