En prenant comme fil rouge le destin des enfants qui y furent enfermés, Marion Sigaut retrace l’histoire de l’Hôpital général depuis sa création au XVIIe siècle, jusqu’au XVIIIe, où Paris bruissait de la rumeur d’enfants enlevés, prostitués ou envoyés dans les Amériques.
En mai 1750, une rumeur persistante faisant état d’enlèvements d’enfants mit Paris en émoi. Les gens disaient, mais peut-on les croire, que des exempts déguisés (les exempts étaient ce qu’on appelle aujourd’hui des agents de police) s’emparaient d’enfants et d’adolescents et les envoyaient à L’Hôpital général. Des émeutes graves éclatèrent, comme en 1675, et en 1701, des commissariats furent incendiés et des gardes tués. La répression fut sévère et se solda par des condamnations à mort. Mais qu’était donc cet Hôpital Général de sinistre réputation ?
Fondé en 1656 par Louis XIV, il était destiné d’abord à résoudre le problème de la mendicité, en enfermant les mendiants. Au milieu du XVIIe siècle la France, ravagée par les guerres civiles (La Fronde), avait vu en effet ses villes envahies par des masses de miséreux incontrôlables et jugés dangereux. Mais très vite l’Hôpital Général fut utilisé aussi pour enfermer d’autres catégories de population : les prostituées, les ivrognes et bientôt les enfants abandonnés, ou confiés à l’institution par des parents sans ressources. C’est avec les enfants que les abus semblent avoir été les plus graves et les plus insupportables. En effet, les baillis de l’Hôpital ne ramassaient pas seulement les enfants abandonnés, ils s’emparaient aussi des enfants qui traînaient dans les rues ou simplement y jouaient. Et les parents devaient payer pour pouvoir les reprendre. C’est ce qui provoqua le soulèvement populaire de 1750 appelé la Marche rouge.
Marion Sigaut a découvert dans les archives de la Salpetrière qui, avec Bicêtre et la Pitié, formait l’Hôpital Général, outre les conditions de vie inhumaines qui y régnaient, l’histoire des scandales qui éclaboussèrent ceux qui le dirigeaient (c’était un établissement laïque géré par le Parlement de Paris) et les tentatives de réforme entreprises par le roi et l'Église. Elle s’est attachée tout particulièrement au sort des enfants qui y moururent en masse ou disparurent mystérieusement, d’où la rumeur persistante dans le peuple d’un commerce d’enfants : furent-ils livrés à des libertins qui en usaient en toute impunité, furent-ils vendus à la compagnie des Indes pour peupler la nouvelle colonie du Québec ? L’enquête ne le dira pas, mais l’enquête en elle-même est passionnante.
L’auteur : Marion Sigaut est né à Paris en 1950. Elle vit en Bourgogne. Elle est l’auteur de : « Le Petit coco » (Sylvie Messinger, 1989), « Russes errants sans terre promise » (L’Harmattan, 1994), « Libres femmes de Palestine » (Ed. de l’Atelier, 1996), « Mansour Kardosh, un juste à Nazareth » (Ed.s de l’Atelier, 1998, prix Palestine 1998) et « Les deux cœurs du monde : Du Kibboutz à l’Intifada » (Flammarion, 2007.)
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