Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

http://www.decitre.fr/gi/13/9782070779413FS.gifDocument 2007 - " Je ne suis pas le monstre qu'on fait de moi.

Je suis victime d'une erreur de raisonnement ", déclare Adolf Eichmann à l'issue de son procès.

Comme après lui tous les exécuteurs allemands, rwandais, serbes et croates, dont les cas sont étudiés dans ce livre, il récuse résolument l'idée qu'il aurait agi monstrueusement et en dehors des catégories morales de la communauté des hommes. Pourtant tous ont tué systématiquement ceux qu'eux et leurs semblables avaient exclus de l'humanité par définition.

Qu'on puisse les qualifier de meurtriers est une idée restée jusqu'à ce jour étrangère aux exécuteurs dans leur immense majorité, car leur projet anti-humain avait bâti un système de responsabilité morale clans lequel le meurtre de niasse était une évidence. Dans un dispositif social, montre Harald Welzer, il suffit qu'une seule coordonnée, l'appartenance sociale ou ethnique, se décale pour que tout l'ensemble change et que s'établisse une réalité autre que l'antérieure.

Ce décalage, observable dans le national-socialisme, où il est fondé scientifiquement sur une théorie des races, et dans l'ex-Yougoslavie et au Rwanda, où il est fondé ethniquement, consiste en une redéfinition radicale de qui fait partie ou non de l'univers d'obligation générale. La distinction inéluctable et absolue entre appartenants et non-appartenants est commune à ces sociétés meurtrières, par ailleurs extrêmement différentes.

Une fois lancée, la pratique d'exclusion conduit à la spoliation, et la déportation et la violence dont elle est assortie transforment, avec une régularité terrifiante, le déplacement en " nettoyage ", en extermination pure et simple des non-appartenants.


http://www.uni-bielefeld.de/ZIF/grafik/FG04-Welzer.jpgHarald Welzer
est directeur de recherches en psychologie sociale à l'Université Witten / Herdecke et directeur du Centre de recherche interdisciplinaire sur la mémoire à Essen.

 

  • La revue de presse Marc Semo - Libération du 10 janvier 2008

Les bourreaux ne parlent guère, et surtout ils n'ont rien à dire. «Ils sont juste capables de se percevoir comme les victimes d'une tâche que semblent leur dicter les circonstances historiques», note Harald Welzer, directeur du Centre de la recherche pour la mémoire historique d'Essen, évoquant «l'effrayante normalité» des criminels de guerre nazis. C'était vrai au plus haut niveau comme parmi les exécutants. On le savait déjà. Les psychiatres qui étudièrent les accusés de Nuremberg préférèrent souvent ne pas rendre publiques leurs conclusions. Personne à l'époque n'était prêt à entendre que ces hommes n'étaient pas des monstres, et par là même encore plus terrifiants au vu de l'ampleur de leurs crimes...

C'est sur ce point fondamental et encore obscur malgré l'abondance des études consacrées au sujet que se concentre ce livre : par quels enchaînements sociaux et psychologiques des fonctionnaires sans histoire, des bureaucrates exemplaires ou des policiers braves pères de famille basculent dans le crime de masse ? Le criminel nazi n'a pas grand-chose à voir avec l'intellectuel raffiné et pervers nourri de Sade et de Georges Bataille montré dans les Bienveillantes...

L'un des intérêts du livre de Welzer est aussi de ne pas s'arrêter à l'Allemagne nazie et de montrer que la même logique implacable se retrouve par exemple dans un génocide de masse où chacun manie la machette, comme au Rwanda, ou dans l'ex-Yougoslavie.



  • La revue de presse Alexandra Laignel-Lavastine - Le Monde du 21 décembre 2007

Comment des individus que rien ne distingue du reste de la population, avocats, médecins, agriculteurs ou bons pères de famille, peuvent-ils en venir à modifier leur système de valeurs au point de se métamorphoser en meurtriers de masse ? Le psychosociologue allemand Harald Welzer publie sur la question l'un des ouvrages les plus percutants de ces dernières années. Il souligne que si cette énigme n'appartient pas au passé, elle doit aussi nous conduire à réviser nos certitudes les mieux ancrées quant à la cohésion des sociétés modernes...

Cet inquiétant tableau se voit en outre renforcé par deux données bien peu rassurantes : parmi la foule des exécuteurs nazis, d'abord, la proportion de personnalités pathologiques n'excède pas les 5 % à 10 % ; ensuite, les bourreaux - et cela vaut également pour le Rwanda et la Bosnie, les deux autres scènes étudiées ici - n'éprouvent en général ni culpabilité ni difficulté "à se percevoir dans une parfaite continuité biographique" ; enfin, les interrogatoires des membres des Einsaztgruppen montrent à quel point ces tueurs n'auront aucun mal, après 1945, à se réinstaller dans une normalité bourgeoise.



  • La revue de presse Olivier Pétré-Grenouilleau - Le Figaro du 29 novembre 2007

À partir des archives de leurs procès, Harald Welzer analyse le comportement des responsables de la solution finale. Terrifiant...

Qu'on le veuille ou non, le meurtrier de masse est le plus souvent un individu comme les autres. Primo Levi a raison : ce sont les «hommes ordinaires», les plus nombreux, qui sont aussi les plus dangereux...

Il y a toujours des volontaires, prêts à jouir sadiquement d'une apparente toute-puissance. D'autres sont plus en retrait, mais, paradoxalement, le fait que chacun puisse ainsi se positionner ne fait, au final, que renforcer «l'efficacité meurtrière» de l'ensemble. Au terme de ce périple infernal, l'auteur essaye d'appliquer sa grille d'analyse à d'autres massacres du XXe siècle. Des crimes du Vietnam - néanmoins perçus comme tels, c'est-à-dire comme des violations du droit de la guerre et des valeurs universelles -, il conclut qu'il n'est nul besoin d'un régime totalitaire pour que s'ouvrent «des cadres d'action» propices à la tuerie aveugle. Puis viennent le génocide du Rwanda (« meurtre de masse planifié ») et la Yougoslavie. Si « tout est possible », faut-il renoncer ? Non, nous dit Walzer, dont le propos sonne comme une injonction à la vigilance.



  • Les courts extraits de livres : 17/12/2007

Extrait de l'avant-propos : Qu'est-ce qu'un meurtrier de masse ?

Si des gens qui ont reçu la même éducation que moi, qui parlent le même langage que moi, aiment les mêmes livres, la même musi­que, les mêmes tableaux que moi, si ces gens ne sont nullement à l'abri de la possibilité de devenir des monstres inhumains et de faire des choses dont jusque-là nous aurions cru qu'étaient incapables des gens de notre époque, hormis des cas pathologiques individuels, où prendrai-je l'assurance que j'en suis moi-même à l'abri ?

Max Frisch, 1946

Alors que les principaux criminels de guerre, dont Hermann Göring, Rudolf Hess, Albert Speer, Hans Frank et Julius Streicher, étaient en prison à Nuremberg, leur psychisme fut l'objet d'un intérêt considérable. Qu'étaient pour finir ces hommes qui, chacun à sa manière, avaient conçu et exécuté le plus grand crime contre l'humanité de toute l'histoire ? Qui avaient préparé et mis en oeuvre les plans du Grossdeutsches Reich, de sa capitale Germania, de l'écrasement du bolchevisme, de l'anéantissement des Juifs et de la «sous-humanité» en géné­ral ? L'incommensurabilité des crimes des nationaux-socialistes était telle que la conclusion semblait évidente : on avait néces­sairement affaire à des personnalités psychologiquement hors du commun. L'idée que les responsables de ces millions d'as­sassinats pussent être, psychologiquement, des gens tout à fait normaux ne pouvait - même compte tenu des traits parfois bi­zarres ou cocasses de personnages de l'élite nazie comme Göring, Goebbels ou Hess - paraître que totalement absurde. Les accusés furent donc soumis à des examens psychologiques minutieux : entretiens, observations, tests. Le premier psychologue commis par le tribunal de Nuremberg, Douglas Kelley, notait en 1946 : «Le matériau collecté comprenait des tests de Rorschach complets, puis de nombreux tests de personnalité d'un genre analogue, ainsi que des observations psychiatriques minutieuses, du matériau graphologique, des tests d'intelligence.»

Kelley s'intéressa aux résultats de ces tests de Rorschach. Ce procédé projectif, considéré à l'époque comme extrêmement fiable, consiste à demander à des patients ou à de simples sujets d'expérience d'interpréter sous divers aspects des taches d'en­cre informes. Selon les associations enregistrées - par exemple quels animaux sont vus dans ces images abstraites ? quel sens est attribué aux dégradés ? les sujets partent-ils du détail ou de l'ensemble ? etc. - les psychologues estiment pouvoir tirer des conclusions sur l'état psychique et la personnalité des sujets. On espérait en apprendre ainsi beaucoup sur le fonctionnement mental des principaux criminels de guerre. Kelley avait l'intention d'expédier le matériau recueilli «à de grands spécialistes des tests de Rorschach et de faire ensuite la synthèse de leurs expertises, afin d'obtenir un portrait aussi précis que pos­sible de ces individus qui constituaient le pire groupe de criminels qu'eût jamais connu le genre humain».

Il fallut attendre un an pour que le projet de Kelley fût mis à exécution. On écrivit alors à 10 grands spécialistes du Rors­chach à qui l'on demanda de «dégager les caractéristiques si­gnificatives de ces hommes, afin de compléter les examens des psychologues moins chevronnés» qui s'étaient trouvés con­frontés aux accusés sur place, à Nuremberg. Le résultat fut stupéfiant. Bien qu'il s'agît là de cas absolument exceptionnels, les experts manifestèrent fort peu d'intérêt. Plus exactement : aucun des 10 ne fournit le rapport demandé. Les excuses, quand ils en exprimèrent, furent des plus vagues : le temps leur avait manqué, il y avait eu d'autres priorités, voire des problèmes personnels imprévus.

Les exécuteurs : des hommes normaux aux meurtriers de masse

Auteur : Harald Welzer

Traducteur : Bernard Lortholary

Date de saisie : 15/11/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Éditeur : Gallimard, Paris, France

Collection : NRF Essais



Acheter Les exécuteurs : des hommes normaux aux meurtriers de masse chez ces libraires indépendants en ligne :

L'Alinéa (Martigues) Dialogues (Brest) Durance (Nantes) Maison du livre (Rodez) Mollat (Bordeaux) Ombres Blanches (Toulouse) Sauramps (Montpellier) Thuard (Le Mans)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :