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Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des peines  développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul … et pour son 399ème portrait du jour, nous accueillons avec infiniment de plaisir Christophe Grégoire

Né à Clermont-Ferrand, Christophe Grégoire se passionne dès sa plus tendre enfance pour l’histoire, notamment celle de la Seconde Guerre mondiale. Parallèlement à ses activités professionnelles, il devient auteur spécialisé en collaborant à diverses publications. Remarqués pour leur sérieux et leur objectivité, ses articles explorent minutieusement ses deux sujets de prédilection : l’organisation de la Wehrmacht à travers l’étude analytique de livrets militaires individuels et l’historique d’unités de la Résistance auvergnate. Ce livre, qui représente un énorme travail de recherche, donne une image saisissante de cette époque qui passionne les amateurs d’histoire…

Bienvenue Christophe sur le très prisé et discret carnet Criminocorpus. Ph. P

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« Je travaille dans l’Édition depuis 1983 et j’ai assuré, en tant que directeur de collection, la création et la réalisation de la série Mini-guides historiques (27 livrets édités entre 2002 et 2006), publiés chez Histoire & Collections. Chaque guide permet au lecteur de partir à la découverte de l’histoire de son terroir, de découvrir la diversité de son patrimoine… et au voyageur d’associer le fracas de l’histoire à la richesse des sites.
J’ai également, en tant que rédacteur-en-chef adjoint, travaillé sur le magazine historique Batailles.
Je suis également chercheur en histoire et me suis spécialisé dans le domaine de l’histoire régionale (française), nationale et mondiale (européenne) de la première moitié du XXe siècle. » Alexandre Thers

Entretien réalisé par Alexandre Thers (auteur de publications historiques)

– Vous êtes auvergnat me semble-t-il, pouvez-vous nous éclairer quant à votre profession ainsi qu’à votre rapport à l’écriture ?

Auvergnat, frénétiquement ! Vivant depuis la plus tendre enfance à l’ombre du géant des Dômes, je concède un véritable amour pour ma région ; qu’il s’agisse de sa nature, de ses paysages ou de son histoire…Moniteur de ski l’hiver, les faiblesses d’enneigement sur les Monts Dore m’ont obligé à quelques vagabondages alpins. Il y a environ 25 ans, je me suis fixé à Courchevel où j’enseigne à l’ESF de 1650. Puis dès le printemps, comme les hirondelles, je regagne mes pénates afin de parcourir ma région en long, en large et en travers… A pied ou en autocar puisque j’exerce aussi la profession d’accompagnateur en montagne au sein du bureau de Super-Besse. Je consacre les mois d’intersaison et les longues soirées d’hiver à mon travail d’auteur. La marche à pied en montagne est très inspiratrice. En outre elle permet la réflexion dans un cadre particulièrement serein et favorable : qu’il s’agisse d’organisation pour le travail historique ou d’inspiration et d’émotivité pour le roman.

– Vous vous êtes fait connaître en 2015 avec la parution d’un premier livre, Les Vampires : Eliminations et Sabotages – Résistance,1943-1945. Après la publication d’un roman, en 2019, Melpomène, qui raconte la quête d’un mélomane ensorcelé par une mystérieuse diva, vous récidivez avec un nouvel opus : Les troupes allemandes en Auvergne « Unter dem Marschstifel ! »(1940-1948) . D’où est né votre intérêt pour la période de l’Occupation dans le Puy-de-Dôme ?

Au préalable, j’avais collaboré pendant une quinzaine d’années à plusieurs magazines d’histoire. Des articles exclusivement sur la Seconde Guerre mondiale, dont certains furent traduits en Allemagne et en Italie. Mon premier livre ne pouvait qu’aborder un de mes sujets de prédilection : la Résistance auvergnate. L’historique du corps franc des Vampires fut un travail besogneux qui s’étala sur une dizaine d’années. Le sujet était inédit, le succès du livre (nous épuisons actuellement les tirages de la seconde édition) m’a conforté dans le désir de poursuivre dans cette voie. La passion d’écriture ne pouvant guère s’épanouir dans un travail historique, j’ai éprouvé le besoin impérieux de me lancer dans un autre univers plus littéraire. Melpomène, mon premier roman, revendique une sincérité, un absolu qui se décline sous forme d’amour courtois. Le lecteur y voyage à travers le monde – notamment l’île de Madère et L’Espagne – et se laisse emporter à travers le temps au fil des pages. Un premier roman qui a été nominé pour le prix du cercle Médicis et qui, situation sanitaire oblige – ne sera décerné que cet automne. Le nouveau livre qui sort officiellement le 15 octobre 2020 me replonge dans l’Histoire de l’Auvergne. L’histoire de mes grands-pères, l’un maquisard et l’autre ancien-combattant de la campagne de France, m’a toujours fasciné et étant passionné d’histoire depuis le plus jeune âge, il me semblait naturel de m’intéresser en particulier à cette période.

– Votre roman, Melpomène, révèle un goût prononcé pour la grande musique et la littérature. Pouvez-vous nous faire partager vos choix artistiques ?

L’amour pour la musique classique est venu comme une révélation. Cette connexion me transporte au gré des œuvres écoutées vers le sacré, l’amour, la joie et tous les sentiments que peuvent procurer la musique. Suivant les moments ou l’humeur se sera : Beethoven et le 2e mouvement de la 7e symphonie pour m’emplir de force, Wagner et la Walkyries et chevaucher la tempête, Camille Saint-Saëns qui m’entraîne dans sa danse macabre, Barber et son Concerto pour cordes lorsque l’automne et la monotonie frappent à ma porte, Verdi toujours, Schubert et Schumann que je confonds régulièrement, Mahler et ses Kindertotenlieder (spécialement avec Jessye Norman comme interprète), Rossini les jours de bonne humeur etc. etc. J’adore aussi le Piano, Beethoven encore, Scriabine, Brahms, Chopin… L’opéra et particulièrement la période vériste (Puccini, Giordano) et le bel canto en général avec Donizetti. Coup de cœur du moment, les Indes Galantes… Mais j’aime aussi des compositions plus modernes, les musiques de films par exemple : le maestro Morricone en particulier. Je l’avais vu sur scène à de nombreuses reprises et sa disparition m’a beaucoup affecté. Une grande perte pour la musique… j’écoute aussi les Pink Floyd, Queen, Fleetwood Mac, Crosby Stills & Nash et toute la musique des seventies en général.

Question littérature, j’éprouve toujours quelques difficultés à ne lire qu’un livre à la fois… Hugo, Tolstoï, Mauriac, Dumas, Dickens, pour ne citer qu’eux, m’accompagnent régulièrement et toujours flanqués d’un auteur historique : actuellement Grégoire de Tours et son Histoire des Francs. Le reste est plutôt éclectique avec une tendresse affirmée pour certains vieux polars : Simenon évidemment et puis aussi un petit faible pour les aventures du commissaire Merle de mon ami Michel Benoit. Les salons littéraires auxquels je participe me donnent le plaisir de rencontrer d’autres auteurs, de les écouter parler de leurs œuvres puis de me laisser séduire ; avec de belles surprises à la clé.

 Avez-vous d’autres pôles d’intérêts ?

Le sport évidemment ! Foot, ski, rugby et comme je suis un contemplatif, j’adore me poser en montagne ou face à l’océan et rester des heures immobile à profiter des lumières ou des jeux d’ombre. J’aime observer, surtout à l’étranger, et m’emplir de sensations.

 Comment votre livre sur le CF des Vampires a-t-il été accueilli ?

Extrêmement bien ! Le fait que je ne sois pas issu du « sérail » m’inquiétait mais la rigueur du travail a été, me semble-t-il, reconnue unanimement. La préface d’Eugène Martres augurait des réactions positives… Ma principale interrogation concernait surtout les derniers survivants et leurs descendants, et là encore ce fut une agréable surprise. La crainte de les meurtrir en « remuant » des affaires aussi sensibles se dissipa vite. Au contraire, la sortie du livre fut vécue comme une réparation, un hommage à leur action trop vite passée aux oubliettes. L’injustice était en quelque sorte réparée. Quant aux lecteurs, le succès des ventes parle de lui-même.

– Pouvez-vous nous présenter  Les troupes allemandes en Auvergne ? En quoi se différencie-t-il des « Vampires » et des autres ouvrages consacrés au Massif Central sous l’Occupation ?

Il s’agit d’un beau livre qui représente la synthèse de mes recherches sur les troupes allemandes dans la région. De leur arrivée en juin 1940 puis de leur retour en novembre 1942 à l’année 1948, avec la libération des derniers prisonniers détenus dans le cadre de la reconstruction du pays. L’ouvrage traite des différents services d’occupation (policiers, administratifs, maintien de l’ordre etc.), des troupes d’occupation ainsi que de celles venues spécialement combattre la Résistance dès le printemps 1944. Quant au sujet, bien que déjà abordé dans des ouvrages sur la Résistance, il méritait une exploitation spécifique ! Au minimum afin de tordre le coup à quelques légendes encore trop tenaces… Ce livre identifie les unités, les présente avec souvent des organigrammes (ce qui est inédit) et permet de les suivre à travers leurs périples dans le Massif central. Autre nouveauté, jusqu’à présent les rares photos illustrant les livres étaient en général mal identifiées. Ces lacunes sont désormais comblées ! Je suis très honoré que Gilles Lévy ait accepté de préfacer le livre.

– Quels fonds avez-vous consulté pour ce livre ?

Gilles Lévy et Eugène Martres avaient largement débroussaillé le sujet. Les archives allemandes, celles du Puy-de-Dôme, quelques fonds anglo-saxons ainsi que mes archives personnelles pour ne citer que les principaux, m’ont permis de compléter, voire d’affiner leurs travaux.

 Vous présentez une sélection de photographies largement inédite. Comment êtes-vous parvenu à réunir toute cette iconographie ?

Un long travail de fourmi ! Pour juin 1940, le fond américain du National Archive recelait des trésors, fallait-il encore le savoir et y avoir accès. J’ai donc fait appel à un chercheur sur place. Pour le reste, les musées, les archives, les collectionneurs ont complété ce que je m’efforce de rassembler depuis plusieurs décennies : à savoir documents et photos glanés partout dans le monde. La photo entre mes mains, commence alors souvent le plus difficile avec le travail de localisation, d’identification de l’unité etc. : soit l’art de faire parler une photo, en en tirant tous les informations ou détails techniques susceptibles d’apporter un élément historique exploitable. Chacun en comprendra l’importance avec par exemple l’identification d’une unité impliquée dans un crime de guerre.

– D’où est née l’idée de ce nouveau livre ? Le succès du premier opus a t’il été un facteur déterminant ?

Le succès des Vampires a été, sinon déterminant, mais pour le moins un vif encouragement à poursuivre mes travaux. J’avais alors ébauché la présence des services allemands en Auvergne, notamment l’organisation de la Sipo-SD (ce qu’on appelle communément la Gestapo) et les principales troupes d’occupation, mais le sujet méritait réellement qu’on le traite in extenso.

 Quelles sont les révélations les plus marquantes que vous ont révélées les archives ?

Une foule de détails qui, mis bout à bout, permettent une vision plus claire et souvent plus subtile des faits. L’exemple des membres de l’école de pilotage d’Aulnat qui servent de bras armé aux coups tordus de la Gestapo dans le Puy-de-Dôme me semble assez significatif ! Quelle idée d’utiliser des élèves pilotes lors d’opérations au demeurant dangereuses plutôt que des hommes de l’armée de Terre ou de la Polizei : la réponse dans le livre ! Il y a aussi la découverte des personnalités qui ont foulé le sol auvergnat : Peiper l’homme des Ardennes condamné pour le massacre de soldats US à Malmedy, Mohnke le général Waffen-SS dernier défenseur du secteur de la Chancellerie à Berlin en 1945, « Panzermeyer » l’archétype et héros de la Waffen-SS, Geissler le commandeur de la Sipo-SD de Vichy, Jesser le casseur de maquis, von Brodowsky le général impliqué à tort dans le massacre d’Oradour, le colonel Edzar (et non Elzats comme souvent mentionné) le héros de l’aviation civile allemande de l’entre-deux-guerres, etc. Notons aussi la présence en Auvergne du pilote ayant remporté la première victoire aérienne de la Seconde Guerre mondiale.

– Des archives existent-elles chez des particuliers ? Avez-vous bénéficié de leur aide ou de celle des derniers vétérans ?

Eugène MARTRES

Eugène Martres  avait, lui, à l’époque rencontré des vétérans. Il m’a ouvert ses dossiers et permis indirectement de rentrer en contact avec un des derniers officiers encore vivant. Quant aux archives privées, oui j’ai eu accès à des documents incroyables et que je n’ai pas fini d’exploiter.

– Existe-t-il, en Allemagne ou en Autriche, des archives sur les mouvements de la Wehrmacht dans le Massif Central ? Je pense plus particulièrement à deux unités que vous citez régulièrement dans votre livre : le 1000e regiment de sécurité   et la Brigade Jesser .

Oui ! Mais suivant les unités, les dossiers sont plus ou moins complets. Durant la retraite allemande puis lors de la défaite, bien des unités perdirent leurs archives. Certaines les semèrent en cours de route…

– Discernez-vous un intérêt progressif des lecteurs concernant les opérations de la Wehrmacht dans le Puy-de-Dôme, et plus généralement en Auvergne ?

Oui absolument ! Les lieux de combats plus célèbres comme la Normandie par exemple, ont suscité déjà d’innombrables publications et le tour de la question semble avoir été fait. Là, il s’agit d’un sujet inédit (du moins dans la manière dont il est traité) et l’ouvrage présente des unités beaucoup moins connues mais tout aussi intéressantes. Les spécialistes s’étonneront de certains matériels, surprise qui dépassera celle suscitée par les fameuses AMD Panhard à tourelles CDM… N’oublions pas aussi que le combat contre le maquis touche les gens au-delà de l’intérêt purement historique. Des parents, des grands-parents en furent les témoins, parfois les victimes. Le sursaut de mémoire locale est vivace, d’autant dans une région aussi marquée. Le monument national des maquis se trouve dans la clairière du Mont Mouchet.

– Comment est perçue, à votre avis, la cohabitation entre l’Occupant et la population auvergnate ?

Vaste sujet et qui évoluera au fil du temps, suivant les circonstances et les idéaux ou opportunismes de chacun. La découverte la plus étonnante à ce sujet me semble l’entrée des Allemands dans Clermont-Ferrand fin juin 1940. De la stupéfaction à la méfiance légitime, on passe à une sorte de carnaval militaire. Les photos sont édifiantes et risquent de faire jaser… Deux photographes, correspondants de guerre SS, ont « mitraillé » la place de Jaude et ses environs et il ne s’agit nullement d’une mise en scène… La foule se rassemble, s’intéresse, puis, curieuse, elle en montrait presque sur les engins. Avec le retour des Allemands après l’invasion de la zone libre, le poids des restrictions dues au pillage du pays, l’instauration du STO, la répression etc., les opinions évolueront de manière drastique.

– Préparez-vous d’autres ouvrages sur ce même thème ?

Un roman historique est terminé et devrait sortir à l’automne 2021. Le sujet concerne l’équipe de la Gestapo française de Vichy, la trop fameuse équipe Batissier . Ma volonté première, celle de faire une étude historique et exhaustive, n’a pas été possible du fait de sources trop lacunaires. Je me suis donc tourné vers le roman historique, formule qui m’a semblé la plus appropriée. Le personnage principal, dont le parcours est inspiré de celui d’individus réels, est plongé dans le bain de l’histoire : elle-même traitée avec la plus scrupuleuse véracité. Un second roman devrait lui voir le jour dans une quinzaine de mois, il est en cours d’écriture et concernera l’Auvergne antique aux aubes barbares. Parallèlement, je poursuis la phase de documentation pour le grand projet qui me tient à cœur. La bataille des réduits auvergnats (le Mont Mouchet et la Truyère) mérite un ouvrage de fond qui lui soit exclusivement consacré : tâche à laquelle je m’attèle.

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Philippe Poisson, gestionnaire du carnet criminocorpus, anime la rubrique « Portrait du jour ».

Le carnet criminocorpus est ouvert à un large public au-delà de la seule communauté des chercheurs. Cette rubrique « portrait du jour » permet  de faire connaître d’autres activités croisant l’histoire de la justice à travers le parcours de personne ayant accepté de présenter leur trajectoire professionnelle. On trouvera donc ici des parcours d’historiens, de romanciers , de sociologues, cinéastes, professionnels de la sécurité, mais pas que, etc.  Cette rubrique est animée par Philippe Poisson, membre correspondant du CLAMOR et ancien formateur des personnels à l’ENAP et l’A.P. La publication du portrait du jour est liée aux bonnes volontés de chacun, nous invitons donc les volontaires à prendre contact avec philippepoisson@hotmail.com – Marc Renneville, directeur du CLAMOR et de Criminocorpus.

Directeur du CLAMOR, Marc Renneville est historien des sciences spécialisé sur les savoirs du crime et du criminel, directeur de recherche au CNRS.

A propos du site : Criminocorpus propose le premier musée nativement numérique dédié à l’histoire de la justice, des crimes et des peines. Ce musée produit ou accueille des expositions thématiques et des visites de lieux de justice. Ses collections rassemblent une sélection de documents et d’objets constituant des sources particulièrement rares ou peu accessibles pour l’histoire de la justice.

Nos autres sites : REVUE et le BLOG D’ACTUALITES

Relecture S.P. 

 

Tag(s) : #Coup de coeur du jour, #portrait du jour criminocorpus
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