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Portrait du jour : Alain Cadéo, romancier, auteur de MAYACUMBRA

Reprise du portrait du jour criminocorpus - En attendant de publier ce portrait du jour dans la nouvelle version de "Culture et Justice" de l'association Criminocorpus, nous mettons en ligne celui Alain Cadéo sur mon blog personnel

"Culture et Justice" reçoit avec infiniment de plaisir le romancier Alain Cadéo.

Alain Cadéo a écrit plusieurs romans dont « Stanislas premier prix Marcel Pagnol « « Le mangeur de Peur « , « Les anges disparaissent « , « La corne de Dieu » « le ciel au ventre ciel  » « l’océan vertical « Fin « » Macadam épitaphe » « les voix de brume » des textes pour le théâtre. Il vit en Provence…

"Culture et Justice" remercie Martine Cadeo pour l’aide apportée à la réalisation du portrait d’Alain Cadéo.

Bienvenue Alain sur le très discret et prisé "Culture et Justice". Ph. P

 

 
Alain Cadéo, j’entends, je lis ici et là, que vos personnages sont souvent des êtres qui partent… Pouvez-vous me dire pourquoi cette thématique répétitive de la fuite?
 
– Un éditeur, un jour, a dit que j’étais l’homme des petits voyages pour de grands bouleversements. Il ne s’agit pas de fuite, mais d’un léger décalage entre le soi statique, rouillé, cloué au pilori des contingences et celui qui remet en mouvement toutes ses capacités à voir autrement. Il ne s’agit pas d’aller très loin, il suffit de déplacer son angle de vue pour décaper la crasse confortable, le saindoux qui enrobe nos cœurs. Alors seulement tout redevient neuf. Il faut donc partir de soi, quitter ce cocon filandreux, nid de chenilles, terriblement contraignant et à la fois rassurant, et se remettre en inquiétude. Être un équilibriste, entre deux Mondes chancelants.
 
Est-ce que vous vous voyez comme un romancier ou préférez vous les textes? Si l’on se réfère au succès des « Mots de Contrebande », avez-vous du mal à écrire des histoires? En tous les cas c’est ce que vous confiez à qui veut bien l’entendre.
 
– Il est vrai que je ne suis pas très à l’aise dans la forme romanesque. Elle implique un certain nombre d’artifices, actions, rebondissements, cohérence, ingrédients destinés à tenir le lecteur en haleine. Là aussi, c’est la forme qui me gêne. J’aime ce qui me surprend. Pourquoi écrire avec des mots convenus un récit dont le déroulement, aussi adroit soit-il, est déjà inscrit dans la logique des possibles? Ecrire, ce n’est ni se plaire, ni se plier aux attentes d’un lecteur abstrait qui, par dessus votre épaule, vous dicterait un certain nombre de recettes susceptibles de l’émouvoir. Et puis peut-être au fond ne suis-je simplement pas capable d’écrire une histoire. J’aime ce qui vient sous ma plume d’une sorte d’ailleurs et j’ai le souffle court.
 
Vous avez également écrit des pièces de théâtre. Quelle est pour vous la différence entre vos livres et le théâtre ?
 
– Le théâtre m’a permis de rendre les Mots « vivants ». Entendre ce que l’on écrit, savoir le sang, la chaleur et la voix d’un autre habiter un texte, c’est comme ressusciter une pensée somnolente, à demi morte dans les brumes d’un livre refermé.
 
Lisez-vous plus volontiers ce qu’on appelle les classiques ou les contemporains ?
 
– Je lis tout, jusqu’au bout. J’ai bien trop de respect à l’égard de tous les tâcherons de l’écriture, connaissant comme eux les doutes, les vides, la complexité d’une langue, pour ne pas intégralement affronter un texte. Ce qui me fascine au fond, c’est cette volonté plus ou moins adroite de dire. Classiques ou contemporains, la parole est toujours pâtissière. Il y a les gâteaux secs et quelques fois les tropéziennes ou les babas au rhum. J’ai un goût particulier pour ces derniers, cet alcool distillé à mon insu procurant l’ivresse d’un ailleurs.
 
Dans vos interviews ou chroniques, il est souvent question de contes initiatiques. Vous considéreriez-vous comme un écrivain mystique ?
– Si le mystique est bien celui qui est en quête d’absolu, je veux bien répondre à ce désespérant critère. Mieux que contes initiatiques, impliquant je ne sais quelles confréries d’obédiences secrètes, je préfère le roman picaresque. Pour celui qui apprend à voir, chaque pas est une âme conduisant au mystère, chaque pas est un voyage conduisant à l’école buissonnière, car c’est toujours à côté de soi que chuchotent mille petites réponses.
 
Pour MAYACUMBRA, votre dernier roman, on lit dans certaines critiques qu’il y a une part sombre, voire « glauque », ce qui n’est pas le cas pour vos livres précédents qualifiés unanimement de « poétiques »…
 
– MAYACUMBRA, c’est l’irruption caricaturale du Mal dans un univers fait de grandeur et de faiblesses. C’est L’Humain tel que je l’ai rencontré et vécu. Et c’est surtout cela la Poésie, ce mélange irrationnel de solaire et de petitesses. Chacun d’entre nous contient des îles de splendeur et des continents d’amertume et de cruauté volontaire ou pas. Tremper son stylo dans le sang des viscères autant que dans la sève des mélèzes c’est rendre à l’Homme sa richesse, c’est restituer toutes les couleurs de sa palette intime.
 
Donc Alain Cadéo, pour vous, l’écriture c’est quoi ?
 
– C’est mettre au monde l’informel… Rééquilibrer dans le secret l’absurde ténacité du néant.
 
Trois livres en deux ans ! Comment justifiez-vous une telle frénésie d’’écriture ?
 
– Injustifiable! Refusez-vous d’ouvrir à ce qui frappe à votre porte ? Courants d’air ou chimères, becs de corbeaux, museaux de chiens errants, dieux égarés, démons en guenilles, tout ce qui vient mérite d’être accueilli, couché, nourri et réchauffé à la braise des Mots.
 
Quels sont vos nouveaux projets ?
 
– Un travail collectif à paraître en Mars aux éditions La Trace autour des soins palliatifs avec l’équipe de soignants, psychologues, patients. Il s’agit d’échanges, de courriers, de lettres, fruits de nos rencontres, mon frère et moi, depuis six ans, avec ces intimes de quelques jours que sont les êtres en fin de vie.
Videos d’appui :
 
 
 

 

Culture et justice rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice. Histoires, romans, portraits du jour, salon de livres... 

Page indépendante sans but lucratif administrée par Philippe Poisson et Camille Lazare, membres de l'association Criminocorpus.

https://www.facebook.com/pageculturejustice

A propos du site : Criminocorpus propose le premier musée nativement numérique dédié à l’histoire de la justice, des crimes et des peines. Ce musée produit ou accueille des expositions thématiques et des visites de lieux de justice. Ses collections rassemblent une sélection de documents et d’objets constituant des sources particulièrement rares ou peu accessibles pour l’histoire de la justice.

Relecture et mise en page Ph. P et S.P.

 

Tag(s) : #Coup de coeur du jour, #portrait du jour criminocorpus
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