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Des "visites de Dieu en elles", "des suaves douleurs", "des fleurs de consolations divines"… les femmes mystiques jouissent de leur corps.
Si l’alliance des deux termes Souffrir et jouir semble relever de l’attendu ou du cliché, celui qui associe de manière récurrente le corps féminin à la passivité absolue de la souffrance et de l’extase, il permet aussi de faire signe vers une tension oxymorique sans cesse à l’œuvre, dans ces récits du corps, entre douleur et jouissance, horreur et délice, dégoût et suavité, destruction et restauration des chairs, alliance des contraires qui participe d’un merveilleux corporel omniprésent. Jacques Le Brun, dans sa réflexion sur le pur amour, a souligné qu’au xviie siècle le terme, pourtant issu de gaudere (se réjouir), prend davantage le sens latin de frui, tirer avantage, jouir des fruits, avoir à disposition quelque chose. De ce fait, dans la mystique jouir de Dieu c’est avoir Dieu à disposition et « jouir de soi en Dieu », l’acte de jouissance supposant non pas la passivité absolue mais l’exercice de la volonté et du jugement : le sujet décide de ce qui sera l’objet de sa jouissance. Le « jouir » renvoie donc aussi, chez ces femmes mystiques, à la part moins connue de l’agir. Qu’elles soient extatiques, contemplatives ou grabataires, les récits les montrent jouissant de leur corps, au sens où elles en disposent, jouissent de ses facultés, épuisent ses forces et, « femmes fortes », agissent travaillent, guérissent, bâtissent et créent. Même leur part souffrante ne peut se réduire à la Passio et à l’Imitatio : elle est aussi un exercice constant de la volonté et va de pair avec l’invention de soi. Car la sainteté féminine n’est pas un état d’abandonnement : par le corps, elle s’expérimente, elle s’exhibe, elle agit et transforme.
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Antoinette Gimaret est maitresse de conférences en littérature française du XVIIe siècle à l’Université de Limoges.
Spécialiste des représentations et discours du corps (qu'il soit anatomique, pathologique, mystique), elle s’intéresse aux liens entre littérature et spiritualité, à la représentation des espaces conventuels, à la question des dissidences religieuses féminines à l’époque moderne et au lien entre littérature et culture matérielle.
Elle a également travaillé sur les représentations et figurations de la douleur et les courants libertins.
GIMARET Antoinette
Souffrir et jouir
Corps féminins en religion au xviie siècle
La collection Mémoires du corps propose des textes d'époque sur l'histoire du corps, traité d'hygiène du XVIe siècle, traité d'anthropologie criminelle du XIXe, traité de danse du XIXe....
Des forçats, des prostituées, des monstres ; mais aussi : la masturbation, l'impuissance, les attentats aux mœurs ; mais encore : la beauté, l'éducation des femmes, celle des jeunes époux; mais enfin : la mort des rois, et la santé des individus ordinaires ... Cette collection explore le corps humain de l'Antiquité à l'époque contemporaine, pour dessiner tout à la fois une cartographie de ses territoires et une généalogie de tous ses états.
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Editions Jérôme Millon - Collection Mémoires du Corps
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