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L’incarcération de la « banquière des Années folles », surnom de la célèbre financière Marthe Hanau, constitue l'un des feuilletons judiciaires et pénitentiaires les plus spectaculaires de l'entre-deux-guerres en France. Ouvertement anticonformiste, lesbienne et divorcée, elle défie le monopole des grandes banques de l'époque avant d'être rattrapée par la justice pour un gigantesque scandale financier. [1, 2, 3, 4]

Son parcours carcéral, marqué par la rébellion et le drame, s'articule en plusieurs étapes clés :

🚔 1. L'arrestation et la première incarcération (1928)

  • Le coup de filet : Le 4 décembre 1928, à la suite de plaintes orchestrées notamment par le banquier Horace Finaly, Marthe Hanau est arrêtée à Paris. Elle est accusée d'escroquerie et d'abus de confiance pour avoir mis en place via son journal La Gazette du franc une gigantesque chaîne de Ponzi, captant plus de 170 millions de francs auprès des petits épargnants. [1, 2, 3]

  • La prison de Saint-Lazare : Elle est écrouée à la prison pour femmes de Saint-Lazare. Refusant de se soumettre, elle y entame immédiatement une grève de la faim spectaculaire pendant 23 jours pour exiger sa mise en liberté provisoire afin de renflouer ses clients. [1, 2]

  • L'évasion de l'hôpital (1929) : Transférée à l'hôpital-prison de l'Hôtel-Dieu en raison de son état de santé dégradé, elle réussit à s'évader en avril 1929 de manière rocambolesque en tressant des draps de lit. Elle se rend d'elle-même quelques jours plus tard pour prouver sa bonne foi. Elle obtient finalement sa remise en liberté provisoire sous caution au bout de 15 mois. [1]

⚖️ 2. Le procès et la condamnation définitive (1931 - 1935)

  • Premier verdict (1931) : Son premier procès correctionnel s'ouvre dans une ambiance électrique. Elle est condamnée à deux ans de prison ferme. [1, 2]

  • La surenchère en appel (1935) : Marthe Hanau tente le tout pour le tout en faisant appel. Non seulement elle récuse les juges, mais elle multiplie les provocations (allant jusqu'à publier des documents confidentiels volés pour dénoncer la corruption des hommes politiques liés à son affaire). Le verdict tombe en juillet 1934 et est confirmé en 1935 : sa peine est alourdie à trois ans de prison ferme pour escroquerie, recel et insulte à magistrats. [1, 2]

⚰️ 3. La fin tragique à la prison de Fresnes (1935)

Réincarcérée pour purger le solde de sa peine, elle subit de plein fouet la pression de la presse de droite et antisémite qui l'utilise comme symbole des scandales politico-financiers de la IIIe République. [1, 2]

Le 19 juillet 1935, alors qu'elle se trouve à la prison de Fresnes et qu'elle n'est plus qu'à quelques jours de sa libération définitive, Marthe Hanau met fin à ses jours en absorbant une dose mortelle de barbituriques (du Véronal) qu'elle avait réussi à dissimuler. [1, 2]

À noter : Sa vie a inspiré le célèbre film La Banquière (1980) de Francis Girod, dans lequel Romy Schneider incarne son alter ego de fiction, Emma Eckhert. [1]

📑 NOTICE HISTORIQUE : Marthe Hanau (1886 - 1935)

Marthe Hanau, dite « la banquière des Années folles », est une femme d'affaires et financière française dont l'ascension fulgurante et la chute dramatique ont donné lieu à l'un des plus grands scandales politico-financiers de l'entre-deux-guerres. Juive, ouvertement homosexuelle, divorcée et transgressive, elle a défié le milieu très masculin de la haute banque parisienne avant d'être condamnée pour une gigantesque escroquerie. [1, 2, 3, 4, 5]

1. Jeunesse et anticonformisme

Née à Paris le 1er janvier 1886, Marthe Hanau montre très tôt une personnalité rebelle. En 1908, elle conclut un mariage arrangé avec l'homme d'affaires Lazar Bloch, mais exige des conditions strictes, notamment le fait de ne pas avoir d'enfants. Parallèlement, elle fume en public, conduit des voitures de luxe et s'affiche aux côtés de compagnes, notamment Delphine (qu’elle rebaptise Joseph). Elle divorce en 1920 tout en restant en excellents termes d'affaires avec son ex-mari. Interdite d'accès au palais Brongniart en tant que femme, elle va jusqu'à se déguiser en homme pour observer les mécanismes de la Bourse. [1, 2, 3, 4]

2. Le système de « La Gazette du franc »

flairant l'opportunité de l'engouement des petits porteurs pour la spéculation dans les années 1920, elle fonde en 1925 le journal économique La Gazette du franc ainsi que le Groupement technique de gérance financière. [1, 2]

  • Le mécanisme : Sous couvert de défendre la monnaie nationale, son journal conseille aux petits épargnants d'investir dans des valeurs boursières. En réalité, Marthe Hanau oriente les fonds vers des sociétés fictives créées par elle-même. [1, 2, 3]

  • La chaîne de Ponzi : Elle promet des rendements mirobolants de 8 %, soit le double de ses concurrents. L'argent des nouveaux souscripteurs sert à payer les intérêts des anciens. En trois ans, elle capte plus de 170 millions de francs auprès de milliers de familles modestes. Les ministres et les grands noms de l'époque fréquentent ses salons. [1, 2, 3, 4, 5]

3. Arrestation, procès et dénouement tragique

Le château de cartes s'effondre en décembre 1928 après des dénonciations et des plaintes orchestrées par des banquiers rivaux (comme Horace Finaly). Inculpée d'escroquerie et d'abus de confiance, elle est écrouée à la prison de Saint-Lazare. Se prétendant victime du complot des grandes puissances d'argent, elle entame une grève de la faim de 23 jours et s'évade brièvement de l'Hôtel-Dieu à l'aide de draps tressés. [1, 2, 3]

Après plusieurs années de feuilleton judiciaire, la cour d'appel alourdit sa peine à trois ans de prison ferme en 1935. Face aux attaques de la presse et à la perspective de retourner derrière les barreaux, elle se suicide le 19 juillet 1935 à la prison de Fresnes en absorbant une surdose de Véronal. [1, 2, 3, 4]


📚 ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

La vie de Marthe Hanau a fasciné les historiens de l'économie et inspiré le militantisme féministe en raison de son statut de pionnière (certes sulfureuse) de la finance.

📕 L'ouvrage de référence

  • DESANTI Dominique, Marthe Hanau : la banquière des années folles, Paris, Fayard, 1968 (Réédité chez Gallimard, coll. « Folio », 1980 et chez Nouveau Monde Éditions, 2019).

    • Note : C'est l'historienne et journaliste Dominique Desanti qui a forgé et popularisé le terme au féminin de « banquière » pour désigner Marthe Hanau, dans un ouvrage teinté de féminisme historique. [1, 2, 3, 4]

📙 Dictionnaires et monographies historiques

  • MAZENOD Lucienne et SCHOELLER Ghislaine, Dictionnaire des femmes célèbres, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1992, notice « Hanau Marthe », p. 386. [1]

  • MONTREYNAUD Florence, Le XXe siècle des femmes, Paris, Nathan, 1989. [1]

  • DUBIEF Henri, De la finance devant la justice : l'affaire Marthe Hanau, au sein d'études universitaires sur les grands scandales de la IIIe République (disponible sur OpenEdition Books). [1]

🌐 Sources numériques et archives de presse

  • Fonds de la Bibliothèque nationale de France (BnF) : Les numéros numérisés de La Gazette du franc (1925-1928) ainsi que les coupures de presse de l'époque relatant son procès sont entièrement consultables sur le portail Gallica. [1]

 
Tag(s) : #Affaires criminelles, #Femmes - repères biographiques, #Femmes dans la société, #Justice - Peine de mort - Expertises
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