Gardien de
prison depuis de longues années, Léonard n'a jamais failli à sa fonction. Dans ce carcan d'humanités brisées, il a trouvé refuge et
façonné l'oubli de ses jeunes années. Jusqu'au jour où l'injustice réveille en lui la compassion, une faiblesse intolérable en ces lieux qui le conduit à l'exclusion. Assailli par les fantômes de
la précarité, taraudé par l'angoisse, il convoque le passé, choisit la reconstruction et décide de partir à la recherche de Sammy, un Réunionnais de son âge avec lequel il fut placé, tout enfant,
dans une ferme de la Creuse. Habité par les souvenirs, Léonard quitte la Bretagne. Sans grande difficulté, il retrouvera la trace de ce double, ce presque frère, cet unique témoin d'une époque
enfouie, présence ultime aujourd'hui espérée pour reconsidérer l'avenir. Le territoire de leur enfance n'est pas très loin mais le voyage immense. Le temps de l'insouciance reprend ainsi sa
place, une parenthèse de quelques jours, une pause non dénuée de tendresse pour qu'advienne enfin, juste avant de poursuivre, la mémoire partagée des temps perdus. Un roman d'une profonde
humanité empreint de violence et d'animalité. Un regard primordial sur la reconstruction de ceux qui, dès le plus jeune âge, n'ont plus de larmes mais un chagrin bien trop ancien pour atteindre
le dehors de leur regard.
Laisse les hommes pleurer
Durif, Eugène
Editions Actes Sud
Domaine français (138 pages)
Paru le 20/08/2008
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