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http://s3.static69.com/m/image-offre/c/7/0/9/c709d9374bdde0ce28f659caf041c0e5-300x300.gifParu le : 04/04/2011 - Les bandits, les "rebelles" à tous crins, les brigands, aujourd'hui les truands, forment depuis de longs siècles l'un des clichés à la peau si dure qu'il est souvent difficile d'y retrouver les éléments fiables.

Les vérités ayant été mises en lambeaux par les chroniqueurs plus ou moins avertis, plus ou moins complaisants. Leur vie de western, souvent walterscottisée, telle qu'elle fut contée depuis Mérimée - pour ne parler que du plus fameux des folkloristes et des romanciers - s'accommode mal de la réalité historique. Déciller les yeux et revenir à la biographie, aux faits et gestes de ces bandits, souvent malheureux, rarement grandioses, parfois intelligents, quelquefois fous et la plupart du temps sans pitié, c'est ce qu'ici propose l'auteur dans une série de tableaux sans fioritures ni concessions.

Des biographies qui reviennent à l'essentiel pour des "bandits" qui méritent souvent de retourner simplement à l'histoire et de quitter les habits trop voyants, trop larges et déformants de l'épopée...

Bandits corses - Du mythe à la réalité

Paul Silvani

Broché

Paru le : 04/04/2011

Éditeur : Albiana

 

L'auteur en quelques mots en 2011 ...

 

Paul Silvani, journaliste et chroniqueur, directeur de rédaction puis de l'édition corse du Provençal (1959-1993) et correspondant du Monde (1960-2001), observateur privilégié de la vie insulaire, publie ici son vingt-sixième ouvrage.

 

Son œuvre est entièrement consacrée à la Corse sous tous ses aspects.

 

 

http://www.albiana.fr/blog/photo/art/default/2794400-3958462.jpg?v=1300815835Albiana : Paul Silvani, vous publiez Bandits corses : du mythe à la réalité. N’est-ce pas une gageure de départager le vrai de la fabulation en ce domaine ?


Paul Silvani : Sûrement pas. La plupart des écrivains, y compris quelquefois corses, ont fait de ces gens des personnages mythiques, n’hésitant pas à qualifier de « bandits d’honneur » nombre de voyous qui tenaient le maquis, alors qu’ils ne vivaient que de racket. Ainsi a pris naissance et s’est développée cette image folklorique, mais complaisante. Les représentations que j’en donne sont globalement authentiques, les recherches que j’ai menées pendant des années l’attestent sans aucun doute. D’où le découpage de mon livre : 1. Des lieux souvent peu communs ; 2. Bandits d’honneur ; 3. Bandits percepteurs.

Albiana : Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que vous abordez ce sujet ?


Paul Silvani : Non. J’ai, en 1999, consacré un livre aux bandits les plus connus de mon village (Bocognano, à 40 km d’Ajaccio), sinon de l’île tout entière, Ange-Mathieu Bonelli, surnommé Zampaglinu, et les frères Antoine et Jacques Bonelli, dits Bellacoscia, qui se sont diversement illustrés au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Retracer leurs biographies n’était d’ailleurs pas une mince affaire, tant certains historiens et la plupart des romanciers en avaient brossé des portraits flatteurs.

Albiana : À propos de ces bandits, on a l’air d’en faire une spécialité corse. Pourtant, sur le continent, au chapitre des voleurs de grand chemin et autres détrousseurs, on n’était pas en reste.


Paul Silvani : Effectivement, la Corse n’a pas eu (et n’a pas) le monopole des malfaiteurs. Mandrin et Fra Diavolo n’étaient pas des nôtres, mais leur aura a inspiré bien des auteurs, principalement ceux qui, venus en Corse ou de loin, en ont fait des figures à leurs yeux admirables sinon estimables.

Albiana : Plus qu’ailleurs, il semble qu’en Corse ils aient fait le chou gras des écrivains et des chroniqueurs souvent prompts à l’enjolivement.


Paul Silvani : C’est incontestable, et c’est cela même qui pose question. Les romantiques ont ouvert la voie, inspirés par Walter Scott. Songez que Mérimée a publié Mateo Falcone sans avoir jamais mis les pieds en Corse. Il reconnaît même, s’agissant de Colomba, avoir « fait une mosaïque avec les récits » qu’il a « recueillis à droite et à gauche » sur notre pays. Cette phrase révélatrice figure en toutes lettres dans une missive adressée en 1841 à l’avocat ajaccien Étienne Conti. L’image ainsi donnée de Colomba a été volontairement enjolivée et, plus encore, le portrait de cette femme, à laquelle il a prêté la beauté et le charme de sa fille, dont il était (vainement) tombé amoureux.

Albiana : Flaubert, Stendhal, Valéry, Mérimée, Daudet… tous sont plus ou moins tombés dans le panneau non ?


Paul Silvani : À partir du moment où la Corse est mise à la mode, aucun d’entre eux, et d’ailleurs beaucoup d’autres moins connus, ne pouvaient éviter le panneau. Flaubert était venu sur l’île, ce qui lui avait permis de s’étonner que le cocher du fiacre qui le conduisait d’Ajaccio à Bastia avait un pistolet sous son coussin ; Stendhal, quant à lui, n’était jamais venu en Corse. C’est de Toscane qu’il a écrit ses propos « insulaires » et affirmé que les Corses ne songeaient qu’à aimer leur maîtresse et à se venger de leurs ennemis ; Valery, fils d’un compatriote d’Erbalunga, au nord de Bastia, a passé son enfance à Sète et sa vie hors de Corse, ne laissant aucun écrit sur la terre de ses ancêtres ; Daudet a séjourné à Ajaccio sous le Second Empire afin d’y soigner une maladie dont il était atteint, y écrivant les nouvelles publiées dans les Lettres de mon moulin, pour nous agréables, mais il a cru devoir rectifier le tir quelques années plus tard avec des textes dépourvus de toute aménité pour les Corses qui l’avaient reçu, de sorte qu’il n’avait même pas eu la reconnaissance du ventre. Quant à Mérimée, loin de tomber dans le panneau, il l’a littéralement créé, donnant ainsi l’exemple à ceux qui rêvaient de lui succéder dans cette voie, tels Balzac ou Dumas.

Albiana : Quel est le bandit qui a le plus subi la déformation du fantasme ?


Paul Silvani : Ils sont au moins deux, qui ont sévi dans la première moitié du XVIIIe siècle, Théodore Poli, auteur présumé de la « Constitution d’Aïtone », signée dans cette forêt par une quarantaine de bandits rassemblés pour le « couronner » ; et Giuseppe Antonmarchi, dit Gallochio, vingt-sept fois condamné à mort, devenu colonel dans l’armée grecque en lutte contre les Turcs, et victime à son retour en Corse de la vengeance de ses ennemis.

Albiana : Existerait-il une ou plusieurs spécificités liées au bandit corse ?
Paul Silvani : Pas à ma connaissance. Tel qu’il est en quelque sorte passé à la postérité, le banditisme n’est pas spécifique à telle ou telle région. C’est la description que l’on en donne qui crée la spécificité ou prétendue telle. Dans son Image de la Corse dans la littérature romantique française, Pierrette Joffroy-Faggianelli en a donné l’indiscutable définition.

Albiana: On lit dans votre livre Bandits corses : du mythe à la réalité, des récits à peine croyables. Je pense à celui de l’étrange vindetta de Moca-Croce.


Paul Silvani : Dans mon livre, le cas de Moca-Croce n’est pas isolé. Il y a un autre cas, celui d’une « vindetta de classe » à Bocognano. Dans les deux cas, le membre d’une famille qui séjourne outre-mer revient dans son village et ne souscrit pas au traité de paix passé en son absence entre ses parents et ceux du meurtrier de son frère. Il poursuit la vengeance tout seul, bravant même la désapprobation des siens.

Albiana : Parlez-nous des lamenti de bandits.


Paul Silvani : J’ai tenu à en reproduire quelques-uns avec une importante précision : tous ont été écrits par d’autres que les bandits, tant il est vrai qu’en ce temps, les lamenti (plaintes, regrets mélancoliques) occupaient les veillées et les colonnes des journaux. L’élégie, il faut le dire, était fort bien portée. Et ces lamenti finissaient par être attribués à la plume des bandits eux-mêmes. Le plus connu est celui de Ghjuvancameddu Nicolaï, qui fut véritablement l’un de nos bandits d’honneur.

Albiana : Parmi les nombreuses figures qui jalonnent votre ouvrage laquelle vous obnubile le plus ?


Paul Silvani : Aucune en vérité. Mais s’il fallait en distinguer une ou deux, je choisirais Ghjuvancameddu et Muzarettu, le premier mort à l’issue d’un mariage auquel il assistait déguisé en femme, le second décédé dans un couvent où l’avaient recueilli des moines avec l’accord des gendarmes. En relisant les chapitres qui leur sont consacrés, il sera aisé de comprendre pourquoi.

 

 

 

http://www.albiana.fr/photo/art/grande/2176629-3033690.jpg?iboxCréée en 1983, la maison d’édition Albiana a longuement arpenté les chemins de la création et de la connaissance en Corse pour présenter aujourd’hui un catalogue riche de plus de trois cents titres, le plus fourni de toutes les éditions insulaires.

Résolument régionaliste et généraliste, elle a mené deux combats éditoriaux d’importance, celui de l’appui à la langue, à la transmission et à la généralisation de la culture insulaire et celui de l’ouverture au monde.

Elle couvre ainsi les champs de l’édition scientifique et patrimoniale, les champs de la création littéraire (romans, nouvelles, poésie) et artistique (photo, arts, peinture, musique), les champs de l’édition de loisir (cuisine, randonnée, nature) et, depuis 2004, celui de l’édition pour la jeunesse.

Multipliant les partenariats éditoriaux, elle a coédité des ouvrages avec notamment le Parc naturel régional de Corse, le Musée de la Corse, le Centre culturel universitaire, etc., ainsi que deux revues scientifiques avec les associations de chercheurs, Strade et Études corses (ADECEM et ACSH domaine Corse).

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