![]()
Document
2008 - Le Traité des délits et des peines, petit livre publié à Milan en 1764 par un jeune philosophe du nom de Beccaria, poursuit une
étonnante carrière depuis sa parution. Les hommes politiques y font fréquemment référence en invoquant sa vision «libérale» des peines en matière criminelle.
D'où vient que le jeune Beccaria, «philosophe» au sens où on l'entend au XVIIIe siècle, publie ce Traité rapidement écrit
et librement composé ? A-t-il une «histoire», une filiation intellectuelle ? Si oui, faut-il les chercher dans l'histoire même du droit ? Ou bien le travail philosophique entrepris au début du
XVIIIe siècle serait-il la matrice intellectuelle de cette vision renouvelée de l'homme criminel ?
Ces questions sont plus que jamais d'actualité. La sévérité pénale est un enjeu politique. Il n'est pas de semaine qu'un
politicien ne s'empare de Beccaria et n'en brandisse, à plus ou moins bon escient, le libéralisme réel mais beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Le présent ouvrage offre ainsi une nouvelle
lecture de l'humanisme beccarien, tout empreint de l'idéologie dominante de son temps : l'utilitarisme.
Francis Teitgen fut, de 2000 à 2001, le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris.
Après avoir été en 2002 Vice-Président Directeur Général du groupe Ouest France, il revient au barreau comme avocat associé du cabinet Weil, Gotshal et Mangès.
Extrait de l'introduction : Dans une conférence au Palais littéraire en 1998, j'avais traité de Beccaria
sur un mode léger. Le thème retenu était : Le Voyage à Paris ou Beccaria et l'intelligence de son temps.
Je regrettai cette intervention, qui esquivait l'essentiel. Mes confrères, à la fin de cette même année 1998, me firent
l'honneur de m'élire au bâtonnat. Je savais que je leur devais une étude plus fouillée. Le métier d'avocat est, par bien des aspects, un métier étrange. Mais dans mes lectures pour préparer ce
«voyage», j'avais reconnu un trait commun entre les hommes du XVIIIe siècle et nous autres : le souci d'être «utile». Cette utilité me tarauda tout au long de ces deux exceptionnelles années.
J'en fis l'objet de plusieurs discours et de nombreuses communications : soyez «utiles» à vos clients dans vos raisonnements, dans vos plaidoiries et dans vos conseils, soyez exigeants avec
vous-mêmes.
Puis je rencontrai, au détour d'une lecture de la Revue Montesquieu, un développement sur l'«utilitarisme». Beccaria ne
m'avait pas quitté, et plus particulièrement son Traité des délits et des peines qu'il publia en Italie, sa patrie, en 1764. Il m'apparut alors non plus seulement comme le philosophe humaniste
qui manifestait de l'aversion pour les excès de la procédure criminelle de son temps. Je découvrais qu'il le faisait aussi, et peut-être surtout, par souci de l'utilité sociale. J'étais pris dans
les rets de la réflexion. Les lectures ont ceci de terrible qu'elles s'engendrent entre elles. Les réflexions en enfantent d'autres et les interrogations se poursuivent, l'une s'enrichissant de
l'autre.
Je m'intéressai alors aux «Lumières» sous cet angle de l'utilité. Cette époque révolutionnaire, qui couvre et déborde le
XVIIIe siècle, est celle du développement de la racine sociale et humaine des idées. Elle débute par l'orgueilleux exergue choisie par Montesquieu dans Ovide pour introduire à la lecture de
L'Esprit des lois : sine mater, «sans mère» et donc sans ascendance. Cet exergue appelle bien sûr à la réflexion. N'y eût-il donc que les «philosophes» de cette «philosophie naturelle» pour
réfléchir le monde nouveau ? Ou bien y contribua aussi, sur un autre axe temporel, plus long celui-ci, la lente et féconde évolution des anciens juristes ? Elle court de la «Renaissance» du XIIe
siècle, où les docteurs de l'École de Bologne remirent à honneur l'application du droit romain et où la réflexion s'y enrichit considérablement, jusqu'à celle du XVIe siècle, puis jusqu'aux
Lumières. Il est intéressant de noter que ces dernières ne sont jamais considérées comme une ultime «renaissance», tant nous sommes encore dans leur continuité directe, aussi bien dans le domaine
des idées que dans celui de l'émancipation qu'elles provoquèrent. Elles le permirent par l'enseignement et la pratique des «droits de l'Homme», qui résultent du «contrat social». Il y a bien une
«Renaissance» au XVIIIe siècle, et nous sommes au cœur de celle-ci. Nous procédons directement de la philosophie des Lumières. Le débordement de savoir évoqué par l'historien Alphonse Dupront en
est le fruit direct. L'éducation est le maître-mot des Lumières.
Quel est le moteur de cette période ? Incontestablement l'utilité. L'être social a pour premier devoir d'être utile à ses
semblables. L'éducation des peuples est le seul moteur qui vaille. On adhère à cette idée et on est «philosophe». On n'y adhère pas et on est rejeté par les «philosophes», par ceux qui
construisent le monument de l'Encyclopédie -Diderot, d'Alembert et leurs collaborateurs, Voltaire, Buffon et tant d'autres. L'utilité a son histoire et sa doctrine. Il fallait la cerner, montrer
en quoi tout au long de ce siècle elle envahit le champ du savoir, des arts, des lettres, des lois (on ne parle guère de Droit durant cette période), mais aussi des techniques et de la science
spéculative. Ce que nous appellerons «l'utilitarisme» a rempli l'espace de la pensée et de ses applications. L'Histoire s'est dilatée par la seule fécondité de ce moteur-là.
Auteur : Francis Teitgen
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Philosophie
Éditeur : M. de Maule, Paris, France
Collection : Histoire
Acheter Cesare Beccaria ou L'utilité du bonheur : essai sur le Traité des délits et des peines (1764) chez ces libraires indépendants en ligne :
L'Alinéa (Martigues) Dialogues (Brest) Durance (Nantes) Maison du livre (Rodez) Mollat (Bordeaux) Ombres Blanches (Toulouse) Sauramps (Montpellier) Thuard (Le Mans)
/image%2F0535626%2F20201105%2Fob_776525_121486191-103977568156252-511899038425.jpg)