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http://www.decitre.fr/gi/81/9782213662381FS.gifDocument 2011 - Que savons-nous vraiment de la prison ? Uniquement ce que veulent bien nous en dire des détenus ou des membres de l’administration pénitentiaire. Arthur Frayer a voulu aller plus loin.


Pour voir par lui-même ce qui se passe dans ce monde clos, ce jeune journaliste a passé le concours de gardien de prison et est devenu, l’espace de quelques mois, un « infiltré ».En stage à Fleury-Mérogis, puis en poste à Orléans, il raconte ses mois passés en détention. On découvre avec lui, en partageant son inquiétude, son étonnement et souvent sa colère, la réalité des maisons d’arrêt surpeuplées, les humiliations quotidiennes – pour les détenus comme pour les matons –, le désespoir et la folie, la roublardise de tous, le poids de l’enfermement. Au fil des jours, toutes les certitudes du journaliste vacillent : comment rester juste ? Comment œuvrer à la réinsertion quand on doit exercer un métier épuisant dans des conditions si difficiles ? De cette expérience hors du commun est né un récit bouleversant, d’une force rare. Arthur Frayer est diplômé de l’école de journalisme de Strasbourg.

Dans la peau d'un maton

Arthur Frayer

Broché

Paru le : 02/03/2011

Éditeur : Fayard

 

Dans la peau d'un maton

http://ts1.mm.bing.net/images/thumbnail.aspx?q=612884948942&id=e556a9bf8c5921e6d60da746b432eadcArthur Frayer, 28 ans, journaliste pigiste, a écrit Dans la peau d’un maton (*), publié mercredi. Après avoir obtenu le concours de surveillant, il a effectué son premier stage à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), avant d’être affecté au centre de détention de Châteaudun (Eure-et-Loir) puis à la maison d’arrêt d’Orléans (Loiret). Une immersion inédite. Entretien.

Par Nathalie Mazier

2 mars 2011, 08h18


 

FRANCE-SOIR Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre ?


ARTHUR FRAYER Entre ma première et ma deuxième année à l’école de journalisme de Strasbourg, j’ai effectué un stage à la rédaction du quotidien Ouest-France à Fontenay-le-Comte (Vendée). J’ai voulu faire un reportage dans la prison surpeuplée de la commune et on m’a répondu que ce n’était pas possible. J’ai donc étudié, pendant ma seconde année à l’école, la possibilité de faire une immersion en prison et de passer le concours de surveillant.

 

F.-S. Après votre admission, vous êtes envoyé en stage à Fleury-Mérogis (Essonne), plus grande prison d’Europe. Quelle fut votre première impression ?


A. F. C’était très étrange au départ. J’avais peur qu’on découvre qui j’étais vraiment. J’essayais de longer les murs, de me faire le plus discret possible. J’ai été frappé par le gigantisme de la prison, et à la fois surpris car j’ai été affecté dans un bâtiment rénové qui était très propre, très moderne.


F.-S. Vous êtes ensuite affecté au centre de détention de Châteaudun (Eure-et-Loir) puis à la maison d’arrêt d’Orléans (Loiret), où vous passez votre temps à courir de cellule en cellule…


A. F. Etre surveillant, c’est gérer le temps, l’espace en permanence ; on est réduit à un fonctionnement d’ouverture des portes. A l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire (Enap), on nous explique notre double mission fondée sur la sécurité et la réinsertion, mais dans les faits ce n’est pas le cas. La réinsertion consiste à dire bonjour et à faire en sorte que les détenus se lèvent. C’est dérisoire. Même avec toute la bonne volonté du monde, on n’arrive pas à faire de la réinsertion, ou bien seulement au cas par cas, c’est l’exception. Il faut du temps pour expliquer les choses aux détenus et, dans les prisons surpeuplées comme à Orléans (105 places et 249 détenus, NDLR), ce n’est pas possible, par manque de temps.


F.-S. Vous rapportez cette phrase d’un détenu qui vous parle de l’existence de deux prisons : « Surveillant, je vais vous dire, il y a deux prisons. La prison réelle, celle qui existe parce qu’on a fait des conneries ; on a été condamné et on paye pour ça, c’est normal. Et il y en a une deuxième : la prison dans la prison. » Partagez-vous cette analyse ?


A. F. Oui, je l’ai ressenti aussi. Cette seconde prison se construit sur des petits riens qui, mis bout à bout, prennent de l’importance. C’est par exemple le surveillant qui refuse de faire passer un peu de tabac d’une cellule à une autre, des téléviseurs qui ne sont pas réparés, des demandes qui restent sans réponse…


F.-S. Quels moments ont été les plus difficiles ?


A. F. Les fouilles, la tension générale, la pression psychologique… La prison m’accompagnait dehors. En prison, tout peut basculer d’un moment à l’autre, il suffit d’un rien (une frustration, un parloir fantôme) pour qu’un détenu pète un câble et se mette, par exemple, à insulter un autre détenu.


F.-S. On vous déconseille d’ailleurs de faire des promesses qui ne seront pas tenues…


A. F. Il faut temporiser en permanence, car donner sa parole, c’est s’engager totalement. Et si ça ne se passe pas comme on l’avait dit, le lien que l’on a créé avec le détenu peut être rompu. Je me souviens d’un jeune surveillant qui était « trop gentil », il faisait passer des petites choses entre les cellules et puis, le lendemain, il disait non et les détenus ne comprenaient plus. Il faut trouver un équilibre entre la sécurité et l’humanité, et c’est très dur à faire.


F.-S. On a le sentiment que vous avez décidé d’interrompre subitement votre immersion…


A. F. J’ai eu envie d’arrêter très brutalement lorsque j’ai vu mon emploi du temps du mois de janvier (Arthur Frayer interrompt son travail le 30 décembre 2009). Je me suis dit : je vais être à tel endroit, or j’ai le souvenir d’une journée horrible ; un autre jour, c’était la fouille parloir… Je me suis dit : est-ce que ça vaut le coup de continuer ? J’avais suffisamment vu de choses pour me mettre à écrire.


F.-S. Avez-vous gardé contact avec les surveillants ?


A. F. J’ai gardé des contacts avec quelques-unes des personnes avec lesquelles j’ai été formé. Je leur ai appris que j’avais écrit ce livre très récemment, il y a une ou deux semaines. Ils ont bien reçu la chose, ils étaient contents qu’on parle de ce qu’est vraiment leur boulot.


(*) Dans la peau d’un maton, éd. Fayard, 306 p., 17,90 €.

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