Document 2010 - Que n'a t-on dit sur le Maréchal Lyautey sans jamais évoquer son épouse, considérée comme quantité négligeable en dépit de sa remarquable
carrière d'infirmière humanitaire, une des premières du genre.
Discrète, mais efficace, Inès de Bourgoing n'a cessé, jusqu'au jour de son décès, de valoriser le métier et le rôle des infirmiers et
infirmières. C'est au sein de la Croix Rouge dont elle deviendra Directrice générale, en 1941 et sur "le terrain", au Maroc comme en Europe, que ses talents d'organisatrice et son dévouement
révéleront une femme de courage peu encline aux honneurs et aux mondanités.
Inès Lyautey n'a pas vécu à l'ombre de son mari. Elle formait avec lui un couple " moderne " favorisant le développement conjoint de leur carrière dans le respect de leurs idéaux.
LES GRANDES DATES D'UNE VIE DESTINÉE AUX AUTRES :
Inès de Bourgoing naît le 5 janvier 1862 à Paris. Après le décès de son premier mari, en 1900, elle obtient son diplôme d'infirmière le 21 juin 1901. En 1906 : elle crée une
Section Mobile d'Infirmières qui l'amène au Maroc. Le 12 novembre 1907, en escale à Oran, elle rencontre le général Lyautey. Mariage, le 14 octobre à Paris. 1913 : Directrice des 3 sociétés
Croix-Rouge au Maroc. 1926 : Présidente du Comité central des Dames. 1941 : Directrice Générale de la Croix-Rouge. 1946 : Commandeur de la Légion d'Honneur. 1951 : Médaille d'Or du Service de
Santé Militaire. Décès le 9 février 1953, à Casablanca.
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Les courts extraits de livres : 06/11/2010
Avant-propos - Que n'a t-on dit sur Lyautey sans jamais évoquer son épouse, considérée comme quantité négligeable en dépit de sa remarquable carrière
d'infirmière humanitaire, une des premières du genre. Si certains biographes consentirent à en parler, ce fut toujours quelques lignes vite expédiées, en théorisant parfois sur un supposé mariage
de convenance trop tardif pour être honnête, avec la présentation réductrice d'une maîtresse de maison décorative, fidèle, dévouée et charitable.
Nonobstant une médiatisation de l'infirmière sans cesse erronée, déplacée ou lacunaire, il apparaît injuste que l'on ait oublié une de celles qui ont oeuvré avec acharnement, au début du XXe siècle, pour ouvrir les portes d'un métier indispensable, longtemps laissé sans technicité aux seules bonnes volontés religieuses. Si la médecine et les médecins existaient depuis la Préhistoire, on oublie que les premières soignantes ne sont apparues qu'au VIP siècle, avec les Augustines de l'Hôtel-Dieu exerçant seulement une fonction de surveillance. On se contentera longtemps de cette situation médiocre du soin, liée à l'obsession de la sexualité entretenue par les instances religieuses, le concile de Clermont de 1130 ordonnant aux médecins, en majorité ecclésiastiques, de ne plus toucher les malades. Plus tard, on interdira à l'ordre des Filles de la Charité d'assister aux accouchements et de s'occuper des malades masculins, y compris les bébés garçons. C'est au milieu du XIXe siècle que s'ouvre en Allemagne la première école d'infirmières qui dispense les bases d'une technique du soin. Les pionnières font alors leur apparition en s'engouffrant dans le mouvement, Florence Nightingale en Angleterre, Virginia Henderson aux États-Unis et Léonie Chaptal en France. Parmi elles, Inès Lyautey est la première à installer l'humanitaire sur une grande échelle, tant en métropole qu'à l'étranger. Cependant, le métier qui avait attiré en premier lieu mon attention, en orientant une recherche dans ce domaine, fut vite dépassé en découvrant la richesse et la longévité de cette vie exceptionnelle, malgré les épreuves personnelles et la difficulté à exercer un métier exigeant. Singulier et long destin que celui de ce bébé né pendant les heures glorieuses du Second Empire, dans une famille proche des souverains régnants, vivant la Troisième et une partie de la Quatrième République, la guerre de 1870, les deux Guerres mondiales, et terminant sa vie dans la seconde moitié du vingtième siècle. Petite-fille d'un officier de Louis XVIII, fille d'un écuyer de Napoléon III, veuve d'un colonel d'artillerie, épouse d'un maréchal, nièce du gendre du baron Haussmann, belle-fille d'un ministre impérial et mère de deux officiers, Inès exista bien plus qu'à travers les autres et su mener une existence personnelle active qu'elle ne concevait qu'exaltante, rejoignant ainsi la préoccupation majeure d'Hubert Lyautey, fuir l'ennui.
Restée dans l'ombre de son mari, celui-ci n'eut jamais l'idée de la mettre en valeur publiquement, ceci expliquant peut-être cela. Durant ses trois vies, Inès, née de Bourgoing, puis Madame Fortoul et enfin Maréchale Lyautey, pensait si peu à la postérité que, contrairement à son époux classant méthodiquement courrier, discours et archives, elle ne s'inquiétait pas de dater ses lettres, en indiquant seulement le jour de la semaine ou du mois, rude épreuve pour le biographe ! Si l'abondance de son courrier reste une source inépuisable de documentation, elle n'a jamais publié le moindre ouvrage, bien qu'elle en eût manifesté le désir sans peut-être en avoir le talent ou la volonté. Elle était donc destinée à rester pour toujours une illustre inconnue.
Auteur : Marie-Jose Chavenon
Date de saisie : 05/11/2010
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Éditeur : Gérard Louis, Haroué, France
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