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http://www.lepoint.fr/content/system/media/1/200911/67239_image-general_andre.jpgRésumé de l'Affaire des fiches sur Herodote - Le 4 novembre 1904, le général André, ministre de la Guerre dans le gouvernement d'Émile Combes, est giflé à la Chambre par le député nationaliste Syveton.


L'incident porte à son paroxysme le conflit entre l'Église et le gouvernement de la IIIe République, que d'aucuns qualifient de «république des francs-maçons» (on évalue à 30.000 le nombre de francs-maçons dans les instances politiques parmi lesquels 250 députés, 200 sénateurs et un grand nombre d'instituteurs).


De la liberté d'association à l'intolérance


Le 1er juillet 1901, le président du Conseil Pierre Waldeck-Rousseau a fait voter une loi sur les associations encore bien connue de tous les créateurs d'associations sans but lucratif. Cette loi établit la liberté d'association mais son article 13 fait une exception pour les congrégations religieuses en soumettant leur création à une autorisation préalable.


La loi Waldeck-Rousseau est motivée par le souci de restaurer la préséance de l'État après plusieurs décennies de complaisance à l'égard des institutions ecclésiastiques. Elle est dans un premier temps appliquée de façon libérale. Mais en janvier 1902, le Conseil d'État établit que l'autorisation préalable s'imposerait désormais à toute école où enseignerait ne fût-ce qu'un congrégationniste.


C'est la voie ouverte à tous les excès. Quand Émile Combes (67 ans) succède à Waldeck-Rousseau à la présidence du Conseil, il s'engouffre dans cette brèche...


Né dans une pauvre famille du Tarn, Émile Combes a pu accomplir de brillantes études grâce au soutien bienveillant de quelques ecclésiastiques. Mais le directeur du séminaire juge qu'il n'a pas la vocation religieuse et le dissuade de devenir prêtre. Le jeune homme s'installe comme médecin, devient franc-maçon pour la forme et s'engage enfin dans la vie politique.


Il entre au Sénat.... qu'il lui arrive de comparer à un «couvent bien tenu»! D'abord «opportuniste»(nom que l'on donne à la mouvance républicaine de Jules Ferry), il évolue peu à peu vers l'extrême-gauche et arrive au parti radical de Georges Clemenceau.


Son premier passage au gouvernement en 1895 comme ministre de l'Instruction publique et des Cultes lui permet de mettre en pratique ses convictions laïques mais ne le fait pas sortir de l'anonymat. Ses convictions anticléricales, à l'unisson du parti radical, s'affichent ouvertement lors de son accession à la présidence du Conseil.


Dans une célèbre circulaire adressée aux préfets le 20 juin 1902, il lance: «Votre devoir vous commande de réserver les faveurs dont vous disposez seulement à ceux de vos administrés qui ont donné des preuves non équivoques de fidélité aux institutions républicaines. Je me suis mis d'accord avec mes collègues du cabinet pour qu'aucune nomination, qu'aucun avancement de fonctionnaire appartenant à votre département ne se produise sans que vous ayez été au préalable consulté»(*).


À mille lieues de la modération de son prédécesseur, Émile Combes fait fermer en quelques jours plus de 2.500 écoles religieuses. Le 7 juillet 1904, il fait voter une nouvelle loi qui interdit d'enseignement les prêtres des congrégations.


Chasse aux sorcières


L'armée et la marine n'échappent pas à la chasse aux sorcières.


Un premier scandale éclate le 29 mars 1904, avec formation d'une commission parlementaire, quand on découvre que le ministre de la Marine Camille Pelletan refuse de recevoir les amiraux, tous bons catholiques ; il encourage par ailleurs les mouvements de grève dans les chantiers navals, cela au moment où l'Allemagne et l'Angleterre accélèrent le renforcement de leur flotte !


Désireux de son côté de favoriser l'avancement des officiers républicains anticléricaux, le ministre de la Guerre, le général Louis André, n'attend pas l'arrivée d'Émile Combes à la présidence du Conseil. Il lance une vaste enquête interne sur les opinions religieuses des gradés : vont-ils à la messe? Ont-ils envoyé leurs enfants dans des écoles catholiques?...


Près de vingt mille fiches sont réunies et confiées pour vérification aux francs-maçons de la loge du Grand Orient de France, fer de lance de la lutte contre l'Église.


Dans les faits, même au plus fort des campagnes anticléricales, l'armée et la haute fonction publique ont continué de puiser une bonne partie de leurs cadres parmi les jeunes gens issus des meilleures écoles catholiques : le collège Stanislas et l'école Sainte-Geneviève, faute d'avoir le choix (*).


La campagne des fiches a pour effet de bloquer l'avancement de certains officiers, compétents mais jugés trop proches de l'Église, comme Ferdinand Foch dont le frère est jésuite ! Elle favorise par ailleurs la promotion d'officiers républicains athées et laïcs mais incompétents, ce qui aura des conséquences désastreuses sur les premiers engagements de la Grande Guerre, dix ans plus tard.


Beaucoup d'officiers indûment promus (dont près de la moitié des 425 généraux !) seront alors «limogés» en catastrophe, autrement dit affectés à des bases éloignées du front comme Limoges (d'où l'origine du verbe «limoger», inventé pour l'occasion).


Vers l'apaisement


L'«affaire des fiches» ayant été dévoilée en octobre 1904 par la presse de droite, il s'ensuit un scandale à la Chambre des députés. À la suite de la gifle du député Syveton, le ministre André doit démissionner et après lui le gouvernement Combes.


Le 24 janvier 1905, le président Émile Loubet appelle Maurice Rouvier à la présidence du Conseil. Sous son gouvernement est votée la loi sur la séparation des Églises et de l'État. Elle jette les bases de la laïcité à la française et met fin aux polémiques anticléricales.

Joseph Savès.


http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19041104

 

 

 

 

862464550 MLL'affaire des fiches - 1900-1904, Chronique d'un scandale

François Vinde

Paru le : 01/12/1989

Collection : documents

 

Vous pouvez trouver à la bibliothèque municipale de Lyon:

-
La vérité sur l'affaire des fiches, de J.H. MOLLIN
-
Une conspiration sous la troisième république : la vérité sur l'affaire des fiches, de Jean BIDEGAIN
-
L'Affaire des fiches [Livre] : 1900-1904 : chronique d'un scandale, de François Vindé


Ces trois livres sont à consulter sur place, à la bibliothèque.

 

 

Dans le troisième, ouvrage écrit à partir des archives laissées par jean Guyot de Villeneneuve, député de Neuilly, qui dénonça l’affaire devant le parlement, l’auteur développe la thèse selon laquelle « l’affaire des fiches eut de lourdes conséquences, d’autant que les successeurs d’André, s’ils renoncèrent à recourir à la Franc-Maçonneire pour obtenir des renseignements sur les officiers, ne firent pas grand-chose pour réparer les préjudices subis par les vicitmes du système. Bien que cessant de se renseigner sur les opinions religieuses des officiers, ils continuèrent néanmoins à s’informer auprès des préfets sur leurs opinions politiques. Ces folies se payèrent chèrement au cours des premiers mois de la guerre de 1914. Près de la moitié des officiers supérieurs pourvus d’un poste de haute responsabilité durent alors être limogés par Joffre pour incompétence ! » (extrait de l’avant-propos du livre)

Dans le chapitre XVII, intitulé « les retombées de l’affaire », l’auteur étudie les suites de l’affaire pour les officiers victimes des fiches.

Une loi fut adoptée par la chambre, le 30 octobre 2005,jour de la rentrée parlementaire d’automne, amnistiant les personnes qui avaient fait l’objet de mesures disciplinaires à l’occasion des faits de délation.

«Séparant d’une manière définitive la politique de l’armée, et décidé à ne juger les officiers comme il convient, que d’après leurs seuls mérites professionnels, M Millerand [ ministre de la guerre] supprima dès son entrée en fonction , par circulaire du 25 janvier 1912, le régime de surveillance spéciale auquel la circulaire du 11 décembre 1911 soumettait de fait les officiers, et décida que les préfets n’auraient plus à fournir les rapports politiques dont la présentation périodique leur avait été précédemment ordonnée. Il faisait , en même temps, détruire toutes les formules de bulletins de renseignements existant en approvisionnement au cabinet militaire. Les dossiers politiques classés au cabinet militaire et provisoirement conservés, ont été eux-mêmes tous brûlés, sur l’ordre de M Millerand, au commencement du mois de janvier 1913.»

Il n’est pas inutile de prendre un peu de distance sur cette affaire et de la situer dans son contexte.

C’est ce que se propose de faire Serge Berstein, historien, professeur à l’institut d’études politiques, dans un numéro spécial de la revue l’Histoire, N° 131, du mois de mars 1990,
Complots et rumeurs, dans un article intitulé : Les Francs-maçons, la République et l’armée.

Il retrace le déroulement de l’affaire et la situe comme « point culminant de cette guerre des deux France, qui opposa dreyfusards et antidreyfusards, cléricaux et anticléricaux. »


Il décrit la réalité complexe de l’armée française qui n’a tenté aucun putsh contre le régime , qui se veut la « grande muette » politiquement et qui remplit les missions que lui assigne le pouvoir politique. Mais c’est une armée ( du moins la hiérarchie militaire ) qui témoigne d’une profonde répugnance à l’égard des institutions républicaines, qui a tendance à s’isoler de l’Etat, à constituer un corps autonome, se recrutant par cooptation.


Après l’affaire Dreyfus, les dangers de cette autonomie apparaisse clairement. Peut-on laisser un corps dont les sentiments peu favorables à la République sont de notoriété publique, où les fils de familles conservatrices font volontiers carrière, où les rares officiers républicains sont mal vus de leur entourage, constituer un « Etat dans l’Etat » ?

http://www.decitre.fr/gi/32/9782358150132FS.gifLes commissions de classement sont supprimées, la nomination aux grades supérieurs dépend désormais du ministre. Le successeur de Gallifet, le général André, veut poursuivre cette œuvre. » Il entend changer dans un sens républicain le visage de l’Armée et réparer les injustices commises à l’égard des officiers républicains. Il veut démocratiser l’Armée (suppression de la dot réglementaire des futures épouses d’officiers ; obligation pour les Saint- Cyriens de servir un an dans les corps de troupe avant d’entrer à l’école ; suppression des ordonnances et des équipages ; ouverture aux adjudants d’un dixième des emplois de sous lieutenants disponibles, etc…) »

Et il va beaucoup plus loin encore pour favoriser les officiers républicains et bloquer l’avancement des officiers réactionnaires. C’est l’affaire des fiches rédigées par les francs-Maçons…véritable affaire d’espionnage, mêlant complot maçonnique, scandales touchant les personnes dans leur vie privée, scandales à la Chambre….et aboutissant à la chute du ministère Combes.

Avec cette chute,
«se clôt un épisode de l’histoire nationale, celui de la grave crise ouverte par l’affaire Dreyfus. L’affrontement entre deux conceptions antithétiques de la société s’achève, quoi qu’on pense, par la victoire des dreyfusards et de leurs idées .Après les élections de 1902, les tenants de la raison d’Etat et de la priorité des institutions sur les Droits de l’homme ont été vaincus. En janvier 1905, l’anticléricalisme sectaire, bafouant les droits de l’individu dès lors qu’il ne pense pas comme le pouvoir, connaît à son tour la défaite. Mais ses vainqueurs ne sont pas les nationalistes ; bien que ceux-ci aient fait éclater le scandale, leurs projets on échoué et ils n’ont pu faire partager à l’opinion publique leur goût pathologique du complot comme clé de la vie politique.


La grande période de l’affrontement entre les extrémistes des deux bords est désormais passée. La guerre civile larvée née avec l’affaire Dreyfus et dont l’affaire des fiches a représenté un des sommets, laisse la place à la lente et patiente construction du consensus républicain qui prouvera sa solidité durant la Première Guerre mondiale.»

 

http://www.guichetdusavoir.org/ipb/index.php?showtopic=38579

 

 

Liens utiles sur le blog

 

 

André, un général républicain … Malgré "l'affaire des fiches"

André, un général républicain … malgré "l'affaire des fiches"

article - 03/02/10 - André, un généralrépublicain … Malgré "L'Affaire des Fiches" - En octobre 1904, l'« affaire des fiches » fait scandale. Pour épurer l'armée, le généralAndré,…

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-andre-un-general-republicain-malgre-l-affaire-des-fiches--44204795.html

 

 

Lire ou relire

 

L'affaire des fiches – une arme secrète : la délation de Jean-Joël Brégeon, Historama n° 76, juin 1990, p. 48-54.

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