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http://www.decitre.fr/gi/78/9782358480178FS.gifDocument 2010 - Ce 16 février 1885, cinq ans après l'amnistie et le retour des communards exilés, il y a foule entre le Quartier latin et le Père-Lachaise. Les amis pleurent. Des provocateurs sont éconduits. La police de la «République bourgeoise» encore chancelante se fait discrète. Le cortège funèbre réveille le spectre des insurgés, dont Vallès, avec son Cri du Peuple, fut et demeure la voix.


Une journée particulière. À travers elle ressurgit une époque sous le trait heurté et les à-plats de couleur de l'auteur. «Eloi Valat, dit la préfacière, sait tordre les détails en les faisant parfois crier.» En regard, il donne à lire des textes écrits sur le vif par des fidèles de Vallès, des détracteurs aussi. Saisissants entrechoquements. Vallès est là, tout proche.

Eloi Valat, peintre et dessinateur, est né en 1952 à Lyon. Il est l'auteur d'un premier album, Le Journal de la Commune (Bleu autour / Paris bibliothèques, 2007).

«Sans doute l'un des plus originaux parmi les graphistes de sa génération, Eloi Valat passe avec élégance et férocité de la passion du vélocipède à la rage du communard, avec un amour d'ogre pour la liberté et la fraternité, avec une rare ferveur documentaire (il ne manque pas un pavé au Faubourg). Tous les figurants (et dans toutes les postures), les décors, les meubles de ce que l'on a coutume d'appeler la " Comédie humaine " s'organisent dans ses dessins pour apporter de la jubilation et créer de toniques malaises...»


Jean-Michel Arnold,
secrétaire général de la Cinémathèque française


Silvia Disegni est l'une des meilleures spécialistes de l'oeuvre de Jules Vallès. Professeur de littérature française à l'Université de Naples Federico II (Italie), membre du comité de rédaction de la revue Autour de Vallès, elle est l'auteur de nombreux, articles et de plusieurs ouvrages, notamment collectifs, consacrés à cet auteur et, plus largement, à la littérature du XIXe et du XXe siècles. Elle a en particulier signé la présentation et l'appareil critique de L'Enfant (Garnier-Flammarion, 2007).

 

  • La revue de presse Pierre Marcelle - Libération du 25 novembre 2010

Tous ces événements, Valat ne les conte pas, il les peint. On commence à connaître son trait, maintenant, où ses canons fument le sang dans des à-plats impeccables, et à les reconnaître, les gueules cassées de ses humbles héros. En regard des planches et en guise de légendes, les récits correspondant des journaux de l'époque exhaustivement collectionnés. Ainsi avait-il mis en images, chez le même éditeur, le texte officiel du Journal de la Commune ; ainsi fera-t-il avec la promesse de la Barricade (la dernière tombée, à l'angle des actuelles rues de Belleville et de Tourtille), pour boucler sa trilogie. En l'attendant, sans autres commentaires que ceux d'une presse d'opinion qui, littéralement «dit ses faits», l'Enterrement de Jules Vallès rédige, pour le Candidat de la misère, le député des fusillés (titre d'une ode composée pour la circonstance par Eugène Pottier), la plus bouleversante des épitaphes.

 

  • Les courts extraits de livres : 15/12/2010

Extrait de la préface

Les morts de Vallès

Cet ouvrage rassemble différents textes publiés au moment de la mort de Jules Vallès ou peu après. De sa mort ou, plutôt, de ses morts. Eloi Valat, qui a recueilli ces pages, a choisi d'exclure celles où l'écrivain pose lui-même son regard sur une mort imminente à laquelle il échappe en 1871 et dont il fait le récit, sur le mode fictionnel ou autobiographique, dans L'Insurgé puis dans un ensemble de trois articles publiés au Cri du Peuple en 1884. Est également exclue l'évocation vallésienne de ces hommes qui furent assassinés «à sa place» pour lui avoir trop ressemblé, dont il parle dans une chronique du Gil Blas en 1882 et dont on pourrait lire les traces dans les interstices de L'Insurgé. Les extraits choisis montrent donc le point de vue des autres sur sa propre fin : de ceux qui le pensèrent ou le voulurent mort en 1871 ; de ceux qui commentèrent son décès ou ses funérailles au lendemain des journées de février 1885. Ainsi, dans ce livre admirablement composé par Eloi Valat et né d'une idée originale, dans une sorte de «tombeau» singulier puisqu'on y entend également la parole de ses détracteurs, nous ne trouvons pas l'écrivain que nous connaissons par ses textes mais le révolutionnaire ou, plus exactement, l'image d'un révolutionnaire désormais privé de voix et déjà légendaire.

Même mort, Vallès ne laissa pas indifférent : il fut souvent identifié, d'un côté comme de l'autre, à l'insurrection communaliste qui a hanté la société pendant plusieurs générations. Dans certains de ces textes se donne alors à lire la haine vouée aux Communards et à l'idée politique dont il est pour certains l'un des représentants majeurs, dans d'autres la gratitude et la douleur que l'on éprouve généralement à la mort d'un être cher qui nous a beaucoup donné et qui nous manque. D'un côté, donc, ceux pour qui le plus grand hommage à rendre à Vallès est de faire de son enterrement le lieu d'une réconciliation politique de tous les mouvements révolutionnaires nés de la Commune et qui voient dans le cortège la résurgence de la lutte sociale située au coeur de son engagement ; de l'autre, ceux qui expriment leur joie à la nouvelle de sa mort, présumée pendant la Semaine Sanglante, en mai 1871, puis réelle en 1885, en même temps que leur terreur face au défilé de tous ses camarades ou collègues venus nombreux le saluer dans la chambre mortuaire et l'accompagner au Père-Lachaise {Le Cri du Peuple établit la liste des plus célèbres d'entre eux dans un article intitulé «Les Amis»).

Derrière le simple «corbillard des pauvres», «à toiture noire, sans ornement», pareil à «une barque de deuil battue par les vagues» qui traverse Paris, hommes et femmes, vieillards et enfants défilent dans ce que les adversaires vivent comme une «démonstration» dangereuse, le retour d'un spectre, la reprise de la lutte révolutionnaire. Pouvait-on vivre l'événement sans passion ? Le temps qui sépare l'insurrection de la mort de Vallès n'est pas si éloigné (quatorze ans), ni celui qui sépare son décès de l'amnistie mal digérée par beaucoup, proclamée à peine cinq ans auparavant.

L'enterrement de Jules Vallès

Auteur : Eloi Valat

Préface : Silvia Disegni

Date de saisie : 15/12/2010

Genre : Histoire

Éditeur : Bleu autour, Saint-Pourçain-sur-Sioule, France

 

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