Document 2010 - C'est un chef-d'oeuvre méconnu de la littérature clandestine française que fait
connaître l'historien Robert Darnton, écrit par un auteur oublié, le marquis de Pelleport, homme de plume de la fin de
l'Ancien Régime, qui multiplie alors les libelles diffamatoires, les pamphlets vindicatifs, les opuscules pornographiques.
Son texte le plus connu, Le Diable dans un bénitier, publié en 1783, est une violente satire des mœurs des grands du royaume, de la Cour et de l'Église. Embastillé pendant plus de quatre ans, de 1784 à 1788, Pelleport est le contemporain d'un autre prisonnier célèbre, dont il partage le destin et un certain nombre d'obsessions, le marquis de Sade. C'est pendant son séjour dans la forteresse que Pelleport écrit Les bohémiens, roman picaresque et licencieux, politique et polémique, autobiographique et philosophique.
Les bohémiens est le roman d'un milieu, la " bohème littéraire ", ces " Rousseau du ruisseau ", libellistes qui prolifèrent à la fin du XVIII e siècle. Pelleport connaît bien ce monde interlope dont il est partie prenante. Il en décrit les habitudes avec une causticité, un humour, une proximité irremplaçables Beaucoup de ces " écrivailleurs " vont devenir célèbres pendant la Révolution, tels Mirabeau, Brissot, Marat, Louvet, Fabre d'Eglantine, Hébert, Chaumette.
Ce roman, qui apparaît ici au grand jour, est une clé pour comprendre l'état d'esprit enfiévré des débuts de la Révolution française.
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Les courts extraits de livres : 27/04/2010
Le législateur Bissot renonce à la chicane pour la philosophie
Le soleil allait quitter le lit d'Amphitrite, l'aurore fuyait à grands pas : les filles de joie fermaient la paupière, et les bourgeoises de la ville de Reims s'égosillaient pour faire lever
leurs servantes ; attendu que l'usage des sonnettes est inconnu en Champagne ; les femmes de qualité, et toutes celles qui prétendent à la noblesse avaient encore pour six heures de sommeil; et
les dévotes réveillées par le son lugubre des cloches, se hâtaient pour la première messe : quand la peur des huissiers et le premier rayon de l'astre du jour éveillèrent en sursaut l'avocat
Bissot, qui dormait dans un galetas à côté de son frère Tifarès, le compagnon fidèle de sa fortune, et l'émule de ses travaux philosophiques. Après quelques essais inutiles pour tirer des bras de
Morphée l'heureux Tifarès, l'avocat lui arrachant sa couverture, et le soulevant sur son grabat, exposa aux regards du soleil le corps desséché de l'infortunée créature. A cet aspect hideux le
blond Apollon se crut fourvoyé, et qu'au lieu de suivre le tropique d'été, ses chevaux l'avaient entraîné à la porte d'une de ces caves, où les anciens Égyptiens rangeaient les momies de leurs
grands-pères ; et comme il avait un peu d'humeur de s'être levé si matin, il se fit un malin plaisir de lancer ses rayons à travers les poings diaphanes que Tifarès, assis sur son derrière dans a
même attitude dont il avait coutume d'user dans le ventre de sa mère, avait fourré dans les vastes et caves orbites où se cachaient ses petits yeux. Il ne fallait pas moins pour le réveiller, que
les efforts réunis d'un Dieu et d'un mortel, tant il avait pour le dormir un amour pur et tendre ; et ce ne fut qu'après en avoir reçu les dernières caresses, que tirant de dessous un drap sale
et déchiré, une jambe noire et sèche, et la présentant à l'embouchure d'un bas trop large, il prêta à son illustre frère une oreille attentive, et entendit, non sans déplaisir, le discours
philosophique que vous allez lire.
Auteur : Marquis De Pelleport
Préface : Robert Darnton
Date de saisie : 27/04/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Éditeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Le temps retrouvé
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