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http://ecx.images-amazon.com/images/I/51rssLpWyLL._SL500_AA300_.jpgDocument 2008 - Il semble que l’époque se prête à un retour aux diverses formes de contestation. Le cinéma se penche sur Mesrine et la Bande à Baader. La mémoire de la Grande Guerre évoque immanquablement les mutineries et les soldats fusillés, dans une confusion qui se dispense d’une étude serrée du contexte du conflit. Le quarantième anniversaire de Mai 68 a accouché de nombreux ouvrages commémoratifs. Bref, le héros du jour semble opposé à l’autorité. De Robin des Bois à Mandrin, de Zorro au héros de V for Vendetta, le rebelle attire et fascine. Il traduit l’existence d’une autre réalité que celle de l’appareil légal et des vérités officielles. Par ailleurs, les discours politiques sur l’insécurité ambiante ont alimenté de trop nombreuses polémiques pour être dépourvus d’intérêt. En d’autres termes, l’antithèse de l’ordre et de la légalité pourrait dès lors en révéler beaucoup sur nos sociétés, leurs malaises et leurs aspirations.

En ce sens, le livre de Jean Nicolas, consacré aux phénomènes disparates de la « rébellion française » sous l’Ancien Régime, de la prise du pouvoir par Louis XIV à la chute de la Bastille, constitue un apport de taille à notre compréhension des ressorts de la société pré-révolutionnaire... et de la nôtre. Cette étude massive, fruit d’une recherche archivistique démesurée, et tirant profit de plusieurs monographies locales, analyse plus d’un siècle d’attitudes contestataires à l’autorité sur l’ensemble du territoire français. Grâce à Jean Nicolas, se dessine une « autre France », celle de l’opposition à l’autorité, et sous des formes et une amplitude variant selon les régions, le climat, l’opinion religieuse, et même l’âge.

Cette enquête permet de déterminer des pôles de cristallisation de la rébellion, en particulier autour de l’impôt, indirect ou direct (la taille). La fraude est une réalité de l’Ancien Régime aussi établie que la monarchie absolue. Les attitudes contestataires s’étendent à tous les échelons de la société, et il n’est pas rare de voir le clergé et les magistrats locaux faire preuve de clémence, voire de soutien, aux oppositions locales, par souci d’atténuer le poids de la centralisation administrative. Se constate également, au moins au XVIIIème siècle, un affaiblissement du rôle stabilisateur du fief seigneurial. Par ailleurs, les caprices du climat peuvent alimenter de véritables insurrections de la faim, dans des contextes de disette - en particulier sous le règne de Louis XIV. Autre source de conflit : le monde des artisans et des ouvriers, qui peine à supporter le carcan du corporatisme. En d’autres termes, la rébellion française découle d’abord d’impératifs matériels, liés aux conditions de vie quotidienne et de travail, alors que le pouvoir et les privilégiés rechignent à s’adapter.

Mais, souligne Jean Nicolas, cette motivation serait réductrice. Le XVIIIème siècle témoigne en effet de la prolifération de revendications fondées sur l’idée de justice - judiciaire et sociale. L’arbitraire royal, les exactions de la police, les conditions de vie des détenus, mais aussi les inégalités sociales, suscitent une indignation croissante. L’antagonisme catholicisme-protestantisme génère également de nombreux désordres. Quant aux réactions répressives, elles aboutissent à un surcroît d’exaspération - conservatrice ou non - dont la jeunesse se fait l’écho.

Bref, 1789 ne saurait constituer un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Le Siècle des Lumières a bel et bien favorisé, ou recyclé, des mouvements contestataires, mais il serait erroné d’en déduire que ces impulsions sont venues du haut : au contraire, révèle cet ouvrage, l’environnement social a facilité l’éclosion et la diffusion des idées libérales. La rébellion française sous l’Ancien Régime semble avoir préparé le terrain à la mise en doctrine de ce que seront les préceptes de la Révolution française. La pratique a précédé la théorie.

http://www.histobiblio.com/La-Rebellion-francaise.html

 

Nicolas Bernard


- Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr


Titre : La rébellion française. Mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789
Auteur : Jean Nicolas
Éditeur : Editions Gallimard
Collection : Folio-Histoire
Publication : novembre 2008



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http://www.pontivy.eu/biennale/public/2010/Jean_Nicolas.jpgDu règne de Louis XIV à 1789, des milliers d'émeutes se produisent contre l'impôt, pour le pain, les salaires, le droit de s'amuser, celui de pratiquer sa religion. Hommes et femmes, paysans et citadins, tous défient à leur manière le pouvoir absolu. Est-ce là l'origine de la tradition de révolte française ?


L'Histoire : Vous publiez au Seuil La Rébellion française, un livre sur les rébellions populaires en France entre 1661 et 1789. On savait que l'Ancien Régime avait connu de grandes fièvres, des soulèvements parfois spectaculaires. Mais ce qui frappe en vous lisant, c'est le nombre considérable de révoltes et d'« émotions » qui agite le pays tout au long du XVIIIe siècle. A croire que les temps calmes sont finalement l'exception. Jean Nicolas : La monarchie n'est pas un long fleuve tranquille, on le savait déjà ! La révolte l'accompagne de longue date. De grands mouvements avaient secoué le pays au XVIe siècle et dans la première moitié du XVIIe, au temps des croquants et des va-nu-pieds(1). Ces turbulences ont été bien étudiées dans les années 1970, quand l'histoire sociale de l'Ancien Régime occupait encore une position dominante. On n'ignore pas non plus les soubresauts qui ont continué d'agiter le royaume après la Fronde(2), sur fond de frémissement permanent. Parmi ces événements, les plus mobilisateurs, les plus étendus dans le temps et l'espace sont connus des historiens comme du large public. Citons, entre autres, la révolte du Vivarais en 1670, celle des Angelets dans les vallées pyrénéennes du Conflent et du Vallespir entre 1663 et 1672, les troubles du Papier timbré en Bretagne et en Guyenne en 1675, les Camisards en 1703, les Tard-Avisés du Quercy en 1707... A l'origine de tous ces mouvements, un refus collectif, mais qui renvoie aux champs les plus divers. Tantôt c'est l'impôt ; tantôt la religion ;...


Portrait des Français rebelles

Par Jean Nicolas
publié dans L'Histoire n° 261 - 01/2002  Acheter L'Histoire n° 261  +



La France n'est pas une exception. A la fin du XVIIIe siècle, à Boston et à Amsterdam aussi, le peuple a fait l'apprentissage de la souveraineté.


En vingt-cinq ans, à la fin du XVIIIe siècle, trois pays ont été plongés dans la tourmente d'une grande révolution politique : l'Amérique (1776-1800), la Hollande (entre 1781 et 1787 puis entre 1795 et 1801) et la France (1789-1799). Dans les trois cas, le peuple a été impliqué dès les débuts des troubles. Les élites révolutionnaires avaient besoin de son soutien. Non seulement le peuple a été appelé à voter, à donner son avis sur les lois, mais il a encore été incité à prendre les armes pour défendre la patrie en danger. Dès les lendemains de la guerre de Sept Ans1, l'agitation gagne les colonies américaines. En 1764, les Sons of Liberty contestent les nouvelles taxes imposées par l'Angleterre. Avant même la proclamation d'indépendance de 1776, le peuple est enrôlé dans des milices, des comités de salut public chassent les loyalistes restés fidèles au roi d'Angleterre et les troubles se multiplient suite au Stamp Act2. En vérité, la révolution américaine présente deux faces : d'abord guerre d'indépendance contre l'Angleterre, gagnée en 1783, puis véritable révolution politique qui met en place des institutions nouvelles reposant sur les principes des droits de l'homme. C'est visible dans les Constitutions rédigées par les divers États à partir de 1776. Sept d'entre eux leur donnent en préambule une déclaration des droits. Des conventions sont appelées pour en examiner les articles. Au Massachusetts par exemple, le peuple vote pour ou contre dans ses assemblées de ville. En Hollande3, la révolution commence en 1781, après la...

We, the people

Par Annie Jourdan
publié dans L'Histoire n° 342 - 05/2009  Acheter L'Histoire n° 342  +

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