Le 16 août 1870, à Hautefaye, en Dordogne, tout un peuple de paysans en armes fait subir les pires sévices
à un jeune aristocrate accusé à tort de sympathies républicaines. Les meurtriers seront arrêtés, jugés, condamnés. Mais là n'est pas l'essentiel. Ce qui compte n'est pas tant le drame que le
contexte de son déroulement et l'arrière-fond politique qui, ce jour-là, fait une irruption d'une violence inouïe sur la place d'un village. Dans ce livre publié pour la première fois en 1990,
Alain Corbin met en scène, au sens littéral de cette expression, le supplice d'Alain de Monéys. Il remonte loin, très loin, à ces émeutes
rurales dirigées contre les nobles du Périgord, discrédités aux yeux des paysans par une bourgeoisie complice qui agite le spectre du retour aux privilèges. En 1830 et en 1848, les campagnes se
sont agitées contre les légitimistes rogneurs de libertés puis contre les républicains préleveurs d'impôts. L'Empire, en revanche, a acquis auprès d'elles un prestige que les premiers revers
militaires, début août 1870, n'ont fait que renforcer. Le régime n'avait plus que quelques jours à vivre, ses défenseurs n'en étaient que plus agressifs à l'encontre de ses ennemis, de droite et
de gauche, qui allaient le supplanter. Il fallut alors que, le 16 août, jour de foire aux bestiaux à Hautefaye, se montrât, ingénument et par hasard, ce malheureux, coupable de ce qu'il était et
d'une opinion qu'on lui avait indûment prêtée. Un parfait bouc émissaire ...
Par Daniel Bermond (Lire), publié le 01/12/1995
-
Auteur: Alain Corbin
-
Éditeur: Flammarion
http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-village-des-cannibales_799595.html
Liens utiles sur le blog
Teulé ressort l'horreur d'hautefaye
Mangez-le si vous voulez
/image%2F0535626%2F20201105%2Fob_776525_121486191-103977568156252-511899038425.jpg)