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http://img.over-blog.com/300x192/0/00/74/35/12/clap_cinema.jpg… Sous le surnom de « Katia la Rouquine », Lucienne Goldfarb a surtout gouverné des jeunes femmes qui gagnaient leur vie sous ses ordres en vendant leurs charmes. Son célèbre hôtel de passe, situé 10 bis, rue du Débarcadère (XVIIe), a longtemps été un haut lieu de la galanterie parisienne. Comme elle l'a raconté dans son livre, La Rouquine (Balland, 1976), elle l'a acheté en 1962 et l'a rebaptisé Del Monaco en raison de sa passion pour l'opéra et pour le célèbre chanteur: « Le tapin, l'hôtel, tout devient prétexte à gagner de l'argent pour s'intégrer dans cet univers du bel canto, devenu, pour moi, ma seconde raison d'être après les flics », précise-t-elle, dans cette édifiante autobiographie. Elle s'y présente également «comme une auxiliaire de police», une « indic », qui dénonçait les vendeurs de drogue et les proxénètes violents. Elle jouissait de ce qu'on appelle, dans le milieu, un condé, c'est-à-dire d'une protection. Les policiers de la Mondaine de l'époque l'avaient même surnommée affectueusement « le Vidocq en jupons ».

Avant de vendre ses charmes et de monter sa maison de rendez-vous renommée, point de rencontre de nombreux policiers et de personnalités diverses, Lucienne avait participé dès l'âge de 17 ans à la Résistance. Membre d'un réseau de juifs ashkénazes de Belleville, elle a échappé autant à la Gestapo qu'à la vague de meurtres de collaborateurs présumés lors de la Libération. Me Dumas l'a défendue dans les années 70 et leur goût commun pour le bel canto les aurait rapprochés...

La dame d'Opéralia

Par Fuchs Benoît, Stefanovitch Yves-Olivier, publié le 12/03/1998

http://www.lexpress.fr/informations/la-dame-d-operalia_627809.html





« Cette personne a des dizaines de morts sur la conscience, dont mes parents et ma tante », soutient Madeleine Meyer. Madeleine, 69 ans, montre une vieille photo de classe. Le visage d'une adolescente aux cheveux frisés est entouré au crayon noir. « On l'appelait Lucienne.» Une rouquine, ronde. « Elle a commencé à dire qu'elle voulait s'engager dans la Résistance, raconte Madeleine, elle cherchait en fait à s'infiltrer. »

Le 23 mars 1943, les brigades spéciales réalisent leur première rafle contre le réseau des jeunes juifs des FTP-MOI de Paris. 57 personnes sont arrêtées. Depuis 1943, les survivants ­ dont Henri Krasucki, futur secrétaire général de la CGT ­ accusent Lucienne Goldfarb d'avoir été l'indicatrice des policiers.

Rendez-vous. En 1943, rue des Immeubles-Industriels, dans le XIe arrondissement de Paris, personne ne se méfie de Lucienne. Son père, arrêté en 1941, a été déporté en 1942. Sa mère et son frère viennent d'être conduits à Drancy. Elle a 18 ans. « La rue des Immeubles était un peu un schtetel (village juif) », se souvient Simon Rayman, arrêté avec le groupe Manouchian en octobre 1943. Tous les jeunes s'y connaissent. Les communistes y sont nombreux. Lucienne va trouver Ginette, une amie d'école, lui dit qu'elle veut entrer dans un groupe résistant. Elle obtient plusieurs rendez-vous. Avec Henri Krasucki, qui est le chef parisien des groupes de jeunes, le 18 février. Avec Paulette Sliwka, la compagne de Krasucki. Enfin avec Adam Rayski, le chef de la section juive de la MOI, qui sélectionne les volontaires. Après l'avoir vue, Krasucki transmet sans crainte un mot à Rayski: « Lucienne, dix-huit ans, bien connue de nos camarades du quartier des Immeubles-Industriels, dans le XIe. Désire venger ses parents déportés (1). » Le rendez-vous de Lucienne avec Rayski a lieu boulevard Berthier. La recrue lui paraît peu motivée. Le résistant perçoit des va-et-vient autour d'eux. « Ça m'a inquiété, explique Adam Rayski à Libération. Le lendemain, j'étais suivi à partir de mon appartement du square de la Bresse. Cette adresse, ils l'avaient parce qu'ils avaient réussi à me filer après le rendez-vous avec elle, Lucienne Goldfarb. » Les policiers échouent cependant à arrêter Rayski. Le coup de filet est déclenché le jour même. Krasucki et Sliwka sont bizarrement conduits au commissariat de Puteaux. Ville où Lucienne a trouvé à se loger après son retour de la zone sud et où elle entretient des contacts avec des policiers.

Très vite, les soupçons se portent sur Lucienne. Krasucki fait sortir un mot du commissariat. Il la désigne comme l'indicatrice. Il l'aurait aperçue dans la cour du commissariat, parlant aux inspecteurs chargés des interrogatoires. Paulette Sliwka a la même conviction. Dans une lettre au chef de la section juive de la MOI, Paulette répète cette phrase prêtée à un policier: «C'est une bien belle jeune femme qui vous a donnés.» « Je me rends compte que tout commence du jour où Henri avait rancard avec elle », conclut-elle. Enfin, Henri Krasucki a été surnommé Bertrand par les policiers, qui fixent par un surnom les premiers moments de leur filature. Or son rendez-vous avec Lucienne a eu lieu rue Guillaume-Bertrand.

Perquisition. D'autres témoignages circulent. Quelques jours avant la rafle, Madeleine Meyer et ses parents ont reçu la visite d'un policier, rue des Immeubles-Industriels. «Il a dit qu'il était inspecteur de police et que notre appartement avait été dénoncé par Lucienne Goldfarb.» Les Meyer vident l'appartement du matériel ­ tracts et armes ­ et le quittent. Mais ils reviennent l'occuper trois jours après. Le 23 mars, dans l'après-midi, les policiers défoncent la porte et perquisitionnent. Ils cherchent aussi les frères Rayman. « Mon père, ma tante et aussi ma mère ­ qui ne devait pas arriver si tôt ­ sont tombés dans la trappe. » Le lendemain, Madeleine voit deux officiers allemands sortir d'une voiture, accompagnés d'une jeune fille rousse. « Ma tante m'a dit: mais la voilà, la Lucienne », se souvient-elle.

Egalement membre du groupe, Hanna Kamieniecki échappe de peu au coup de filet. Ses camarades ne sont plus aux rendez-vous convenus. «Tout le monde avait été arrêté», raconte-t-elle. Plainte. Pour expliquer la rafle, les historiens préfèrent mettre l'accent sur l'importance du dispositif policier et la durée des filatures ­ près de deux mois ­ plutôt que sur l'infiltration. « Sur l'affaire Goldfarb, on a essentiellement des témoignages, explique l'historien Denis Peschanski, mais des témoignages convergents. »

Après guerre, Henri Krasucki dépose plainte (2) contre les policiers qui l'ont torturé dans le commissariat de Puteaux, mais aussi contre Lucienne Goldfarb: « La dénonciatrice qui est à l'origine non seulement de mon arrestation mais de celle de mes camarades du groupement qui m'ont aussi chargé de porter plainte en leur nom et sont morts en déportation en Allemagne. » La plainte reste sans effet. Un policier de Puteaux, Pierre Piget, celui qui avait averti les parents de Madeleine Meyer de l'imminence d'une perquisition, confirmera le rôle de Lucienne. Retrouvé par le Monde en 1985, le policier déclare qu'il ne veut pas remuer le passé. « C'est un peu spécial, je n'y tiens pas. Même pour la L.G. en question, c'est trop grave pour elle (3). »

En 1950, Simon Rayman et un camarade aperçoivent Lucienne qui arpente le trottoir près du boulevard Sébastopol. «Elle faisait le tapin rue Saint-Denis», dit Simon Rayman. Elle s'enfuit, monte dans un autobus. Ils la rattrapent, la font descendre. Bousculade. Cris. Un car de police arrive. Tout le monde est embarqué. « Arrivée au commissariat, elle a demandé qu'on appelle un numéro à la préfecture. Le commissaire a pris le téléphone, il a dit "bon ben d'accord, et il l'a relâchée. » Avec cinq autres résistants, Rayman dépose une nouvelle plainte contre Lucienne. On lui dit bientôt que la plainte est classée. En 1958, elle a acheté son premier hôtel de passe, s'installant comme tenancière et informatrice de la brigade mondaine.

Indic. Presque vingt ans vont s'écouler avant qu'elle ne fasse reparler d'elle. Ses appuis policiers sont tels qu'ils provoquent une vigoureuse enquête de l'IGS en 1975. Après tant d'années de bons et loyaux services, Mme Lucienne se vexe et se met à parler. Elle en fait même un livre en 1976: Katia la Rouquine. Elle évoque ses «aptitudes pour la quête du renseignement», sans oublier « la filoche ». « Eh bien oui, j'ai choisi la police. C'est vrai que je fus l'auxiliaire des poulet s», écrit-elle, mais sans évoquer la période de l'Occupation.

Les résistants découvrent le livre. Il conforte leur conviction sur les protections policières de Lucienne: «Le bordel était interdit en France, mais elle avait le droit d'avoir un bordel», s'indigne Simon Rayman. Madeleine Meyer téléphone aussitôt à l'éditeur, André Balland. «Comment elle est votre bonne femme?, demande Balland.

­ Quand je l'ai vue en 43, c'était une grosse rousse avec des grands yeux bleus. ­ Elle a pas changé», répond Balland. L'éditeur retire aussitôt le livre de la circulation. Madeleine Meyer téléphone aussi à Roland Dumas qui est déjà l'avocat de Mme Lucienne. On ne peut le soupçonner de complaisance: son père, résistant, a été fusillé; lui-même s'est engagé dans la Résistance. « Est-ce que vous connaissez son passé? », lui demande Madeleine Meyer. Il répond par la négative. Quand elle lui rapporte en détail l'affaire Goldfarb, Roland Dumas propose d'organiser une «confrontation» dans son bureau. Madeleine Meyer s'insurge contre cette proposition: il ne peut pas mettre sur le même plan les victimes et leur « donneuse ». Elle ne le convainc pas. Vingt ans plus tard, elle constate que Dumas n'a pas laissé tomber Lucienne (4).

(1) Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, le Sang de l'étranger, Fayard. (2) Le 16 mai 1945.

(3) Le Monde, du mardi 2 juillet 1985.

(4) Contactée par Libération, Lucienne Goldfarb nous a déclaré qu'elle n'avait « rien à dire ». « Si je suis entendue par la justice, je saurai quoi dire », a-t-elle précisé.

«Katia la Rouquine», de l'Occupation à l'affaire Elf. L'ex-tenancière de maison close, défendue par Roland Dumas, aurait dénoncé des résistants en 1943.
Libération du 06/04/1999 à 00h36

http://www.liberation.fr/societe/0101279692-katia-la-rouquine-de-l-occupation-a-l-affaire-elf-l-ex-tenanciere-de-maison-close-defendue-par-roland-dumas-aurait-denonce-des-resistants-en-1943



Un téléfilm sera tourné sur la vie de Lucienne Goldfarb, ex-tenancière devenue amie de Roland Dumas.

Cela pourrait faire du bruit. La Vénitienne, téléfilm produit par Jacques Kirsner pour Arte et dont le tournage démarrera le 16 novembre, s'inspire de la vie de Lucienne Goldfarb, dite "Katia la Rouquine".

Cette ancienne tenancière de maison close est considérée, par certains, comme une héroïne de la Résistance et, par d'autres, comme l'une des responsables de l'arrestation des 23 membres de l'Affiche rouge, exécutés en 1944.

Devenue, plus tard, une amie de Roland Dumas, elle sera citée dans l'affaire Elf. L'histoire, mélangée à celle des frégates de Taïwan par des scéna-ristes pleins d'imagination - l'écrivain Gilles Perrault et Daniel Psenny, journaliste au Monde - servira de fil rouge à ce thriller politique interprété par Thierry Frémont, en policier, Laurent Terzieff, dont le personnage s'inspire de Roland Dumas, et, dans le rôle-titre, Catherine Samie, de la Comédie-Française.

Des maisons closes à l'affaire Elf

Par CarrièreChristophe, publié le 02/11/2009 11:30

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/des-maisons-closes-a-l-affaire-elf_824675.html




La fiction “La Vénitienne” de Gilles Perrault et Daniel Psenny sera en tournage pour Arte à partir de mi-novembre 2009

“ La Vénitienne ” met en scène Thierry Frémont, Laurent Terzieff et Catherine Samie dans une histoire inspirée de la vie de Lucienne Goldfarb. Dite Katia la rouquine, cette ancienne tenancière de maison close était considérée par les uns comme une héroïne de la Résistance, par les autres comme une des responsables de l’arrestation des 23 membres de l’Affiche rouge, exécutés en 1944.

 

L'histoire : Une vieille femme est assassinée. Des inscriptions sur les murs laissent entendre qu'elle a été l'objet d'une vengeance liée au lointain passé de la guerre et de la Résistance.


L'inspecteur Masselot est sceptique. Et pour cause : son enquête, en permanence contrariée par sa hiérarchie, va le mettre sur la piste d'une affaire de vente d'armes, plus précisément de frégates. Avec des milliards de dollars à la clé.


Un policier entre le passé de la seconde guerre mondiale et l'actualité des ventes d'armes...

 

 

La Vénitienne

 

2009 - France - Policier - 1h30 Réalisation : Saara Saarela Auteurs & scénaristes : Gilles Perrault et Daniel Psenny (d'après son idée originale) avec : Thierry Frémont (Masselot), Hélène Seuzaret (Martine), Laurent Bateau (Froment), Catherine Samie (Maryvonne) et Laurent Terzieff (Lectoure)

 

Tournage du 16 novembre au 11 décembre 2009 à Paris et Région parisienne
Diffusion sur Arte

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