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2006 - Dans ce volume sont rassemblés trente-sept articles qui rendent compte d'une œuvre et d'une personnalité.
Le lecteur qui connaît J.-P. Gutton retrouvera ici l'élégance du personnage à travers l'élégance de l'œuvre. Ses préoccupations intellectuelles l'ont conduit à travailler sur cette humanité souffrante de l'ancien régime et ses thèmes de recherche conservent une grande unité, rarement aussi évidente dans un recueil d'articles. L'histoire de la société et de la culture irrigue le volume et les quatre parties ne recouvrent pas des curiosités successives, mais des chantiers constants et parallèles.
Certes J.-P. Gutton a d'abord été l'historien des pauvres et des hôpitaux. C'était prendre pour objet d'étude une part considérable de la société de jadis ! Entendre la voix des pauvres n'est pas
chose aisée et on admire la capacité à faire parler les "petits" à partir des archives hospitalières, judiciaires ou ecclésiastiques. J.-P. Gutton n'est pas un historien du religieux, pourtant
l'Eglise et les dévots dont il parle si bien sont forcément rencontrés à toutes les pages.
Il est plutôt un historien des régulations sociales. Mais ce ne sont pas tant la face répressive, le "dressage corporel", le "disciplinamento" qui l'intéressent, que la manière dont les
structures politiques et judiciaires ou l'action des notables dévots ont permis à la société des XVIe-XVIIIe siècles de durer malgré ses hésitations entre ordre et désordre. La majorité de ces
articles prennent Lyon et sa région pour illustration.
Mais en aucun cas il ne s'agit d'histoire régionaliste : c'est un ancrage régional pour une problématique toujours nationale ou européenne. J.-P. Gutton est un laboureur d'archives et ces
articles rendront service aux collègues toujours friands de textes pour leur enseignement. Il est aussi un adepte de la polyvalence, au bon sens du terme qui impose de ne jamais s'enfermer dans
une spécialité trop étroite : étudier les pauvres, c'est étudier la législation, la fiscalité, les aléas de l'économie, l'évolution de l'Eglise, des mentalités, le rôle des "officiers moyens",
etc.
Ces études révèlent tout ce qui a peu à peu construit la modernité dans l'ancienne société.
Frédéric Meyer (Préfacier)
Broché
Paru le : 01/03/2006
Éditeur : Université Jean Moulin
Collection : Chrétiens et Sociétés
Document 2010
- Au XVIIe siècle, perçus comme un danger pour l'ordre social, les mendiants sont internés dans des hôpitaux. La réalité est-elle pour autant celle du « grand renfermement » décrit par
Michel Foucault dans les années 1960 ?
En ce « sombre XVIIe siècle », qui voit se succéder mauvaises récoltes et crises de subsistances, des centaines de milliers de pauvres, en quête de nourriture, de protection ou de travail, affluent dans les villes, et notamment à Paris. Vagabonds, mendiants mais aussi paysans chassés de leur terre, soldats licenciés ou déserteurs, artisans sans travail parcourent la campagne et nourrissent la défiance des autorités et la peur des « gens de bien ». Le tout est aggravé par la surfiscalité provoquée à partir de 1635 par la guerre contre les Habsbourg de Madrid puis de Vienne. L'Église, fidèle à sa mission de charité* (cf. Jacques Le Goff, p. 60) , multiplie les oeuvres d'assistance : distribution de vivres, dons de vêtements, visites de malades, créations hospitalières... Vincent de Paul fonde à partir de 1618 les premières confréries de la charité, bientôt présentes dans toutes les paroisses. Mais, face à l'option évangélique du traitement de la pauvreté*, d'autres solutions sont envisagées. Pour beaucoup, la pression des indigents* est devenue trop forte, voire inquiétante, et la simple assistance insuffisante. En 1611 et en 1612, la régente, Marie de Médicis, ordonne l'enfermement des pauvres dans les hôpitaux* à Paris, mesure qu'elle espère voir appliquer dans les principales villes du royaume. Le règlement stipule que les hommes valides brasseraient de la bière, scieraient du bois, « battraient » du ciment, tandis que les femmes feraient des bas de laine et des boutons. En été le travail devait durer de 5 heures du matin à 7...
Par Joël Cornette
publié dans L'Histoire n° 349 -
01/2010 Acheter L'Histoire n° 349 +
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