Document 1995 - La mort volontaire a presque toujours été l'objet de la réprobation sociale.
Le Moyen Age l'assimilait au plus abominable des crimes, la considérant comme une insulte à Dieu, et réservait une macabre exécution à ceux qui se suicidaient. Au fil des siècles, la question de
la liberté de chacun sur sa propre vie a pourtant resurgi chaque fois que les valeurs traditionnelles étaient remises en cause : de Montaigne à Bacon, les humanistes vivent une première
révolution culturelle et s'interrogent prudemment sur l'interdit chrétien.
La célèbre interrogation d'Hamlet (1600) traduit le malaise lié à la naissance de la modernité. Sous l'effet des crises de la conscience européenne, le débat s'amplifie et la question est bientôt
posée publiquement. " Ce n'est pas aux gens aimables de se tuer ", affirme Voltaire, tandis que se multiplient les traités qui tentent de comprendre les causes du suicide. La Révolution
dépénalise le suicide mais sans l'approuver : le citoyen doit conserver sa vie pour la patrie.
Le XIX et le XX siècle ne se montreront guère plus ouverts, et le silence de l'État et l'Église contribueront à faire du " meurtre de soi-même " l'un des derniers sujets tabous de notre époque.
Broché
Paru le : 01/10/1995
Éditeur : Fayard
L'auteur en quelques mots en 1995 ...
Georges Minois, agrégé et docteur en histoire, docteur d'État, est membre du Centre international de recherches et d'études transdisciplinaires (CIRET).
Historien des mentalités religieuses, il a publié de nombreuses études dans ce domaine.
Document 2001 - Dans une récente enquête, l'Anglais Alexander Murray force les secrets d'un geste honni, privilégiant l'approche statistique d'un objet de scandale. Homme ou femme, riche ou pauvre, citadin ou paysan, on sait désormais qui se suicide au Moyen Age.
Au Moyen Age, le suicide était considéré comme un crime, un homicide, un acte de défiance à l'égard du Créateur. C'est le mérite de l'ouvrage de l'historien anglais Alexander Murray que de répertorier et d'étudier, dans le détail, environ 560 cas, élaborant ainsi une sorte de dictionnaire des suicidés, traqués dans les sources narratives, juridiques et religieuses(1). On pourrait trouver la démarche un peu fastidieuse si Suicide in The Middle Ages n'était annoncé comme le premier volume d'une vaste enquête : cette galerie de portraits macabres doit servir de fondement et de prélude à des analyses plus générales. Le deuxième volume traitera des réactions négatives et des condamnations face à cet acte. Un troisième tome élargira le champ d'étude aux attitudes intellectuelles et aux méditations sur le suicide. Au Moyen Age, les conséquences légales du suicide sur les familles étaient considérables : confiscations de propriété, rituels de punition publique du corps du malheureux. D'où de fréquents camouflages des circonstances du décès : en Grande-Bretagne au XIIIe siècle, William (de Lucker), retrouvant sa mère pendue, la détacha et la coucha dans son lit pour faire croire à une mort naturelle. Les proches essayaient également de prouver, pour le disculper, que le défunt avait agi sous l'emprise de la folie. Les sources narratives de l'époque se montrent donc particulièrement réticentes à rapporter ce geste. Les récits de miracles, quant à eux, évoquent les suicides ou tentatives de suicide qui valorisent le pouvoir du...
Tabou et statistiques. Les suicidés du Moyen Age
Par Nicolas Offenstadt
publié dans L'Histoire n° 241 - 03/2001 Acheter L'Histoire n° 241 +
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