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http://www.france-libre.net/images/stories/histoire/brossolette-18-juin-1943-big.pnghttp://www.decitre.fr/gi/58/9782213655758FS.gifÉric Roussel retrace le destin de ce journaliste qui se suicida pour échapper à ses bourreaux nazis. 

Étrange destinée que celle de ce hussard de la Résistance dont la vie intrépide est largement oubliée, alors que nul n'est censé ignorer celles de Jean Moulin ou de Guy Môquet. Nul doute que le devoir de mémoire s'impose concernant celui auquel Éric Roussel rend un hommage vibrant à travers une biographie qui retrace ses engagements successifs depuis les années trente jusqu'à sa mort. Proche de Léon Blum dans sa jeunesse, normalien agrégé d'histoire et journaliste passionné avant guerre, Pierre Brossolette est un idéaliste qui met un certain temps à ouvrir les yeux sur la nature belliciste de l'hitlérisme.

Politique d'ouverture 

Pacifiste, il croit que la SDN ouvre une ère nouvelle entre les nations, mais, en 1938, après le « lâche soulagement » des accords de Munich, ses yeux se dessillent. Il comprend que la guerre est là et que la France n'y est pas préparée, dirigée qu'elle est, selon ses propres dires, par des incapables et des «mollusques». Comme tant d'autres, après une attitude irréprochable en tant qu'officier, il admet l'armistice demandé par le maréchal Pétain, qu'il imagine provisoire. S'il n'a pas entendu l'appel du 18 Juin, il est sans illusions sur le régime vichyssois et rejoint, pour ainsi dire naturellement, la France libre en 1941, recruté qu'il est par le colonel Rémy, le fondateur du réseau de la confrérie Notre-Dame. Un homme auquel tout l'oppose apparemment - Rémy étant proche de l'Action française - fors l'essentiel : le sens de l'honneur et le goût du combat.

Voilà donc Brossolette engagé par un homme de droite au service d'un de Gaulle qui a plus que mauvaise presse auprès des socialistes parce qu'on le soupçonne de ne pas porter dans son cœur la République. Éric Roussel met, pour la bonne cause, celle de la véracité historique, les pieds dans le plat : si la gauche et le PCF ont revendiqué le quasi-monopole de l'héritage de la Résistance, il démontre à quel point la droite y a joué un rôle prépondérant.

Brossolette, devenu l'adjoint de Passy, le fondateur du BCRA à Londres, le service de renseignements de la France libre, s'en souviendra. S'il ne renie pas ses convictions, il ne cessera d'attirer vers lui un certain nombre de ceux qui, ayant soutenu Pétain dans un premier temps, sont mortifiés par la collaboration. Roussel consacre de nombreuses pages à ses relations avec le PSF, Parti social français du colonel de La Roque, dont il parvient à débaucher, en 1942, le numéro deux, Charles Vallin, qu'il amène chez de Gaulle. Il réitère plus tard sa politique d'ouverture auprès de Dunoyer de Segonzac, le patron de l'École des cadres d'Uriage. Et dans un discours épique prononcé le 18 juin 1943 à l'Albert Hall de Londres, il s'écrie : « Ce qu'ils étaient hier, ils ne le demandent pas l'un à l'autre. Sous la Croix de Lorraine, le socialiste d'hier ne demande pas au camarade qui tombe s'il était Croix de feu. Dans l'argile fraternelle du terroir, d'Estienne d'Orves et Péri ne demandent pas si l'un était hier royaliste et l'autre communiste. » Cette intransigeance au service de l'essentiel, Brossolette en use aussi à l'égard de De Gaulle, qu'il admire mais n'adule pas. Roussel publie une lettre superbe à laquelle de Gaulle ne répondra jamais, où il lui fait grief de son mépris des hommes. Efficace dans son action auprès des mouvements de résistance, Brossolette s'oppose par ailleurs violemment à Moulin, à qui il reproche de ressusciter la IIIe République et d'être trop conciliant avec les communistes, qu'il voue aux gémonies depuis le pacte germano-soviétique.

Déviance idéologique 

De Gaulle se méfie de son côté incontrôlable et lui demande de rester en Angleterre. Mais Brossolette repart en France, d'où il ne reviendra plus. Il sera arrêté lors d'un banal contrôle d'identité à Rennes par les Allemands. Torturé plusieurs jours durant, il n'avouera jamais être le missi dominici de la France libre avant de se jeter du quatrième étage de l'immeuble de la Gestapo, avenue Foch. Ironie de l'histoire, c'est au moment où il accède au statut de héros antique qu'il est exclu de la SFIO pour déviance idéologique ! « Autour du Général, (…) personne n'a peut-être accumulé plus de talents et de dons, plus de courage également, car avec Moulin, d'Estienne d'Orves et quelques autres, Brossolette n'a pas hésité à consentir le sacrifice suprême pour rester fidèle à ses idéaux et servir son pays», écrit Roussel qui nous convainc aisément que cet homme au courage surhumain mérite, peut-être plus que d'autres, que l'on narre sa vie dans les écoles de la République.

Pierre Brossolette : le héros oublié 

Par Paul-François Paoli

20/01/2011 | Mise à jour

http://www.lefigaro.fr/livres/2011/01/20/03005-20110120ARTFIG00518-pierre-brossolette-le-heros-oublie.php



 

http://www.ordredelaliberation.fr/images/compagnon/brossolette.jpgPierre Brossolette - Alias : Pedro - Bourgat - Paul Boutet - Philippe Baron - Paul Briant - Philippe Bernier - Brumaire - Polydor.

Pierre Brossolette est né le 25 juin 1903 à Paris, fils d'un inspecteur de l'enseignement primaire de tradition radicale.

Il fait ses études à Janson de Sailly et Louis le Grand.

Il entre à l'École normale supérieure en 1922 ; en 1925, agrégé d'Histoire, il effectue son service militaire au 5e Régiment d'infanterie à Paris comme sous-lieutenant.

Il commence une carrière de journaliste à l'Europe Nouvelle, puis au Quotidien, au Progrès Civique, à Notre Temps, à Excelsior, à Marianne, à la Terre Libre et au Populaire.

Militant socialiste, sous-chef de cabinet de François Piétri, Ministre des Colonies, il est chargé des questions de communication et de presse pendant quelques mois en 1930.

Rapidement démissionnaire, il se présente en 1936 aux élections dans l'Aube où il est battu. Léon Blum, en octobre 1936, lui confie la rubrique de politique étrangère à la Radio nationale. Anti-munichois, violemment attaqué par une partie de la presse, il est révoqué par Daladier en janvier 1939.

Mobilisé le 23 août 1939, lieutenant au 5e Régiment d'infanterie, il forme la compagnie d'accompagnement attachée au 21e Bataillon d'infanterie qui est placée en garde du Q.G. à la Ferté sous Jouarre ; il est promu capitaine en mars 1940 et décoré de la Croix de Guerre pour son attitude au cours de la retraite de son unité.

Démobilisé fin août, l'administration de Vichy refuse sa réintégration dans le corps enseignant en raison de son passé antifasciste ; il achète alors à Paris une librairie, au 89 rue de la Pompe, qui servira de couverture à ses activités de résistance. Début 1941, par l'intermédiaire d'Agnès Humbert, il entre au réseau du Musée de l'Homme et collabore au journal Résistance, dont il devient le rédacteur en chef.

Après le démantèlement du réseau du Musée de l'Homme, Pierre Brossolette est ensuite intégré, en novembre 1941, au réseau du colonel Rémy, la "Confrérie Notre-Dame", pour lequel il devient bientôt le chef de la section presse et propagande. Il prend alors le nom de "Pedro" et signe son engagement aux Forces Françaises Libres le 1er décembre 1941.

Il rédige une série de rapports destinés à informer les services français de la radio de Londres. Il prend également des contacts avec les mouvements Libération-Nord et l' Organisation civile et militaire (OCM).

Le 27 avril 1942, il effectue son premier départ pour Londres, par avion Lysander, du terrain de Saint-Saëns, près de Rouen. En Angleterre, il rédige plusieurs rapports pour le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) et rencontre à plusieurs reprises le général de Gaulle. Promu chef de bataillon avec le grade de chargé de mission de 2e classe, il est parachuté au-dessus de Chalon-sur-Saône, le 4 juin. Arrivé à Paris le 7, Brossolette établit des contacts politiques importants. Il permet l'évasion de France d'André Philip et persuade Charles Vallin de rejoindre l'Angleterre. Les deux hommes, via Gibraltar, gagnent la Grande-Bretagne le 14 septembre 1942.

Le 22 septembre, il évoque sur les ondes de la BBC, le rôle des sans-grade de la Résistance, des "soutiers de la gloire". Affecté au BCRA, il devient l'adjoint du colonel Passy et le 1er octobre 1942, prend la tête de la section opératoire, service chargé de faire le lien entre les résistances extérieure et intérieure A ce titre, il accueille et discute à Londres avec les principaux chefs des mouvements de résistance des deux zones. Le 17 octobre 1942, le général de Gaulle lui décerne la Croix de la Libération avant de le nommer membre du Conseil de l'Ordre de la Libération.

Le 12 décembre 1942, le général de Gaulle signe l'ordre de mission "Brumaire" de Pierre Brossolette sous le nom de Philippe Bernier et le nomme chef de mission de 1ère classe. Il atterrit en France dans la nuit du 26 au 27 janvier 1943 pour accomplir la mission "Brumaire-Arquebuse" en coopération avec le colonel Passy (BCRA) et Yeo Thomas (SOE), parachutés un mois plus tard. Cette mission a pour but, en zone nord, de séparer le renseignement de l'action militaire, de procéder à l'inventaire de toutes les forces et de rechercher les cadres d'une administration provisoire pour la Libération. Brossolette établit de nouveaux contacts avec des responsables de la Résistance (Jean Gosset, Jean Cavaillès, le colonel Touny, Pierre Villon…)

Pierre Brossolette et le colonel Passy sont de retour à Londres le 16 avril 1943 et présentent leur rapport de la mission "Brumaire-Arquebuse". A Londres, Brossolette remplace à 38 reprises Maurice Schumann au micro de la BBC, entre le 29 mai et le 27 juillet 1943, pour y lire ses chroniques de combat et d'espoir rendant hommage aux mouvements de résistance et à la France combattante.

Brossolette, le 13 août 1943, part pour Alger où il parvient le 24 ; il y rencontre le général de Gaulle avant de revenir en Grande-Bretagne, le 3 septembre, avec l'autorisation de repartir pour la France.

Il effectue son dernier départ pour la France le 19 septembre ; déposé par une opération Lysander près d'Angoulême, il sert de conseiller à Emile Bollaert, nouveau Délégué général du CFLN pour la Résistance.

En novembre 1943, il reçoit l'ordre de revenir à Londres. L'opération Lysander ayant échoué, une nouvelle opération est mise en place, consistant en une évacuation par voie maritime, à partir de la Bretagne. Le 2 février 1944, au soir, Pierre Brossolette et Emile Bollaert, embarquent sur un bateau de pêche, le Jouet des flots, mais celui-ci s'échoue à l'entrée de la Baie d'Audierne, en raison du mauvais temps.

Réfugiés à Plogoff, chez un résistant local, ils sont arrêtés tous les deux à Audierne, le lendemain, lors d'un contrôle de routine. Pierre Brossolette est transféré à la prison de Rennes le 5 février, et écroué sous le nom de Boutet avec Emile Bollaert. Le 16 mars, les deux prisonniers sont interrogés et apprennent que l'identité de Brossolette a été révélée aux Allemands. Interrogés par la Gestapo à Rennes le 19 mars, les deux hommes sont conduits à Paris le soir même, au 84 avenue Foch, siège de la Gestapo.

Torturé, Brossolette ne parle pas. Transféré à Fresnes puis à nouveau avenue Foch, il profite, le 22 mars 1944 d'un moment d'inattention d'un de ses gardiens pour se jeter par la fenêtre du 5e étage ; très grièvement blessé, il meurt le soir, vers 22 heures, à l'Hôpital de la Pitié. Le 24 mars, son corps est incinéré au Père Lachaise.


• Chevalier de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 17 octobre 1942
• Croix de Guerre 39/45 (2 citations)
• Médaille de la Résistance avec rosette

 

Dernière mise à jour : le 9 décembre 2010 sur le site de l'Ordre de la Libération

http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/156.html



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