Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

http://www.decitre.fr/gi/99/9782756401799FS.gifDocument 2009 - A l'origine, apparaît un brillant commissaire du contre-espionnage français aux méthodes expéditives dans sa guerre contre les agents allemands et leurs auxiliaires français.


Blémant est aussi un policier courageux et habile qui n'hésite pas à utiliser de dangereux voyous lorsque la situation l'exige. Révoqué en 1942 par René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, et condamné à mort par la Gestapo, il doit fuir en Afrique du Nord lorsque les Allemands occupent la zone libre. Il revient en France avec les troupes du débarquement de Provence en août 1944 et reprend ses fonctions à la Direction de la Surveillance du Territoire.


Mais ses manières, ses fréquentations douteuses, son franc-parler agacent. Alors, il donne sa démission et bascule dans le monde de la nuit, prenant des parts dans des cabarets, des maisons closes, des cercles de jeux. Tout en continuant à travailler épisodiquement pour le SDECE et la Sécurité militaire. Il est abattu un soir de mai 1965, sur une route de Provence, victime d'un "contrat" lancé par Antoine Guérini, le parrain marseillais auquel il commençait à faire de l'ombre.


La mort de Blémant provoquera la chute de cette grande famille de la pègre. C'est dans un univers de série noire, de Paris à Marseille, que nous entraîne ce livre. De la guerre des espions à la guerre du milieu. Occupation, libération, épuration, banditisme... Des informations provenant d'archives inédites et de témoignages précieux. Mieux qu'un roman, une histoire vraie.

Un flic chez les voyous - Le commissaire Blémant

Jean-Pax Mefret

Broché

Paru le : 22/04/2009

Éditeur : Pygmalion

 

 

L'auteur en quelques mots en 2009 ...

 

Journaliste depuis 1970, Jean-Pax Méfret est un spécialiste des grandes enquêtes politico-criminelles.


Il a été grand reporter puis rédacteur en chef au Figaro Magazine dont il a dirigé les grands dossiers. Il a publié chez Pygmalion: Une sale affaire, Jusqu'au bout de l'Algérie française et 1962 : L'Eté du malheur.

 

 

 

Un flic chez les voyous nous accompagne dans la longue dérive d’une personne de tempérament, Robert Blémant. Elle commence à son entrée dans la police nationale, en 1931, comme «inspecteur provisoire» à Reims, elle se poursuit avec ses actions d’éclat dans le service du contre-espionnage, à Paris, avant puis pendant la guerre, et s’achève dans le banditisme, en 1965, à Marseille. Sur une photographie, il a de beaux yeux ombrés, qui lui font un regard levantin (il est né à Lille, mais il a séjourné six mois en Syrie, avec son régiment de Spahi), une physionomie ardente, dénuée de toute bonhomie malgré des joues pleines, des épaules puissantes, un je-ne-sais-quoi de pressé, de brutal. C’est une «présence», avec une aura saturée d’hormones mâles : un mec à l’ancienne. On le sent gouverné par un principe impérieux : il doit combattre, maîtriser, dominer. Robert l’élégant voulait être affranchi ou n’être pas. De policier d’élite, il devint voyou supérieur – rien de commun avec la racaille, les psychopathes et les analphabètes à front de bœuf qui peuplent la pègre. Le musculeux Blémant, jeune policier « pratiquant la boxe et l’équitation, gradué en Droit de la faculté de Lille, [parlant] l’idiome nord-africain », incarne la séduction qu’exerce le monde interdit sur certains représentants de l’ordre républicain. Il prend, à la fréquentation des pégriots et autres rusés du Milieu, un vrai plaisir et des manières : la mise impeccable, le chapeau sur l’œil, les amitiés viriles.

Patriote sincère sous l’Occupation, à la DST, il débusque les agents double, et court tous les risques. Résistant de l’intérieur, condamné à mort par la Gestapo, il doit fuir.


L’auteur suit toutes les traces laissées par son « héros » fascinant à Lille, Paris, Marseille, en Afrique du nord. Il est à ses côtés dans ses traques et dans ses planques, il est avec lui lorsqu’il interroge sans ménagement les ennemis de la France. Il le voit glisser imperceptiblement vers la zone du risque, y pénétrer, revenir de ses premiers périples chez les «durs», s’imprégner des mœurs et des codes de ses futurs alliés. Il le sent prêt à basculer de l’autre côté du mur, où l’attend un second destin, celui-ci fondé sur ses contradictions, ses espoirs déçus et ses tentations. Blémant a fait depuis toujours le choix de la vie dangereuse, il goûte la rivalité, le péril. Il a vaincu les Allemands, il veut encore survivre aux truands, les humilier sur leur propre terrain. Il les défie, il continue à les combattre. Mais il est devenu l’un d’entre eux, le meilleur de tous.

Quel défilé d’employés du crépuscule que ce livre ! Stipendiés de l’Abwehr, faufilés des barrières, marlous, maquereaux en costume rayé et chaussures bicolores, blafards des ruelles sombres, silhouettes imprécises au service des uns et des autres, dans la grande confusion des genres et des personnels. Voici Henri Lafont, qui « roule dans Paris en Bentley blanche ». Il loge, avec sa bande, au 93, rue Lauriston : tous parfumés de crapulerie ! Et voici les séides de Robert Blémant, grâce auxquels le jeune commissaire espère infiltrer les « lauristoniens » : Alsfasser, par exemple, a cambriolé en compagnie de Charles Cazauba, dit Charlot le Fébrile ou le Manchot, recrutés par M. Henri. Ou encore Albert Pin « en relation d’affaires avec Robert Gourari et le recycleur de cadavres Jean Bartel, alias Jean le Chauve, premiers couteaux » de Lafont. Ou ce Raggio, qui fut si proche de Carbone, lié à Émile Buisson et à Albert Danos « flingueurs patentés, qui hésitent encore entre la Résistance et la collaboration ».


Blémant assume tout : les recrues douteuses, les bavures, les éliminations : on ne lutte pas contre les espions nazis avec des enfants de chœur !

On croise également des hommes honorables, tel Roger Wibot, patron de la DST très active dans les premiers moments de la Libération ; des politiciens ambitieux, comme Gaston Deferre, vigoureux conquérant de la mairie de Marseille, la ville où Robert Blémant, « commissaire de police de 1re classe, 1er échelon, est nommé chef de la Brigade de surveillance du territoire », le 13 décembre 1944. Gaston devient maire en 1953.

Marseille ! La ville, aux mains de la pègre, règle les comptes des années terribles. Au-dessus du lot de l’ordinaire voyoucratie, deux frêres : Antoine et Barhélémy, dit Mémé, Guérini. Ils ont toujours été proches du Parti socialiste. Pendant la guerre, Mémé s’est engagé auprès des résistants, alors qu’Antoine semblait plus effacé. Mais enfin, sur le Vieux Port, leur réputation n’a rien à craindre de l’épuration. Les Guérini sont d’habiles hommes d’affaires. Ils achètent des bars, des clubs, les rénovent, en font des lieux chics peuplés de jolies filles peu farouches.

Pour le commissaire Blémant, c’est le début du grand virage. Le 5 avril 1949, il remet sa démission des cadres de la Sûreté nationale. Patron du cabaret « Le drap d’or », à Paris, il y accueille des membres éminents de la grande truanderie à qui il fournit éventuellement des alibis. Il lui arrive aussi d’effectuer des missions pour le SDECE et la Sécurité militaire, comme à Tanger où l’appellent ses propres affaires. En 1956, il est enfin décoré de la Légion d’honneur au titre de la Résistance, à laquelle s’ajoutent trois croix de guerre. Roger Wibot, qui le retrouve après douze années, lui ouvre les bras : « J’aime, je l’avoue, ces montreurs d’ombre, ces âmes de clair-obscur. »

Mais Antoine Guérini veut éliminer ce rival insolent. Un contrat est lancé sur sa tête. Il n’en a cure : « Il sait […] que la mort d’un homme est inéluctable lorsqu’elle a été décidée par des gens sérieux. » En effet : deux rafales de pistolet-mitrailleur Mat 49 l’expédient ad patres le 5 mais 1965, alors qu’il conduit sa Mercedes toute neuve, près de Marseille. Mémé Guérini avait prédit une « catastrophe » à ceux qui tueraient « le commissaire ». Elle vint rapidement. Les tueurs de Blémant furent systématiquement éliminés, Antoine périt assassiné dans son automobile « bleu-nuit, ornée à ses initiale ». Peu après, Mémé était arrêté, condamné à vingt ans de prison pour la mort du petit malfrat qui avait eu l’impudence de cambrioler la maison de son frère le jour de ses obsèques…

Ainsi s’achève l’itinéraire d’un enfant de France, flic et voyou, un homme parmi les autres, qui exigea de la vie plus que sa part d’apparences, et finit par traverser le miroir où se reflétait un petit César républicain.

http://www.causeur.fr/flic-et-voyou,2860

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :