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Portrait du jour - Avec Valérie Allam "Il n’y a pas de printemps sans de jolis petits papillons qui volent de fleur en fleur"

Dessin baroque avec le glaive, provient du site d’images gratuites « Pixabay",

image modifiée par 

 

NOUVEAU portrait du jour : Valérie Allam

Culture et justice développe la rubrique Portrait du jour, ouvre ses pages aux fidèles lecteurs de la page et reçoit avec infiniment de plaisir Valérie Allam.

Bienvenue Valérie sur le très discret et prisé Culture et justice

L'interwiew est réalisée par notre amie Sandrine Cohen.

 

 

"Il n’y a pas de printemps sans de jolis petits papillons qui volent de fleur en fleur. D’ailleurs, si on y fait bien attention, on peut en voir en d’autres saisons. Laissons nous donc guider sur Culture et justice avec Valérie Allam, jeune romancière aussi jolie que talentueuse." PH.P.

 

"Chère Valérie,

J’ai lu ton livre Quatre morts et un papillon, magnifique roman noir d’une grande délicatesse.

Peux-tu me raconter en quelques mots qui tu es, et si tu as écrit d’autres romans ou nouvelles ou autre ?

Bonjour Sandrine !  « Qui je suis » est une vaste question ! Entre mille autres choses, je suis auteure et Quatre morts et un papillon est mon premier roman pour les adultes, il est paru en 2018 aux éditions du Caïman. Mais auparavant, j’avais déjà écrit un album et 2 petits romans en littérature jeunesse, et de nombreuses nouvelles publiées ici ou là en recueils collectifs et aussi (et surtout) de façon individuelle chez Ska (un titre, une nouvelle), au format numérique. Je revendique vraiment d’être nouvelliste. L’écriture de nouvelles est une école d’exigence et de précision.

Comment es-tu venue à l’écriture ?

J’écris depuis l’enfance : premier petit polar à 8 – 9 ans. Je ne me souviens plus comment ou pourquoi je me suis mise à écrire. Je pense que j’étais déjà beaucoup dans les nuages avec des histoires plein la tête, l’écriture était pour moi la façon la plus facile à cet âge de les faire exister. L’idée de me faire publier est venue tardivement et d’abord par les nouvelles. Mon album jeunesse (Saudade di mar, éditions Grandir, 2012) était d’ailleurs une nouvelle à destination des adultes initialement et je l’ai adaptée à la demande de l’éditeur.

Comment choisis tu tes thèmes ? Comment t’es venue l’idée de Quatre morts et un papillon ?

Je ne choisis pas mes thèmes, ce sont les thèmes qui me choisissent ! Je ne décide jamais d’écrire ou de mettre en avant tel ou tel sujet. Ce sont d’abord des images qui me viennent, de personnages ou de situations, et l’histoire se met en place doucement à partir de là.

Quatre morts et un papillon est l’histoire de quatre femmes qui ne se connaissent pas, ne se ressemblent pas. Chacune à sa manière est placée devant un choix à faire, souvent à cause d’un évènement particulier. Leurs trajectoires se croisent, ce qui aura un impact sur l’existence de chacune.

C’est un roman polyphonique : le lecteur le découvre par le regard de chacune de ces quatre femmes et en recompose la globalité.

Au-delà du thème, ce qui a été très important pour moi, c’est la nuance de chaque protagoniste. Aucun n’est entièrement mauvais. Je voulais montrer l’humanité qu’on peut trouver, même chez un violeur par exemple. Et aucun n’est entièrement bon non plus, mais ça, je laisse au lecteur le soin de le découvrir !

Pourquoi ce titre, superbe et mystérieux ?

Ce titre reprend des éléments de l’histoire évidemment. Et il y a dedans, je pense, ce décalage avec la réalité qu’on peut trouver dans mes écrits et qui donne peut-être un mélange étrange puisqu’ils sont paradoxalement aussi très ancrés dans le réel. Et le papillon, présent aussi dans le récit, apporte une touche de poésie. Je suis attachée à la poésie du quotidien, donc ça me va bien.

De ce que j’ai lu de toi, ton écriture me parait très travaillée, stylisée, comment écris-tu ?

Environ 90 % de mon travail d’écriture se fait dans ma tête. Quand je passe au clavier, le boulot est déjà fait ou presque. Ces 90% correspondent à l’avancée du récit bien sûr mais aussi à l’élaboration de la structure : il ne s’agit pas tant de savoir quoi raconter, mais plutôt de quelle façon. Je travaille donc beaucoup la structure et le style. En fait, j’écris souvent des histoires non linéaires ou avec plusieurs trames narratives. Il s’agit d’opérer une progression millimétrée de chacune de ces trames de façon qu’elles se croisent exactement au bon moment. Le bon moment, c’est à la fois le bon niveau de conscience du lecteur (ce qu’il sait, ce qu’il peut imaginer à cet instant de sa lecture) et la situation propice pour chaque personnage impliqué.

Quand j’écris, j’ai tout dans la tête. Je ne fais pas de plan, ne prends pas de notes. Mais quand je passe au clavier, je connais au moins la fin pour les principaux protagonistes. Je choisis de ne pas faire de plan pour me laisser le plaisir de découvrir en cours d’écriture le chemin par lequel je vais parvenir à cette fin. Parce que le plaisir d’écrire est fondamental pour moi, j’ai la conviction qu’il se transmet au lecteur. Mais pour être honnête, ne pas savoir de quelle façon parvenir du point A au point B peut aussi occasionner un peu de stress !

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Un auteur est avant tout un individu plongé comme tout le monde dans la société dans laquelle il vit. Je lis, je m’informe, et j’imagine que cela nourrit mes « rêveries ». J’écoute beaucoup de musique classique aussi… et les images arrivent. C’est un processus fait de sensations visuelles, auditives et émotionnelles.

As-tu des rituels ou des manies et si oui, lesquels ?

Pour revenir le plus souvent et le plus rapidement possible à l’écriture mentale de mes histoires, j’écoute de la musique classique. Certains morceaux me renvoient directement à mes personnages. Ҫa me permet, même si je ne peux pas physiquement écrire, parce que je suis en voiture par exemple, de continuer à tricoter mes trames narratives. En dehors de ça, non, aucun rituel. J’ai une grande faculté de concentration. Quand je passe au clavier, je peux me concentrer rapidement, même pour 5 minutes d’écriture, et toute la famille peut vivre sa vie autour de moi, ça ne me dérange pas. En ce moment précis par exemple, j’écris dans le train avec un voisin qui se dispute avec sa femme au téléphone et en fait profiter tout le wagon !

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut écrire ?

Je lui conseillerais avant tout d’écrire ce qu’il aimerait lire, je pense. De se défaire des questionnements du type « est-ce que je serais publié(é) ? », « dans quel genre littéraire dois-je m’inscrire pour avoir une meilleure chance de publier ou d’être lu ? ». Encore une fois, le plaisir d’écrire se ressent à la lecture. Je dis souvent que c’est comme lorsqu’on sourit au téléphone : le sourire s’entend à l’autre bout du fil. Et puis, écrire un roman est un long travail, si le plaisir n’est pas là, on a toutes les chances de ne pas arriver au bout. Enfin je pense aussi qu’on écrit mieux, en termes de qualité, ce qu’on aime écrire, donc rien ne sert d’enfiler une étiquette qui n’est pas la sienne. Je crois que si j’écrivais de la romance par exemple, j’ennuierais profondément mes lecteurs (parce que l’ennui aussi s’entend au bout du fil !).

Quatre morts et un papillon est un roman que je qualifierais de social, quelle importance a le monde pour toi dans ton écriture ?

J’habite ce monde, je ne peux m’y soustraire. Même si je l’interprète d’une certaine façon, avec comme je l’ai dit, un peu de poésie et de petits arrangements avec le réel. Dans mes histoires, on retrouve le monde extérieur et le monde intérieur de mes personnages. De là vient souvent le décalage dont je parle plus haut. Mais le monde extérieur est la donnée fondamentale dans laquelle se situe l’histoire.

Je suis très curieuse du monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain, et de cultures différentes de la mienne. Je lis beaucoup. Il m’arrive de faire plusieurs mois de documentation, juste pour écrire une nouvelle. C’était le cas pour ma nouvelle L’appel (éd. du caïman, coll. Dora Suarez) dont le contexte est le conflit syrien et pour celle qui va paraître en mars – avril dans la même collection et dont l’histoire se situe au Japon. Il m’arrive aussi, parfois, de tisser des histoires entre le passé et le présent, c’est une autre façon de voyager.

Qu'écris-tu en ce moment ?

Je participe au projet collectif de littérature populaire N, initié et coordonné par Jérémy Bouquin (je le remercie infiniment d’avoir pensé à moi). C’est une nouvelle de 5000 mots, en cours d’écriture.

Je travaille (toujours) sur la fin de mon prochain roman, qui m’a emmenée plus loin que je l’avais prévu. Voilà tout le charme (et le stress) de ne pas faire de plan !

Et j’ai commencé à poser quelques pages du roman d’après. Surtout pour tenter d’évacuer les images qui m’encombraient et interféraient avec le roman en cours. A vrai dire, ça ne marche pas très bien. Il y a toujours un morceau de musique pour m’y ramener malgré moi.

Connais tu le thème de ton prochain roman ? Peux-tu nous en parler ?

C’est un peu compliqué de répondre avec précision. Pour Quatre morts et un papillon, il m’a fallu quelques temps après sa sortie pour prendre le recul suffisant et en parler à peu près correctement.

Ce que je peux en dire facilement, c’est que cette fois-ci les hommes sont au premier plan, les femmes davantage en retrait. C’était l’inverse dans Quatre morts et un papillon. Je n’ai pourtant pas la volonté de cliver les populations (les hommes d’un côté, les femmes de l’autre), vraiment pas du tout. Les uns et les autres se partagent le même monde, même s’ils ne l’appréhendent pas toujours de la même façon. Et là il se trouve que je raconte cette histoire du point de vue masculin. C’est (encore) un roman noir, un des lecteurs avec lesquels je travaille me dit qu’il est même plus noir que le précédent… je ne sais pas vraiment. En fait, ce n’est pas un « travail » à proprement parler que je fais avec ces lecteurs. C’est surtout que je suis toujours pleine de doutes. Avoir des lecteurs, c’est une façon de me rassurer : s’ils ont hâte de découvrir la suite, c’est que ça fonctionne. Même si au fond, je les aime bien mes doutes, ils me permettent d’avancer et (d’essayer) de progresser.

Ce prochain roman devrait paraître fin 2021… et donc je suis (très) en retard !

Merci Sandrine pour cette interview ! 

 

 

Culture et justice rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice. Histoires, romans, portraits du jour, salon de livres... 

Page indépendante sans but lucratif administrée par Philippe Poisson et Camille Lazare, membres de l'association Criminocorpus.

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A propos du site : Criminocorpus propose le premier musée nativement numérique dédié à l’histoire de la justice, des crimes et des peines. Ce musée produit ou accueille des expositions thématiques et des visites de lieux de justice. Ses collections rassemblent une sélection de documents et d’objets constituant des sources particulièrement rares ou peu accessibles pour l’histoire de la justice.

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Tag(s) : #Coup de coeur du jour, #portrait du jour criminocorpus
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