Overblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L’histoire et la genèse de l’introduction des instituteurs dans les prisons françaises retracent le passage progressif d’une logique purement punitive et religieuse à une logique d’éducation, de réinsertion et de partenariat institutionnel entre les ministères de la Justice et de l’Éducation nationale. [1, 2, 3]


1. La genèse (XIXe siècle) : Des initiatives timides et morales

Sous l’Ancien Régime, la prison n'a aucune vocation éducative. Au début du XIXe siècle, les prémices d'une réflexion sur l'instruction des détenus émergent, influencées par des réformateurs comme Charles Lucas (inspecteur général des prisons), qui affirme dès 1838 que « la question de l'emprisonnement est une question d'éducation ». [1, 2]

  • Le ciblage des mineurs : L’instruction pénitentiaire se concentre d'abord de manière anecdotique sur les mineurs pour éviter la promiscuité des « écoles du vice ». [1, 2]

  • Les premiers acteurs : L'enseignement moral et rudimentaire est alors dispensé par des aumôniers, des congrégations religieuses, et de façon très marginale par de rares instituteurs laïques ou des surveillants. [1, 2]

  • L’utopie des « prisons-écoles » : À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des structures spécifiques pour jeunes condamnés tentent de lier apprentissage professionnel et scolarité primaire, bien que leur application se heurte durement aux contraintes disciplinaires. [1, 2]

2. Le tournant de la Modernisation (1945 - 1964) : Le bénévolat institutionnalisé

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la réforme pénitentiaire impulsée par Paul Amor ambitionne de transformer radicalement le système. L’amendement du détenu devient un objectif clé. [1, 2]

  • L'entrée dans la loi (1951) : C’est en 1951 que l’enseignement fait officiellement son entrée dans le Code de procédure pénale.

  • Les instituteurs bénévoles : Les premiers instituteurs publics entrent dans les structures carcérales (notamment à la maison centrale de Caen), mais ils interviennent encore de manière bénévole en plus de leur service ordinaire. [1, 2]

3. La professionnalisation et la mise à disposition (1964 - 1995)

Le besoin d'une structure éducative pérenne pousse l'État à professionnaliser la démarche.

  • La rentrée 1964 : L’Éducation nationale franchit un cap en mettant officiellement à disposition treize instituteurs du premier degré à plein temps auprès de l'Administration pénitentiaire. [1, 2]

  • L'extension du réseau (années 1970-1980) : Le dispositif se déploie massivement. À la rentrée 1966, on compte déjà 157 instituteurs (souvent à temps partiel). En 1974, ils sont plus de 108 à plein temps. [1]

  • La formation spécifique (1982) : Constatant que les instituteurs sont projetés sans préparation dans l'univers carcéral, les premiers stages obligatoires de formation à l'enseignement en milieu clos sont créés en co-organisation avec l'École nationale d'administration pénitentiaire (ENAP). [1]

4. L'institutionnalisation moderne : La convention de 1995

L'année 1995 marque la maturité de ce système avec la signature de la première convention officielle entre le ministère de la Justice et le ministère de l'Éducation nationale. [1]

  • Elle fixe le cadre d’un véritable service public de l'enseignement en prison.

  • Elle crée les UPR (Unités Pédagogiques Régionales) et formalise le rôle des RLE (Responsables Locaux de l’Enseignement), qui sont des professeurs des écoles chargés de coordonner la scolarité au sein de chaque établissement. [1, 2, 3]

Voici une sélection bibliographique et des notices thématiques centrées sur l'introduction, la genèse et l'évolution historique des instituteurs et de l'enseignement au sein des prisons françaises.


I. Thèses de doctorat et ouvrages de synthèse (Histoire et Droit)

  • LEPETZ Roger, L'enseignement dans les prisons françaises au XIXème siècle : réformer, amender, instruire, éduquer, former ?, Thèse de doctorat en Histoire du droit et des institutions, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2020 [1.3.1].

    • Notice : Cette recherche universitaire explore de façon exhaustive les racines du XIXe siècle, période charnière où l'instruction des détenus oscille entre volonté de moralisation religieuse et premières tentatives de formation technique. Elle détaille l’émergence difficile de la figure de l’éducateur face à l’administration pénitentiaire [1.3.1].

  • FEBRER Jean-Luc, Enseigner en prison. École de la deuxième chance ou prison de la deuxième école ?, Thèse de doctorat en Sciences de l'éducation, 2011 [1.2.5].

    • Notice : Une étude historique et sociologique majeure écrite par un "praticien-chercheur" [1.2.5]. L'auteur y synthétise magistralement l'évolution de la place des instituteurs en France, démontrant comment un cadre carcéral hyper-contraint peut paradoxalement redéfinir la liberté pédagogique de l'enseignant [1.2.5].

  • CARLIER Christian, Histoire du personnel des prisons françaises, du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, L'Harmattan, 1997 [1.2.4].

    • Notice : Bien que centré sur l'ensemble des acteurs carcéraux (gardiens, directeurs, surveillants), cet ouvrage de référence est indispensable pour comprendre l'environnement professionnel dans lequel les premiers instituteurs laïques ont été introduits, ainsi que les tensions historiques entre la fonction de garde et la fonction d'éducation [1.2.4].

II. Articles scientifiques et revues de littérature

  • VIGGIANI G., L'Éducation en prison : revue de littérature francophone, Institut de l'UNESCO pour l'apprentissage tout au long de la vie, 2020 [1.1.3, 1.2.5].

    • Notice : Ce document propose un excellent panorama des écrits traitant de l'histoire de l'école entre les murs [1.1.3, 1.2.5]. Il revient notamment sur la mise en œuvre de la loi Guizot (1833) qui a favorisé le recrutement très marginal des premiers instituteurs primaires pour participer à la "moralisation" des détenus [1.1.3].

  • CHAUVENET Antoinette, Une approche socio-historique de l'enseignement en prison, La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation, n° 59, 2012 [1.2.1].

    • Notice : Cet article analyse la difficile articulation historique entre le travail pénitentiaire (la prison-manufacture du XIXe siècle) et l'accès à l'instruction [1.2.1]. Il met en lumière les freins économiques et idéologiques qui ont ralenti la légitimation des instituteurs dans les structures de détention.

  • BLANC Alain, La pénitentiarisation de l'enseignement en prison, Paris, L'Harmattan, 2006 [1.2.5].

    • Notice : Un ouvrage pionnier et critique qui met en garde contre l'alignement des logiques de l'Éducation nationale sur les impératifs sécuritaires de la prison, offrant un contrepoint analytique intéressant aux travaux de Febrer [1.2.5].

III. Ressources institutionnelles et historiques en ligne

  • Plateforme Criminocorpus (Musée d'histoire de la justice, des crimes et des peines) [1.1.1]

    • Notice : Ce portail scientifique contient une multitude d'articles en accès libre sur l'évolution de l'administration pénitentiaire française, notamment la transition post-Seconde Guerre mondiale (Réforme Amor de 1946) qui a mené à l'officialisation de l'enseignement dans le code de procédure pénale en 1951 [1.1.1, 1.2.3].

  • Les Presses de l'ÉCOLE NATIONALE D'ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE (ENAP) [1.2.2]

    • Notice : L'Enap édite régulièrement des monographies et des recueils historiques (comme Histoire de la formation des personnels pénitentiaires) qui croisent la route de l’histoire des structures d'enseignement et des stages de formation conjoints Justice-Éducation nationale mis en place à partir de 1982 [1.3.2].

Tag(s) : #Prisons anciennes, #Prisons actuelles - Évasions
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :