/image%2F0535626%2F20261019%2Fob_35528a_images-72.jpg)
L’épisode des femmes tondues en Dordogne s’inscrit dans le phénomène national de l’Épuration à la Libération (1944-1945), mais il prend dans ce département du Périgord — terre de maquis puissants et d'affrontements violents — une résonance particulièrement intense et durable. [1, 2]
Voici la notice historique et la bibliographie relatives à cette facette de l'histoire de la Dordogne.
📝 Notice historique : L'épuration de genre en Dordogne
1. Un rituel de punition mis en scène
En Dordogne, les villes de Périgueux, Bergerac et Sarlat ont été le théâtre de tontes publiques dès la libération du territoire à l'été 1944. Si l'historiographie a longtemps qualifié ces événements de « débordements populaires spontanés », les recherches récentes démontrent que ces châtiments étaient souvent réfléchis, planifiés et mis en scène par les structures locales de la Résistance pour canaliser la colère de la foule. [1]
-
Le profil des victimes : Les femmes visées étaient principalement accusées de « collaboration horizontale » (relations sentimentales ou sexuelles avec l'occupant allemand), mais aussi de délation ou de services rendus à l'ennemi. [1, 2]
-
La symbolique de la tonte : Conduites sur les places publiques — comme sur les marches du Palais de Justice de Périgueux —, les femmes étaient tondues, parfois déshabillées, couvertes d'insultes et exhibées à travers les rues. Ce rituel d'expiation visait à purifier la communauté en marquant le corps de celles considérées comme des traîtresses, réaffirmant par là même un pouvoir masculin ébranlé par les années d'Occupation. [1, 2, 3, 4]
2. Le camp de Mauzac : L'épuration légale au féminin (1947-1951)
La spécificité de la Dordogne réside également dans l'après-coup de cette épuration. Une fois la phase des violences de rue passée, le département est devenu un pôle central de l'incarcération des femmes condamnées pour collaboration. [1]
-
L'arrivée des condamnées : Le 22 octobre 1947, un convoi de 325 femmes (en provenance du camp de Rouillé dans la Vienne) arrive au centre pénitentiaire de Mauzac, en Dordogne. [1]
-
L'épicentre de la détention féminine : Jusqu'au 15 février 1951, 946 femmes accusées ou condamnées pour faits de collaboration ont été incarcérées à Mauzac, avec un pic de population de 547 détenues en février 1948. Ce lieu a centralisé les prisonnières politiques de toute la France suite à la fermeture d'autres structures nationales. [1]
📚 Bibliographie sélective
1. Études spécifiques sur la Dordogne et le Sud-Ouest
-
Lagrange, Jacques. 1944 en Dordogne, Périgueux, Éditions Pilote 24, 1992-1993 (3 volumes).
(Cet ouvrage chronologique massif analyse en détail les dynamiques de la Libération dans le Périgord et consacre d'importants passages aux violences commises contre les femmes accusées de collaboration). -
Lachaise, Bernard. « L'épuration en Dordogne », Annales du Midi, tome 104, n°199-200, 1992, p. 391-403.
(Une étude scientifique rigoureuse dressant le bilan statistique et sociologique de l'épuration sauvage et légale dans le département). -
Gueslin, Jean-Charles. « Regard sur l'Épuration et les femmes tondues en Dordogne », Prisons-Cherche-Midi-Mauzac, dossier de recherche, 2010.
(Analyse centrée sur le Rituel populaire de la tonte en Dordogne et le transfert des condamnées vers les camps périgourdins). [1, 2, 3]
2. Ouvrages de référence généraux (Indispensables pour le contexte)
-
Virgili, Fabrice. La France « tondues » : 1944-1946, Paris, Éditions Payot, 2000 (réédité en 2014).
(Le livre fondateur sur le sujet. Bien que national, il s'appuie sur de nombreuses archives du Sud-Ouest pour décrypter les mécanismes sexuels et politiques des tontes). -
Brossat, Alain. Les Tondues, un carnaval noir, Paris, Éditions Le Seuil, 1992.
(Une approche anthropologique et mémorielle de l'humiliation des femmes à la Libération).
/image%2F0535626%2F20261019%2Fob_d94d13_jacky.jpg)
L'historien et chercheur Jacky Tronel, spécialiste reconnu de l'histoire pénitentiaire et militaire du Sud-Ouest, a profondément renouvelé l'historiographie de la Libération en Dordogne. À travers ses travaux au sein de la revue Arkheia et de son pôle de recherche sur le Camp de Mauzac, il apporte un éclairage nuancé et documenté sur le phénomène des femmes tondues et l'épuration au féminin. [1, 2]
Son analyse s'articule autour de plusieurs axes fondamentaux :
1. La nécessité d'une contextualisation rigoureuse
Jacky Tronel insiste sur le fait qu'on ne peut pas comprendre la violence de l'Épuration en Dordogne sans analyser le climat de terreur extrême qui a précédé la Libération. Il rappelle que le département a subi les exactions sanglantes de la division « Brehmer » en mars 1944 (traque des Juifs et des maquis), le passage destructeur de la division SS « Das Reich » en juin, ainsi que la terreur quotidienne imposée par la Hilfspolizei (la police supplétive allemande). Pour l'historien, la tondaison publique, bien qu'injustifiable, découle directement de ce climat traumatique et d'une accumulation de souffrances locales. [1, 2]
2. Le rôle du Maquis : Entre canalisation et justice expéditive
Contrairement à l'idée reçue d'un débordement purement « sauvage » et populaire, Jacky Tronel démontre une implication directe des structures de la Résistance. [1, 2]
-
Il met en évidence que, dès le 9 juin 1944, les maquis de la région de Bergerac acheminent eux-mêmes des prisonniers civils vers le camp de Mauzac. [1]
-
Les rapports de l'époque révèlent que sur 229 détenus internés par ordre du Maquis, 21 % étaient des femmes. Pour la Résistance, interner ou tondre publiquement permettait parfois de devancer la vindicte populaire et d'éviter des exécutions sommaires. [1, 2]
3. De la « fureur de punir » à l'institutionnalisation (1944-1951)
L'apport majeur de Jacky Tronel est d'avoir lié l'épuration de rue (les tontes de l'été 1944) à l'épuration légale qui s'est prolongée jusqu'au début des années 1950.
Il a documenté comment le Camp Sud de Mauzac est devenu, à partir d'octobre 1947, le grand centre national d'enfermement des femmes condamnées pour collaboration. À travers cette étude, il montre que l'épuration des femmes ne s'est pas arrêtée aux places publiques : elle s'est bureaucratisée et institutionnalisée dans les prisons de la République. [1, 2, 3]
4. Restituer la dignité par l'étude de « l'Art derrière les barbelés »
Dans ses recherches les plus récentes, Jacky Tronel s'attache à redonner une voix et une humanité à ces détenues politiques. Il a mis en lumière la production culturelle au sein du camp (poèmes, dessins, objets artisanaux). Pour lui, l'analyse de ces œuvres créées sous les verrous est essentielle pour restituer la dignité et l'expression psychologique des personnes incarcérées, par-delà leur condamnation pénale ou le stigmate de la tonte. [1]
/image%2F0535626%2F20240115%2Fob_746274_phil.jpg)
Politique éditoriale sur la page Culture et justice - Le blog de Philippe Poisson
"Le carnet de recherche de Criminocorpus a été créé en 2008 sur la plateforme Hypotheses avec l'objectif de couvrir l'actualité de la recherche en histoire de la justice. Il s'est progressivem...
/image%2F0535626%2F20201105%2Fob_776525_121486191-103977568156252-511899038425.jpg)