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Extrait d'un registre d'écrou de la maison d'arrêt et de correction de Bergerac

 

L’histoire carcérale de la ville de Bergerac s’organise autour de plusieurs époques et infrastructures clés, depuis l'Ancien Régime jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

1. La Maison d’arrêt et de correction de Bergerac

Dès le début du XIXe siècle, Bergerac dispose d'une Maison d'arrêt et de correction officielle. [1, 2]

  • L’organisation initiale (1808-1842) : Des documents d’archives font état d’adjudications pour la fourniture de pain et d’aménagements dès 1808. L'établissement accueillait des détenus des deux sexes (les archives conservant notamment des listes de détenues encadrées par une Commission charitable). [1]

  • Les registres d'écrou : Tenus selon les normes de l'instruction pénitentiaire de 1831, ces registres détaillaient méticuleusement l'état civil, le signalement physique, le motif d'arrestation et la durée de la peine des prisonniers. Les Archives départementales de la Dordogne conservent ces données fondamentales pour retracer la vie carcérale de la commune au XIXe et au début du XXe siècle. [1, 2]

2. Les lieux de sûreté et dépôts de police

Comme dans la plupart des sous-préfectures, le réseau judiciaire intégrait des structures de détention provisoire. [1]

  • Les chambres et dépôts de sûreté : Rattachés au fonds de la préfecture et de la police locale, ces locaux servaient à maintenir les prévenus à disposition de la justice avant leur jugement ou leur transfert vers la maison d'arrêt. [1]

  • Les archives municipales de Bergerac (série 4J - Répression) conservent les traces de la gestion de cette surveillance quotidienne (police, hygiène publique et justice). [1]

3. La Seconde Guerre mondiale et la Caserne Chanzy

Pendant l'Occupation, le centre de gravité carcéral de Bergerac se déplace vers l'autorité militaire allemande. [1, 2]

  • Les cellules disciplinaires : La caserne Chanzy, occupée par l'armée allemande de fin novembre 1942 à août 1944, devient un lieu majeur d’interrogatoires et de détention pour les résistants de la région. [1]

  • Les graffitis historiques : Les cinq cellules disciplinaires de cette caserne conservent d'intenses témoignages (fresques, écrits) gravés par les prisonniers politiques et résistants, reflets de leur solitude et de leurs souffrances sous le joug de l'occupant. [1, 2]

  • L'opération de libération de la prison (30 juillet 1944) : Face à l'imminence des départs ou des exécutions, une opération audacieuse est menée par les Francs-tireurs et partisans (FTP). Dissimulés sous de faux profils de jardiniers dans le jardin Perdoux (faisant face à la prison située en plein centre-ville), et profitant de complicités internes, des maquisards parviennent à s'introduire dans la prison pour libérer les détenus politiques avant de les mettre à l'abri dans les maquis environnants. [1]

4. Un prolongement hors-les-murs : La poudrerie et le secteur de Mauzac

L'histoire pénitentiaire de Bergerac est indissociable de sa Poudrerie nationale qui, dès la Première Guerre mondiale, employait une main-d'œuvre composite incluant des prisonniers de guerre. C’est en grande partie le besoin d'isoler des flux pénitentiaires militaires et politiques (notamment le repli de la prison militaire de Paris) qui a provoqué l'apparition en 1940 du grand complexe de détention de Mauzac, situé à une vingtaine de kilomètres à l'est de Bergerac. [1, 2, 3]

 

Philippe Poisson, ancien formateur de l'administration pénitentiaire,et animateur du média de référence Culture et justice, aborde le passé carcéral du Bergeracois sous un angle essentiellement mémoriel, historique et documentaire.

À travers ses travaux et les publications de son carnet de recherche, son regard s'articule autour de plusieurs axes majeurs :

  • La valorisation des archives photographiques locales : Philippe Poisson met régulièrement en lumière l'histoire de la Dordogne en s'appuyant sur des fonds locaux. Il a notamment collaboré et valorisé les travaux de l'historien Hervé Dupuy et de Michel Lecat autour du fonds de la Galerie Bondier-Lecat à Bergerac. Ce fonds exceptionnel sert de support pour illustrer les réalités historiques de la région.

  • La mémoire des prisons militaires et de l'Occupation : Plutôt que la seule structure de la maison d'arrêt de Bergerac intra-muros, Philippe Poisson s'intéresse de près au patrimoine pénitentiaire global du Bergeracois pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a documenté l'histoire du Camp de Mauzac, situé à proximité immédiate de Bergerac, qui a servi de repli pour la Prison militaire de Paris de 1940 à 1945.

  • L'histoire sociale des personnels et des détenus : En tant que membre correspondant de Criminocorpus, son approche consiste à décloisonner l'histoire des prisons en étudiant la dualité des parcours : celui des surveillants (notamment sous le régime de Vichy), des détenus politiques, mais aussi l'évolution des conditions de détention en province.

  • Diffusion culturelle : Philippe Poisson intervient également comme passeur de mémoire pour raconter « la petite et la grande histoire » des prisons de la région.

Son travail n'est pas une critique politique contemporaine, mais un effort rigoureux de conservation du patrimoine pénitentiaire pour que les lieux d'enfermement du Bergeracois ne soient pas oubliés par l'histoire locale.

 
Tag(s) : #Prisons anciennes, #Prisons actuelles - Évasions
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