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Le passé carcéral et judiciaire de Lauzun, petit village du nord du Lot-et-Garonne et ancien duché, est intimement lié à son statut historique d'ancien chef-lieu de district à la fin du XVIIIe siècle. Bien que modeste aujourd'hui, la commune a abrité d'importantes fonctions de souveraineté sous la Révolution et au XIXe siècle. [1, 2]


1. Un pôle judiciaire sous la Révolution et le XIXe siècle

À la chute de l'Ancien Régime, la réorganisation administrative du territoire propulse Lauzun au rang de chef-lieu de district de 1790 à 1795 (l'un des 9 districts qui composaient alors le Lot-et-Garonne). [1]

  • Le Tribunal de district : Ce statut de chef-lieu donne droit à Lauzun d'accueillir un tribunal et une poste. Les citoyens du nord de l'Agenais s'y rendent pour régler leurs litiges administratifs et criminels. [1]

  • La place de justice de la Halle : Au XIXe siècle, les audiences judiciaires se tenaient de façon très pittoresque au cœur du village : dans les salles situées à l'étage de la Halle de Lauzun. Le rez-de-chaussée accueillait les marchés sous les arcades, tandis que l'étage résonnait des plaidoiries et des jugements. [1]

2. Le passé carcéral : La prison de Lauzun (1811)

L'apparition d'un tribunal nécessite presque systématiquement un lieu de détention attenant pour retenir les prévenus avant leur jugement (maisons d'arrêt). [1]

  • La construction de 1811 : Les recherches historiques menées par les Archives départementales et publiées dans Le Lien (bulletin d'histoire judiciaire du Lot-et-Garonne) confirment qu'une prison a été spécifiquement construite à Lauzun en 1811. [1]

  • Elle fut bâtie à la même période que celle de la commune voisine de Duras, afin de répondre aux nouvelles exigences de la prison pénale et de la privation de liberté instaurées par le Code pénal de 1791. [1, 2]

  • C'était une structure de petite taille (geôle locale ou maison d'arrêt de sûreté), conçue pour des détentions provisoires avant le transfert des condamnés vers les établissements plus importants du département (comme la prison d'Agen ou la maison centrale d'Eysses à Villeneuve-sur-Lot). [1, 2, 3]

3. Le saviez-vous ? Le duc de Lauzun, un prisonnier célèbre... mais ailleurs

Impossible d'évoquer Lauzun et l'univers carcéral sans mentionner son personnage le plus célèbre : Antonin Nompar de Caumont, premier duc de Lauzun (1632-1723). [1]

Si Lauzun possédait sa justice seigneuriale, le duc, lui, a connu le versant sombre des prisons d'État de l'Ancien Régime. Courtisan impétueux, il provoqua la colère du roi Louis XIV qui le fit arrêter en 1671. Le duc de Lauzun passa dix ans enfermé à la forteresse de Pignerol (dans le Piémont actuel), où il partagea sa captivité avec un autre prisonnier légendaire : le surintendant Nicolas Fouquet, et croisa la route de l'énigmatique Masque de Fer. [1, 2]

Le passé judiciaire de Lauzun au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime est indissociable de la puissante famille des Caumont-Lauzun, seigneurs du lieu. Le village était le siège d'une importante châtellenie exercée directement depuis le château de Lauzun. [1, 2]

Cette justice, qui s'est progressivement structurée sur plusieurs siècles, mêlait souveraineté féodale, crimes de sang et conflits de voisinage.


1. Au Moyen Âge : L'affirmation de la Haute Justice féodale

Dès le XIIIe siècle (l'hommage féodal des Caumont pour le castrum de Lauzun est documenté en 1259), les seigneurs de Lauzun s'efforcent d'obtenir l'autonomie judiciaire sur leurs terres face au roi d'Angleterre (alors duc d'Aquitaine) et au roi de France. [1, 2]

  • La Haute Justice et le droit de sang : Les Caumont-Lauzun obtiennent très tôt les droits de Haute Justice. Ce privilège les autorise à juger les crimes les plus graves passibles de la peine de mort (meurtres, viols, vols de nuit). [1, 2, 3]

  • Les symboles patibulaires : Pour manifester ce pouvoir de vie et de mort, la seigneurie disposait de ses propres fourches patibulaires (le gibet ou potence) dressées à l'extérieur du bourg, visibles de tous pour dissuader les brigands. [1, 2]

  • La guerre de Cent Ans et la justice militaire : Situé aux marches de l'Agenais et du Périgord, Lauzun est au cœur des affrontements franco-anglais. La justice y est alors expéditive. En 1438, le célèbre chef de bandes de mercenaires (écorcheurs) Rodrigue de Villandrando s'empare du château, y imposant une "justice de guerre" faite de rançonnements d'habitants et de pillages de récoltes. [1]

2. Sous l'Ancien Régime : Une institution réglementée

Sous l'Ancien Régime, la justice de Lauzun se professionnalise et s'intègre dans le réseau des tribunaux du royaume, même si elle reste une justice seigneuriale. [1, 2]

  • L'organisation du tribunal seigneurial : Le seigneur (élevé au rang de comte en 1570 puis de duc de Lauzun en 1692) ne rend plus la justice lui-même. Il nomme des officiers de robe longue diplômés en droit :

    • Un Juge de Lauzun (ou bailli) qui préside les audiences.

    • Un Procureur fiscal qui défend les intérêts publics et du seigneur.

    • Un Greffier pour consigner les sentences. [1, 2, 3, 4, 5, 6]

  • Le rôle social des Basses et Moyennes Justices : Au quotidien, le tribunal de Lauzun traite une foule de petits délits de droit commun : insultes sur les marchés, vols de bétail, fraudes sur les poids et mesures (très contrôlées par la moyenne justice), ou encore délimitations de parcelles de vignes. [1, 2, 3, 4]

  • La prison féodale : Contrairement à la prison moderne du XIXe siècle destinée à punir, la geôle médiévale et d'Ancien Régime du château de Lauzun ne sert qu'à retenir le suspect en attendant sa sentence (qui consiste généralement en une amende, une peine de pilori ou un bannissement). [1]

3. Les affaires criminelles célèbres de l'Ancien Régime

  • L'appel à la Sénéchaussée d'Agen : Les plaideurs mécontents des décisions du juge de Lauzun pouvaient faire appel devant le tribunal royal d'Agen (la Sénéchaussée). Les registres criminels regorgent de procédures locales :

    • L'affaire du chirurgien Jean Grenier : Au XVIIIe siècle, un grand procès criminel oppose la veuve de Jean Grenier, le chirurgien de Lauzun, à un noble local, le sieur de Pelloubet. Ce dernier était accusé du meurtre de sang-froid du médecin à la suite d'une altercation. L'affaire, d'abord instruite par le juge de Lauzun, finira devant la justice criminelle d'Agen pour briser l'influence du noble local.

    • Les conflits de braconnage : Les gardes-chasses des ducs de Lauzun menaient une guerre juridique féroce contre les paysans locaux qui braconnaient les lièvres et les sangliers sur les terres ducales, des délits sévèrement punis par des peines de bannissement ou de galères en cas de récidive armée. [1, 2]

Toute cette architecture féodale s'effondre brutalement lors de la nuit du 4 août 1789 avec l'abolition des justices seigneuriales, transformant le pouvoir judiciaire privé des ducs de Lauzun en une justice d'État républicaine. [1]

Le passé judiciaire et criminel de Lauzun et de ses environs immédiats (le pays lauzunais) est marqué à la fois par d'anciennes affaires d'Ancien Régime et de la Révolution, mais aussi par de lourds faits divers criminels contemporains qui ont nécessité l'intervention de la cour d'assises ou du tribunal correctionnel d'Agen.


1. Affaires criminelles contemporaines majeures

  • L'affaire James Ziegler (2018 - 2022) : C'est l'un des dossiers criminels les plus marquants de la commune ces dernières années. Un habitant de Lauzun, âgé de 21 ans au moment des faits en 2018, a été interpellé et écroué pour des crimes sexuels sériels. Il a été accusé d'avoir drogué et violé une adolescente de 17 ans, avant de récidiver six mois plus tard en agressant sexuellement une septuagénaire. Son procès devant la cour d'assises de Lot-et-Garonne s'est tenu en janvier 2022. [1, 2]

  • Le violent home-jacking du quartier Saint-Nazaire (juillet 2025) : Une violente agression à domicile a secoué le village au cours de l'été 2025. Un groupe de 4 à 5 individus cagoulés a tendu un guet-apens au petit matin à un homme de 36 ans et à sa mère de 69 ans. Les victimes ont été frappées, ligotées et séquestrées pendant que les malfaiteurs fouillaient la maison. L'enquête criminelle a été confiée à la gendarmerie pour retrouver les auteurs. [1, 2, 3]

  • Démantèlement d'un trafic d'armes et d'héroïne (2023) : Lors d'une vaste opération de gendarmerie ciblant un réseau de stupéfiants dans le secteur Miramontais, un habitant de Lauzun âgé de 43 ans a été interpellé. À son domicile, les enquêteurs ont saisi 2,7 kilos d'héroïne pure ainsi que quatre armes à feu de catégorie B détenues illégalement, conduisant à son placement en détention provisoire. [1]

  • L'affaire insolite de Montignac-de-Lauzun (2018) : Dans la commune limitrophe, le tribunal d'Agen a jugé une affaire de violences conjugales particulièrement singulière. Un homme y était poursuivi pour avoir aspergé sa compagne d'essence. Lors de l'audience, la situation s'est inversée de façon inédite lorsque la victime s'est présentée à la barre comme le véritable "bourreau", expliquant au juge avoir psychologiquement poussé son compagnon à bout pour provoquer son geste. [1]

2. Le passé criminel sous l'Ancien Régime

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, Lauzun possédait sa propre haute justice seigneuriale (liée au duché). Les affaires criminelles locales de cette époque se réglaient devant la Sénéchaussée criminelle d'Agen, qui servait de juridiction d'appel pour les sentences prononcées par le juge de Lauzun. [1]

Les registres des Archives de France conservent par exemple les traces d'un célèbre procès d'Ancien Régime opposant un écuyer, le sieur de Pelloubet (qui contestait une sentence du juge de Lauzun), à une habitante locale, Antonie Pitault, qui l'accusait du meurtre de son mari, Jean Grenier, lequel était le chirurgien du village. [1]

3. La criminalité ordinaire à Lauzun

D'un point de vue des statistiques judiciaires globales, le village de Lauzun connaît une délinquance de droit commun relativement calme mais caractérisée, selon les chiffres officiels, par une prédominance de trois types d'infractions : [1]

  1. Les cambriolages de résidences principales et secondaires.

  2. Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement numériques.

  3. Les dégradations volontaires de biens publics ou privés.

Voici une notice historique structurée et une bibliographie thématique pour explorer en profondeur l'histoire des institutions judiciaires et des lieux de détention de Lauzun, du Moyen Âge au XIXe siècle.


I. Notice thématique : Justice et Prison à Lauzun

  • Période médiévale (XIIIe - XVe siècles) : Le droit de sang féodal

  • Siège d'un important castrum, Lauzun est aux mains de la famille de Caumont. Les seigneurs y détiennent la Haute Justice, droit régalien de juger les crimes de sang. La justice est rendue au château. Les fourches patibulaires (gibets) sont dressées aux limites du bourg pour marquer visuellement cette souveraineté. Durant la guerre de Cent Ans, Lauzun subit les exactions et la « justice de guerre » des routiers, notamment ceux de Rodrigue de Villandrando en 1438.

  • L'Ancien Régime (XVIe - XVIIIe siècles) : Le tribunal du Duché
    Érigé en comté (1570) puis en duché-pairie (1692), Lauzun possède un tribunal seigneurial complet (bailliage). Les ducs n'exercent plus la justice eux-mêmes mais la délèguent à des professionnels du droit : un juge constitutionnel, un procureur fiscal et un greffier. Ils traitent la basse justice (conflits de voisinage, poids et mesures sur les marchés de la halle) et la moyenne/haute justice. Les appels de ces sentences sont portés devant le siège royal de la Sénéchaussée d'Agen. Une geôle seigneuriale est maintenue pour la détention préventive.

  • L'époque contemporaine (1790 - XIXe siècle) : Le chef-lieu républicain

  • À la Révolution, Lauzun devient chef-lieu de district (1790-1795). Le tribunal de district s'y installe, traitant les affaires civiles et criminelles du nord de l'Agenais. Au XIXe siècle, la justice de paix et les audiences correctionnelles se tiennent à l'étage de la Halle de Lauzun. En 1811, pour répondre aux normes du Code pénal, une prison (maison d'arrêt locale) y est officiellement construite pour retenir les prévenus avant leur transfert vers Agen ou la maison centrale d'Eysses.


II. Bibliographie de référence

1. Sources archivistiques (Première main)

  • Archives départementales de Lot-et-Garonne (Agen) :

    • Série B (Justices d'Ancien Régime) : Fonds du Duché de Lauzun et procédures criminelles en appel devant la Sénéchaussée d'Agen (XVe-XVIIIe siècles).

    • Série L (Période révolutionnaire) : Fonds du Tribunal de district de Lauzun (1790-1795), registres des délibérations et des sentences.

    • Série Y (Établissements pénitentiaires) : Dossiers relatifs à la construction et à la gestion de la prison de Lauzun (1811) et des maisons d'arrêt de l'arrondissement.

  • Archives nationales (Paris) :

    • Série P (Chambre des Comptes) : Aveux et dénombrements de la seigneurie de Lauzun détaillant les droits de haute et basse justice.

2. Monographies historiques et études régionales

  • MARBOUTIN Canon J., Le château de Lauzun, Revue de l'Agenais, Tomes 38 et 39, 1911-1912.
    (Une étude architecturale et historique exhaustive qui détaille l'organisation de la seigneurie et les lieux de pouvoir, y compris carcéraux, du château).

  • DUCOM Jacques, Les Districts du Lot-et-Garonne pendant la Révolution (1790-1795), Agen, Imprimerie moderne, 1993.
    (Indispensable pour comprendre le rôle judiciaire de Lauzun lorsqu'il devint éphémère tribunal de district).

  • LABOURIE Jean, Lauzun en Agenais : Chroniques d'un duché, Éditions d'Albret, 1985.
    (Ouvrage généraliste dressant le portrait de la vie quotidienne, des institutions locales et des délits courants sous l'Ancien Régime).

3. Histoire judiciaire et pénitentiaire du Lot-et-Garonne

  • ASSOCIATION « LE LIEN » (Les Amis des Archives de Lot-et-Garonne) :

    • Justice et criminalité en Lot-et-Garonne à travers les âges, Bulletin spécial d'histoire judiciaire.

    • Le patrimoine carcéral du Lot-et-Garonne : des geôles seigneuriales aux prisons du XIXe siècle, (contient les notices sur les constructions des prisons locales de 1811, dont Lauzun et Duras).

  • PROUST Robert, La criminalité dans la Sénéchaussée d'Agen au XVIIIe siècle, Thèse de doctorat en Droit, Université de Bordeaux, 1974.
    (Permet d'analyser les types de crimes commis dans le pays lauzunais et la manière dont ils étaient jugés en appel à Agen).

 
Tag(s) : #Affaires criminelles, #Prisons actuelles - Évasions, #Prisons anciennes, #Régions - Histoire
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