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« L'essentiel sur l'histoire du costume pénal » est un document de synthèse pédagogique rédigé à l'origine en 2006 par Philippe Poisson, spécialiste de l'histoire pénitentiaire et ancien formateur des personnels de l'Administration pénitentiaire. [1, 2, 3]
Ce travail analyse comment le vêtement des prisonniers est passé d'un outil de punition et de sécurité à un instrument d'humiliation, avant d'être définitivement aboli en France.
1. Le sens et l'évolution du costume pénal
Dans ses travaux, Philippe Poisson rappelle que le costume pénal ne répondait pas au départ à une logique de réinsertion, notion absente des préoccupations du XIXe siècle. [1]
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L'affirmation de la peine : Avec le Code pénal de 1791, l'emprisonnement devient l'instrument répressif majeur. Confisquer les habits civils dès l'arrivée en cellule servait à matérialiser l'exclusion de la société. [1, 2]
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L'institutionnalisation (1873) : Bien que pratiqué plus tôt, le principe du port obligatoire de l'uniforme réglementaire est gravé dans la loi en 1873. Le costume pénal agit alors comme « une cellule dans la cellule », effaçant l'individualité du condamné pour le contraindre à la docilité. [1, 2, 3]
2. Une triple justification institutionnelle
Philippe Poisson articule l'utilité du costume pénal autour de trois grands piliers :
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La sécurité et la prévention des évasions : C'est la fonction essentielle. En imposant une tenue standardisée, identifiable et impossible à trouver dans le milieu civil, l'administration rendait toute tentative de fuite immédiatement repérable à l'extérieur. [1]
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La sécurité interne (désarmement) : L'administration concevait les vêtements de manière à éliminer tout danger pour le personnel surveillant. Les accessoires personnels (boucles de ceinture, bretelles, lacets) étaient saisis pour éviter la fabrication d'armes ou les tentatives de suicide, remplacés par des attaches en tissu ou des boutons en os/bois. [1]
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L'hygiène : À une époque où les prisons subissaient de graves épidémies, imposer un vêtement lavable fourni par l'État permettait de lutter contre les parasites (poux) et les maladies transportés par les habits d'origine des détenus. [1]
3. La composition de la tenue : Le « Droguet »
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La composition de l'uniforme est restée remarquablement fixe pendant un siècle, caractérisée par l'utilisation du droguet, une étoffe de laine de qualité très médiocre, rugueuse, lourde, et de couleur volontairement terne (gris ou marron) pour être peu salissante. [1]
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Pour les hommes : Une vareuse, un gilet, un pantalon, un béret (ou casquette de feutre) et des chemises.
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Pour les femmes : Une robe de droguet, un corset, un tablier, un fichu de cou en toile et des bas de laine.
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Les sabots : Élément indissociable du costume pénal (dont la fabrication fut centralisée en 1886 à la maison centrale de Landerneau). Les sabots en bois avaient une double fonction : ils étaient économiques, mais surtout, ils empêchaient physiquement les détenus de courir, limitant les risques de mutinerie ou de cavale. [1, 2, 3, 4]
4. L'accessoire ultime : Le capuchon (ou cagoule)
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Philippe Poisson consacre une analyse spécifique à un accessoire emblématique du régime cellulaire strict (notamment appliqué à la prison de Fresnes à son ouverture) : le capuchon belge.
Dans les prisons d'isolement absolu (régime auburnien ou pennsylvanien), le détenu devait revêtir une cagoule en tissu dès qu'il sortait de sa cellule pour aller au culte ou en promenade. L'objectif était d'empêcher les prisonniers de se reconnaître, de communiquer ou de s'identifier, poussant la dépersonnalisation à son paroxysme. [1, 2]
5. La fin du costume pénal (1983)
Dans les années 1970, le regard de la société et de la justice change. L'uniforme est désormais perçu comme un vecteur de stigmatisation humiliant, destructeur pour la santé morale et la dignité des détenus. Après plusieurs vagues d'assouplissements (dispenses pour les courtes peines et les mineurs), le port obligatoire du costume pénal est définitivement supprimé en France en 1983, permettant aux personnes incarcérées de porter à nouveau leurs vêtements personnels. [1]
Voici une notice historique structurée résumant l'évolution de la tenue des détenus, accompagnée d'une bibliographie de référence pour approfondir l'étude de l'histoire du costume pénal en prison.
I. Notice thématique : L'Histoire du costume pénal en France
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Origine et définition : Le costume pénal désigne la tenue réglementaire, standardisée et obligatoire fournie par l'administration pénitentiaire aux personnes privées de liberté. Inexistant sous l'Ancien Régime (où les prisonniers conservaient leurs guenilles), il apparaît avec la naissance de la prison moderne et du Code pénal de 1791 qui fait de l'enfermement la peine majeure.
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Fonctions institutionnelles : Le vêtement pénal répond historiquement à une triple exigence :
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La sécurité : Rendre le détenu immédiatement identifiable à l'extérieur pour empêcher les évasions.
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L'ordre intérieur : Supprimer les lacets, ceintures et métaux pour prévenir les suicides ou la confection d'armes.
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L'hygiène : Lutter contre la vermine et les épidémies dans des structures surpeuplées.
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La dépersonnalisation : Au-delà des critères pratiques, l'uniforme devient au XIXe siècle un outil d'amendement moral par l'humiliation et l'effacement de l'individualité. Ce processus atteint son paroxysme avec l'usage du capuchon (ou cagoule) dans les prisons cellulaires (comme à Fresnes à la fin du XIXe siècle), destiné à empêcher tout contact visuel ou reconnaissance entre les détenus.
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Matériaux emblématiques : Le vêtement pénitentiaire est indissociable du droguet, une étoffe de laine grossière, lourde et rêche, de couleur grise ou marron. Les détenus portaient également des sabots de bois (notamment fabriqués en masse à la centrale de Landerneau), dont le poids et la rigidité empêchaient physiquement la course.
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Abolition (1983) : Contenue par de nombreuses réformes post-Seconde Guerre mondiale (assouplissements pour les femmes, les mineurs et les prévenus), l'obligation de porter le costume pénal est définitivement abolie en France en 1983, consacrant le droit pour chaque détenu de porter ses vêtements civils personnels.
II. Bibliographie de référence
1. Travaux spécialisés de Philippe Poisson
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POISSON Philippe, « L'essentiel sur l'histoire du costume pénal », Criminocorpus, revue d'Histoire de la justice, des crimes et des peines, Éléments pédagogiques rédigés pour l'École nationale d'administration pénitentiaire (ÉNAP), 2006.
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POISSON Philippe, Un siècle de mode carcérale : l'histoire du costume pénal en France (1873-1983), Notes de recherche du Centre de ressources d'histoire de l'administration pénitentiaire, ÉNAP, 2008.
2. Ouvrages généraux sur l'histoire des prisons et des peines
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FOUCAULT Michel, Surveiller et punir : Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975, 360 p.
(L'ouvrage fondamental sur l'assujettissement des corps par les institutions totales et la symbolique du dressage mécanique des détenus). -
PETIT Jacques-Guy, Ces peines obscures. Histoire des prisons en France (1780-1875), Paris, Albin Michel, 1990, 750 p.
(Une somme historique indispensable sur la mise en place de l'administration pénitentiaire et des premiers règlements vestimentaires sous la Restauration et le Second Empire). -
CARIAS Christian, La vie quotidienne dans les prisons françaises au XIXe siècle, Éditions Hachette, 1988.
(Une description minutieuse des conditions matérielles des prisonniers, abordant les thèmes de la nourriture, du travail obligatoire et du port du droguet).
3. Articles de recherche et contributions scientifiques
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SALLÉE Nicolas, « Du costume pénal aux vêtements civils : la normalisation du détenu en France au XXe siècle », Revue d’histoire de l'enfance « irrégulière », n° 11, 2009, p. 115-132.
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PERROT Michelle, « Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle », Paris, Flammarion, 2001. (Contient d'importantes analyses sur l'esthétique carcérale et l'effacement de l'identité par l'uniforme).
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BADINTER Robert, La prison républicaine : 1871-1914, Paris, Fayard, 1992. (Analyse des débats politiques sous la IIIe République qui ont figé l'usage de la tenue réglementaire pour des raisons disciplinaires).
4. Sources institutionnelles et muséales
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Musée de l'Histoire de la justice, des crimes et des peines (Criminocorpus) : Collections numériques et expositions virtuelles dédiées aux objets pénitentiaires (uniformes, sabots, cagoules cellulaires de la prison de la Santé et de Fresnes).
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École nationale d'administration pénitentiaire (ÉNAP) : Fonds patrimonial de la direction de l'administration pénitentiaire, Agen. (Conserve les règlements intérieurs de 1812, 1873 et 1923 précisant la coupe, le tissu et la distribution des tenues).
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Politique éditoriale sur la page Culture et justice - Le blog de Philippe Poisson
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