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Un président de la République meurt brutalement au palais de l'Élysée alors qu'il se trouve en charmante compagnie. Découvrez l'histoire tragique et ironique de Félix Faure et de sa maîtresse :

Marguerite Jeanne Japy, dite « Meg » Steinheil (1869–1954), est l’une des figures les plus scandaleuses et fascinantes de la IIIe République. Salonnière, demi-mondaine et mythomane notoire, elle est entrée dans l'histoire pour deux affaires d'État retentissantes : la mort subite du président Félix Faure et le mystérieux double meurtre de son impasse Ronsin. [1, 2, 3, 4]

 

🏛️ Le scandale de l'Élysée : « La pompe funèbre »
Issue d’une riche famille bourgeoise, elle épouse le peintre Adolphe Steinheil en 1890 et ouvre un salon très fréquenté par l'élite politique et littéraire. En 1895, elle devient la maîtresse officielle du président Félix Faure. [1, 2, 3]
Le 16 février 1899, le président s'effondre dans le salon d'Argent de l'Élysée. Victime d'une crise cardiaque (probablement liée à la prise d'aphrodisiaques), il succombe en pleine relation intime avec Marguerite. Affolée, celle-ci s'enfuit par les escaliers de service en oubliant son corset. [1, 2, 3, 4, 5]
Cet événement donne immédiatement lieu à des rumeurs scabreuses et à des calembours célèbres qui scellent sa réputation : [1, 2]

  • Marguerite hérite du surnom cruel de « la pompe funèbre ».
  • Georges Clemenceau lance son mot historique : « Il a voulu vivre César, il est mort pompé ». [1, 2]
🩸 L'affaire Steinheil : Le double meurtre de l'impasse Ronsin
Neuf ans après la mort du président, Marguerite Steinheil se retrouve au cœur d'une affaire criminelle encore plus sombre. Le 31 mai 1908, son mari Adolphe Steinheil et sa mère Émilie Japy sont retrouvés étranglés et étouffés à leur domicile parisien. [1, 2, 3]
Marguerite est retrouvée ligotée à son lit, affirmant avoir été attaquée par de mystérieux inconnus en lévite noire. Très vite, l'enquête piétine et les déclarations de Marguerite varient constamment. Elle tente d'accuser son domestique, Rémi Couillard, puis d'autres proches en fabriquant de fausses preuves. [1, 2]
Face à ses mensonges répétés et aux soupçons de complicité, elle est arrêtée en novembre 1908 et incarcérée à la prison de Saint-Lazare. [1, 2]
⚖️ Un procès spectacle et l'exil
Son procès s'ouvre en novembre 1909 et captive la France entière. Bien que l'opinion publique et la presse la considèrent comme une manipulatrice machiavélique, l'accusation manque de preuves matérielles directes. Défendue par de brillants avocats, elle joue de ses charmes et de ses crises de larmes à la barre. [1, 2]
Contre toute attente, elle est acquittée. Le double meurtre de l'impasse Ronsin reste à ce jour l'une des plus grandes énigmes criminelles non résolues du XXe siècle. [1, 2, 3, 4]
Après le procès, fuyant le scandale et une France qui la rejette, Marguerite Steinheil s'installe à Londres sous un faux nom. Elle réussit à refaire sa vie en épousant un noble anglais, Lord Robert Scarlett, devenant ainsi baronne d'Abinger avant de s'éteindre paisiblement en 1954 dans le Sussex. [1]

L'affaire Steinheil a suscité une immense production littéraire, journalistique et historique depuis la Belle Époque. La figure de Marguerite Steinheil, oscillant entre le fait divers criminel et le scandale d'État, est particulièrement bien documentée.

Voici la bibliographie sélective et les principales notices de sources historiques à connaître.

📚 Bibliographie de référence

Les études historiques récentes

  • ALEXANDRE (Armand), Marguerite Steinheil, la courtisane de la République, Paris, Éditions France-Empire, 2004.

    • Notice : Une biographie équilibrée qui retrace le parcours de Marguerite, de sa jeunesse à sa fin de vie en Angleterre, tout en analysant l'évolution des rumeurs.

  • STALÉ (Pierre), L'Affaire Steinheil : un mystère de la Belle Époque, Paris, Perrin, 2012.

    • Notice : Cet ouvrage se concentre spécifiquement sur le double meurtre de l'impasse Ronsin. L'auteur y décortique les procès-verbaux, les expertises d'Alphonse Bertillon et les contradictions flagrantes des témoignages de Marguerite.

  • MEYER (Christian), Les grandes affaires criminelles de la Belle Époque, Paris, De Borée, 2018.

    • Notice : Un chapitre entier est consacré au procès de 1909, mettant en avant le traitement médiatique de l'époque qui a transformé Marguerite en archétype de la "femme fatale" manipulatrice.

Le témoignage direct de l'accusée

  • STEINHEIL (Marguerite), Mes Mémoires, Paris, Éditions d'Art et de Littérature, 1912 (initialement publié en anglais sous le titre My Memoirs, Londres, Nash, 1912).

    • Notice : Rédigé juste après son exil en Angleterre, cet ouvrage est l'autodéfense de Marguerite. S'il contient de nombreuses réécritures personnelles et des omissions stratégiques sur sa relation avec Félix Faure, il reste un document de premier ordre pour comprendre sa psychologie et sa stratégie de communication.

Les chroniques judiciaires de l'époque

  • BINET-VALMER (Jean), Le Procès Steinheil, Paris, l'Éclair, 1909.

    • Notice : Un recueil des chroniques d'audiences prises au jour le jour lors du procès historique de novembre 1909, capturant l'ambiance électrique du tribunal de la Seine.


🗄️ Notices des fonds d'archives et sources primaires

Pour consulter les pièces originales et officielles de ces affaires, les documents sont conservés dans plusieurs institutions majeures :

1. Les Archives de la Préfecture de Police de Paris (APP)

C'est le fonds le plus riche concernant le double meurtre et la surveillance de la demi-mondaine.

  • Fonds de la Brigade Criminelle (Affaire de l'Impasse Ronsin) : Contient les dossiers d'instruction, les plans de la maison d'Adolphe Steinheil, les photographies de la scène de crime (réalisées selon la méthode de l'anthropométrie judiciaire d'Alphonse Bertillon), ainsi que les rapports des filatures et les interrogatoires de Marguerite.

  • Fonds des renseignements généraux : Rapports de police quotidienne sur les fréquentations du salon de Marguerite Steinheil et les notes de surveillance après la mort de Félix Faure.

2. Les Archives nationales (Pierrefitte-sur-Seine)

  • Série BB (Ministère de la Justice) : Dossier de procédure du procès d'assises de 1909 (Tribunal de la Seine). Cette série comprend l'arrêt d'accusation, les mémoires de la défense menée par l'avocat Antony Aubin, et l'arrêt définitif d'acquittement.

  • Fonds Félix Faure (45AP) : Papiers privés du président de la République. Bien que les documents les plus compromettants aient été saisis ou détruits immédiatement après sa mort, ce fonds permet de comprendre le contexte politique tendu (Affaire Dreyfus) dans lequel s'inscrivait leur liaison.

3. Bibliothèque nationale de France (BnF / Gallica)

  • La Presse de l'année 1909 : La numérisation de journaux comme Le Petit Journal, L'Illustration ou Le Figaro offre des notices complètes sur l'impact populaire de l'affaire. Le procès Steinheil y est illustré de dessins d'audience et de caricatures au jour le jour.

Tag(s) : #Affaires criminelles, #Femmes - repères biographiques, #Femmes dans la société, #Prisons anciennes, #Justice - Peine de mort - Expertises
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