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L’évolution de la gendarmerie de Loches s'inscrit en parfaite continuité avec l’histoire pénale et judiciaire de la cité. De la police des grands chemins à l'époque médiévale jusqu’aux infrastructures modernes du XXIe siècle, la gendarmerie lochoise a accompagné toutes les mutations de l'autorité publique.


🛡️ 1. Les racines médiévales : Les cavaliers de la Maréchaussée (Ancien Régime)

L'ancêtre de la gendarmerie à Loches est la Maréchaussée de Touraine. [1]

  • La police des campagnes : À partir du XIVe siècle, parallèlement au développement du donjon en tant que prison d'État, la royauté doit sécuriser les axes commerciaux et réprimer le banditisme de grand chemin (notamment les vagues de soldats licenciés ou "écorcheurs"). [1, 2]

  • La réforme de 1720 : Une ordonnance royale rationalise le corps en créant des brigades sédentaires réparties sur tout le territoire. Une brigade de la maréchaussée est fixée de manière permanente à Loches, travaillant main dans la main avec le Bailliage-Sénéchaussée royal de la ville pour livrer les criminels aux geôles du donjon. [1, 2]

🏛️ 2. La transition républicaine et le XIXe siècle : La caserne urbaine

En 1791, la Maréchaussée est supprimée au profit de la Gendarmerie Nationale. À Loches, cette transition se matérialise par une présence accrue pour encadrer la restructuration du système judiciaire. [1, 2]

  • Le binôme Tribunal-Prison-Caserne : Lorsque le Logis royal devient le siège du Tribunal de première instance (1801), les gendarmes lochois forment le bras armé de la justice locale. Ils assurent le transfert des prévenus, la surveillance des audiences au palais de justice et l'acheminement des condamnés vers la Maison d'arrêt départementale (le donjon).

  • L'ancrage dans la pierre (1864) : Face au besoin de loger les militaires et leurs familles, des plans de casernement officiels sont dressés par les autorités (comme en témoignent les archives architecturales d'Indre-et-Loire datées de 1864). La gendarmerie s'implante durablement dans le tissu urbain lochois, hors des remparts médiévaux de la haute ville. [1]

🕯️ 3. Le XXe siècle : La Caserne Bathias et le drame de la Rafle de 1944

L'histoire contemporaine de la gendarmerie de Loches est profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale et l'occupation allemande, à travers un événement tragique : la rafle du 27 juillet 1944. [1, 2, 3]

  • L'engagement dans la Résistance : Au cours de l'été 1944, les gendarmes de la compagnie de Loches (alors basée à la caserne de la rue de Tours) s'impliquent activement dans les réseaux de résistance locale pour préparer la Libération.

  • Le traquenard nazi : Soupçonnés de passivité et de complicité face aux sabotages des maquisards, 36 gendarmes lochois sont arrêtés en bloc par la Gestapo lors d'un rassemblement de maintien de l'ordre qui s'avère être un piège.

  • Le sacrifice : Torturés puis déportés dans les camps de concentration nazis (notamment à Neuengamme), seuls 7 d'entre eux reviendront vivants. Le lieutenant Henri Bathias (qui commandait la section - cliché photographique) et le gendarme Alexandre Bossot meurent en déportation. En leur mémoire, le site historique prendra le nom de Caserne Bathias. [1, 2, 3, 4, 5]

🛰️ 4. Le XXIe siècle : Modernisation et déménagement (2019-2022)

Au début des années 2000, la vieille caserne Bathias, bien que chargée d'histoire, est devenue vétuste et inadaptée aux exigences technologiques et familiales modernes. [1, 2]

  • Le départ de la caserne historique (2019) : Après plus d'un siècle d'occupation, les unités de la gendarmerie départementale et le secrétariat de la compagnie de Loches quittent le centre-ville. Le site d'origine fait aujourd'hui l'objet de projets de reconversion immobilière (logements pour seniors / béguinage).

  • La Caserne Alexandre Bossot (2022) : En octobre 2022, une toute nouvelle infrastructure moderne est inaugurée au 82 Rue Roche Appert. Portant le nom du gendarme résistant Alexandre Bossot, cette caserne répond aux impératifs d'accessibilité et de centralisation des services de la Compagnie de gendarmerie de Loches Sud Touraine. La plaque commémorative de 1944 y a été solennellement transférée pour perpétuer le devoir de mémoire. [1, 2, 3, 4, 5]

Les registres de la Maréchaussée puis de la Gendarmerie de Loches compilent une multitude de faits consignés à travers les siècles. Des comptes-rendus de la délinquance rurale sous l'Ancien Régime aux coups de filet modernes contre le trafic de stupéfiants, ces archives reflètent l'histoire sociale et les crises de la Touraine.

🐎 Sous l'Ancien Régime : La chasse aux marginaux et le vol de subsistance

Au XVIIIe siècle, la Maréchaussée de Touraine, dont la brigade de Loches est l'un des piliers, consigne une délinquance principalement liée à la pauvreté et à la précarité rurale. [1]

  • La chasse aux « errants » et vagabonds (1771) : Les archives de la maréchaussée regorgent de procès-verbaux d'arrestations de mendiants et de vagabonds. Le 25 août 1771, la brigade de Loches consigne un fait typique de l'époque : l'arrestation d'un groupe d'individus errants pour un vol de linge mis à sécher et le vol de bétail. Ces délits représentaient à eux seuls plus de 50 % des crimes enregistrés. [1]

  • L'exécution de Louis Vautier (1764) : Arrêté par la maréchaussée à la suite d'un jugement prévôtal (une justice expéditive sans possibilité d'appel), ce criminel est exécuté publiquement à Loches à la fin de l'été 1764, marquant les esprits de la population lochoise. [1]

📜 Le XIXe siècle : Les conflits du quotidien et le contrôle du territoire

Avec la création de la Gendarmerie Nationale, les procès-verbaux se rationalisent. Les gendarmes lochois passent une grande partie de leur temps à consigner :

  • Les délits forestiers (braconnage, coupes de bois illégales dans les denses forêts lochoises).

  • Les rixes de cabarets les jours de foire.

  • Les arrestations de déserteurs des armées napoléoniennes puis de la conscription de la IIIe République.

⚔️ Le XXe siècle : Résistance, trahison et le drame de 1944

L'événement le plus marquant — et le plus tragique — consigné dans les mémoires de la gendarmerie locale s'est déroulé durant la Seconde Guerre mondiale.

  • La rafle du 27 juillet 1944 : Ce jeudi noir, un commando de la Gestapo et de la Milice française investit Loches. Les forces d'occupation reprochaient ouvertement aux gendarmes lochois leur « manque d'acharnement » à traquer les maquisards et suspectaient une complicité active avec la Résistance. 36 gendarmes de la section de Loches sont arrêtés, torturés et déportés. Vingt-neuf d'entre eux mourront en déportation, ce qui reste à ce jour le plus grand drame d'une unité de gendarmerie face à l'occupant en France. [1, 2, 3, 4, 5]

🛰️ Époque contemporaine : Cols bleus, escroqueries et grands coups de filet

Aujourd'hui, la gendarmerie de Loches traite des affaires criminelles et judiciaires ancrées dans les problématiques de notre époque.

  • Le gendarme "agent immobilier" (2025) : En décembre 2025, le tribunal correctionnel de Tours a jugé un ancien militaire de la gendarmerie de Loches. L'enquête pénale a révélé qu'il utilisait sa position et de fausses qualités de syndic pour mener des escroqueries immobilières d'envergure, notamment à Paris. [1]

  • Le démantèlement d'un réseau de stupéfiants (2024) : À la fin de l'année 2024, la gendarmerie de Loches a mené un coup de filet retentissant à la suite de 8 mois d'investigations minutieuses. Quatre vagues successives d'interpellations ont permis l'arrestation de près de 20 suspects impliqués dans un important trafic de drogues alimentant le Sud-Touraine. [1]

  • L'affaire du déménagement breton (2026) : Récemment, en septembre 2026, les motards de la gendarmerie de Loches ont interpellé une quadragénaire rue Saint-Jacques. Dans son sac, les militaires ont découvert une importante quantité de produits stupéfiants conditionnés (héroïne, cocaïne, cannabis, kétamine). Lors des auditions, la suspecte a consigné un mobile insolite, expliquant qu'elle revendait ces drogues uniquement pour financer son déménagement vers la Bretagne. [1]

L’étude historique de la gendarmerie à Loches, de ses origines (la maréchaussée d'Ancien Régime) jusqu'à l'époque contemporaine, s'appuie sur des notices d'archives officielles et une bibliographie croisant l'histoire locale de la Touraine et l'histoire institutionnelle de la force publique.


🗃️ Notices et sources d'archives

L'histoire de la gendarmerie lochoise est principalement répartie entre deux institutions nationales et départementales :

1. Le Service historique de la Défense (SHD) – Département Gendarmerie

Le SHD conserve les fonds de l'ancienne Compagnie de gendarmerie départementale de l'Indre-et-Loire (1887-1949) sous la cote GD 37E. [1]

2. Les Archives départementales d’Indre-et-Loire (AD 37)

Les fonds de la préfecture et de l'administration locale contiennent d'importants compléments sur les infrastructures et le maintien de l'ordre :

  • Série 4M (Police et Sûreté générale) : Le répertoire numérique de la Sous-série 4M de l'Arrondissement de Loches (1800-1939) suit la surveillance du territoire, les rapports de gendarmerie et la gestion des troubles à l'ordre public. [1]

  • Série 4N et fonds contemporains (Bâtiments départementaux) : Les dossiers relatifs à l'immobilier, aux baux et à la construction des casernes successives (notamment l'ancienne caserne du centre de Loches et les restructurations ultérieures). [1, 2]

  • Série F9 (Affaires militaires) : Documents sur la gendarmerie pour la période allant de 1791 à 1847. [1]


📖 Éléments bibliographiques

Pour contextualiser l’activité des gendarmes de Loches, les chercheurs s'appuient sur des outils bibliographiques généraux et locaux.

1. Bibliographie de référence sur la Gendarmerie Française

Pour les recherches historiographiques globales, il convient de se référer au travail de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Chaire HiGeSeT) : [1, 2]

  • EBEL (Édouard), HABERBUSCH (Benoît), LUC (Jean-Noël)

    Bibliographie de l'histoire de la gendarmerie, Centre d'histoire du XIXe siècle, (mis à jour régulièrement avec plus de 3 900 titres répertoriant les travaux universitaires et articles d'histoire locale).

  • ALARY (Éric), L'Histoire de la gendarmerie. De la Renaissance au troisième millénaire, Paris, Calmann-Lévy, 2000. [1, 2, 3]

2. Bibliographie spécifique à la Justice et la Police en Indre-et-Loire

Le guide thématique des Archives d’Indre-et-Loire pour la Police (1800-1940) recense l'essentiel des monographies locales : [1]

3. Événement historique marquant : La rafle du 27 juillet 1944

L'épisode le plus documenté de la gendarmerie de Loches concerne l'arrestation et la déportation massive de ses effectifs par la Gestapo et la Milice à la fin de l'Occupation pour faits de résistance : [1, 2]

  • Les recherches historiques récentes (notamment menées par les historiens locaux et les cadres de la gendarmerie de Loches) retracent le parcours du gendarme Alexandre Bossot et de ses 35 camarades de la brigade raflés à la Caserne Bathias. En leur mémoire, la nouvelle caserne lochoise a été baptisée Caserne Alexandre Bossot. [1, 2, 3]

Tag(s) : #Guerre 1939 -1945 - Vichy, #Police - Gendarmerie - Femmes, #Régions - Histoire
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