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Contrairement à d'autres petites communes, Lectoure (Gers) possède un passé judiciaire et carcéral particulièrement dense et prestigieux. Capitale historique de la Sénéchaussée d'Armagnac dès la fin de l'année 1473, elle fut un pôle de pouvoir majeur sous l'Ancien Régime avant de voir ses structures transformées aux XIXe et XXe siècles. [1, 2]
🏛️ Un passé judiciaire de premier ordre
Lectoure n'était pas une simple juridiction de passage, mais un véritable chef-lieu du droit en Gascogne. [1]
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Le siège de la Sénéchaussée d'Armagnac (1473–1789) : Après la chute de la maison d'Armagnac et la mort de Jean V en 1473, la royauté française a installé le tribunal de la Sénéchaussée à Lectoure. Cette présence a attiré une importante population de robe (juges, avocats, procureurs, greffiers), dynamisant le commerce et la renommée de la ville pendant près de trois siècles. Lectoure dut d'ailleurs batailler férocement contre ses rivales, Auch et Vic-Fezensac, pour préserver ce statut judiciaire privilégié. [1, 2]
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Les structures post-révolutionnaires : Après 1789, la réorganisation administrative a doté Lectoure d'un Tribunal de première instance (civil et correctionnel) et d'une Justice de paix pour gérer les affaires courantes du canton. Le tribunal siégeait à l'ancien Palais Épiscopal (l'actuelle mairie).
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Le démantèlement (Réforme Poincaré de 1926) : C'est le décret du 3 septembre 1926 qui a porté un coup fatal à l'indépendance judiciaire de la commune. En supprimant l'arrondissement de Lectoure, l'État a ordonné la fermeture du Tribunal de première instance, rattachant définitivement la ville aux instances d'Auch. Aujourd'hui, l'accès au droit sur place se résume à un Point-justice de proximité. [1, 2]
⛓️ Le passé carcéral : Des Cordeliers à la Tour du Bourreau
Le destin des prisonniers à Lectoure est intimement lié à la reconversion de son patrimoine bâti. [1]
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La transformation du Couvent des Cordeliers : Les Cordeliers s'étaient installés à Lectoure à la fin du XIIIe siècle. Après la Révolution, leurs biens furent saisis et l'église conventuelle fut radicalement transformée au XIXe siècle en maison d'arrêt (prison). Cette métamorphose a mutilé l'architecture d'origine : la grande porte d'apparat gothique a été obstruée pour laisser place à l'entrée étroite et austère de la prison. L'établissement a fonctionné tout au long du XIXe siècle avant d'être supprimé, parallèlement au tribunal, lors des vagues de rationalisation carcérale. [1]
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La Tour du Bourreau : Vestige des anciennes fortifications médiévales, cette imposante tour de défense enveloppait l'activité patibulaire locale. Elle servait de point d'attache et de résidence à l'exécuteur des hautes œuvres (le bourreau) chargé d'appliquer les supplices et les peines capitales ordonnées par le tribunal de la sénéchaussée. [1] Tour de Corhaut dite Tour du Bourreau
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Prisonniers célèbres et légendes : L'histoire locale garde la mémoire de captifs de haut rang. En 1632, après la révolte de la noblesse contre Richelieu, Henri II de Montmorency, gouverneur du Languedoc, fut brièvement emprisonné au château de Lectoure. Une célèbre légende raconte que les dames de la ville cachèrent une échelle de soie dans un gâteau pour l'aider à s'évader. L'échelle s'avéra trop courte ; le duc se blessa dans sa chute et fut conduit à Toulouse pour y être décapité. [1]
📂 Où chercher les archives ?
Pour effectuer des recherches historiques précises sur les affaires ou les prisonniers de Lectoure, les fonds d'archives se partagent ainsi :
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Aux Archives Départementales du Gers (Auch) :
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Série B (Ancien Régime) : Contient l'intégralité des procédures, des sentences civiles et criminelles de la prestigieuse Sénéchaussée d'Armagnac.
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Série U (Justice post-1789) : Regroupe les minutes des jugements du Tribunal de première instance de Lectoure jusqu'à sa suppression en 1926.
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Série Y et sous-série 4N/132 : Conserve les documents administratifs, les registres de fournitures, de correspondance (période 1810–1850) et les registres d'écrou de la prison de Lectoure. Ces fiches individuelles décrivent précisément le profil des détenus locaux, leurs délits (vols, vagabondage, violences rurales) et leurs peines. [1]
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Aux Archives Municipales de Lectoure :
L'histoire de Lectoure est jalonnée d'affaires retentissantes, de la haute trahison médiévale aux crimes de sang contemporains, reflétant l'évolution de son statut de place forte et de centre judiciaire.
🏰 Moyen Âge : Le siège de 1473 et la fin des Armagnac
Le fait judiciaire et militaire le plus dramatique de l'histoire de Lectoure marque un tournant national. [1]
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Le drame de Jean V d’Armagnac (1473) : Le comte Jean V d'Armagnac, seigneur de Lectoure, s'était rendu coupable de multiples provocations et de félonie envers le roi de France Louis XI (s'ajoutant à un scandale d'inceste avec sa propre sœur). Assiégé dans sa cité de Lectoure par les troupes royales, il capitule contre la promesse d'une reddition sauve. [1]
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L'épilogue sanglant : Le 6 mars 1473, malgré les accords jurés, les troupes du roi s'introduisent dans la ville. Jean V est poignardé à mort sous les yeux de sa femme, la cité est entièrement pillée, brûlée et ses fortifications rasées. Cet événement tragique signe la fin définitive de la puissante maison d'Armagnac et l'annexion de ses terres à la Couronne. C'est à la suite de ce drame que la Cour de la Sénéchaussée royale est implantée à Lectoure pour asseoir l'ordre du Roi. [1, 2]
⚖️ Ancien Régime : Sorcellerie et luttes des minorités
Devenue la capitale judiciaire de la Gascogne gersoise, Lectoure voit défiler des affaires typiques du XVIIe et du XVIIIe siècle.
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Le grand procès pour "Athéisme et Sorcellerie" (1685–1686) : Conservé dans les "sacs à procès" de la justice locale, ce dossier implique l'élite de la magistrature et de la robe de la sénéchaussée. À la suite d'affaires d'argent, Augustin de Petit, lieutenant particulier du sénéchal de Lectoure, se retrouve au cœur de fausses accusations criminelles croisées mêlant déviances religieuses, rituels occultes et blasphème. Ce type de procès d'Ancien Régime illustre comment l'arsenal inquisitoire (incluant le recours à la torture) était fréquemment détourné pour régler des vendettas politiques ou financières locales. [1, 2]
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L’affaire des Cagots (XVIIIe siècle) : Les "Cagots" constituaient une minorité exclue et profondément discriminée dans le Sud-Ouest de la France, souvent cantonnée aux métiers du bois. À Lectoure et Saint-Clar, des charpentiers cagots ont mené une intense bataille judiciaire devant l'administration et les consuls de la ville pour obtenir l'égalité des droits civils. Ce procès historique leur a enfin permis d'interdire aux locaux de les injurier ou de restreindre leurs libertés d'accès aux charges publiques. [1]
🩸 Époque contemporaine : Crimes de sang modernes
L'activité judiciaire récente de Lectoure reste marquée par des affaires criminelles violentes jugées devant les cours d'assises.
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Le meurtre de Louis Duprat par un ex-légionnaire (2022 / Procès en 2026) : En août 2022, un sexagénaire est retrouvé abattu par arme à feu à son domicile de Lectoure. L'enquête s'oriente rapidement vers un homme de 71 ans (puis 75 ans au moment de son procès), ancien légionnaire et ancien braqueur au lourd passé judiciaire. Arrêté dans l'Aude après avoir pris la fuite avec le véhicule de sa victime, il est jugé par la Cour d'assises du Gers en janvier 2026 pour meurtre et vol.
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Le matricide de Lectoure (2024) : En avril 2024, un drame familial secoue la commune : une femme d'une soixantaine d'années est retrouvée morte à son domicile. Son fils, un trentenaire, est rapidement interpellé, mis en examen pour meurtre sur ascendant et placé en détention provisoire.
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L'assassinat au sabre de Marsolan / Lectoure (2025) : En juillet 2025, Fabien Desbarats, un ancien prêtre devenu gérant d'une importante société de pompes funèbres basée à Lectoure, est sauvagement assassiné à coups de sabre à son domicile voisin de Marsolan. Le meurtrier présumé, un jeune homme de 29 ans, avoue son geste en affirmant avoir agi pour se venger d'un viol que lui aurait infligé la victime des années auparavant. [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7]
Pour explorer en détail l'histoire judiciaire, pénale et criminelle de Lectoure, il est nécessaire de se référer aux travaux d'historiens locaux et aux inventaires d'archives. La ville bénéficie d'une riche tradition historiographique portée par les érudits de la Gascogne. [1]
📝 Notice d'orientation pour la recherche
La recherche sur Lectoure s'articule autour de trois grands pôles documentaires correspondant à son évolution politique :
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L'affirmation féodale et la Sénéchaussée d'Armagnac (Moyen Âge & Ancien Régime) : Les documents traitent de la haute trahison, du droit coutumier, mais aussi de la sorcellerie ou des conflits de minorités (les Cagots). Les archives de la sénéchaussée sont particulièrement volumineuses. [1]
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L'enfermement et la Justice moderne (XIXe - début XXe siècle) : Cette période est centrée sur le Tribunal de première instance (fermé en 1926) et la prison aménagée dans l'ancien Couvent des Cordeliers. On y étudie la criminalité rurale (vols, vagabondage, violences territoriales). [1, 2]
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La justice contemporaine (XXIe siècle) : Les affaires criminelles de sang relèvent de la Cour d'assises du Gers à Auch et de la presse locale contemporaine.
📚 Bibliographie sélective
1. Synthèses historiques sur Lectoure et sa région
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Bordes (Maurice) (dir.), Histoire de Lectoure, Auch, Imprimerie Bouquet, 1972.
(L'ouvrage de référence absolu sur la commune, comprenant des chapitres dédiés à son rôle de capitale judiciaire sous l'Ancien Régime et à son déclin administratif contemporain). [1, 2] -
Cassassoles (Ferdinand), Lectoure : Notices historiques depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, réédition, Éditions Lacour-Ollé, 1999.
(Utile pour les récits d'événements marquants comme le sac de 1473). [1]
2. Moyen Âge et Sénéchaussée d'Armagnac (Ancien Régime)
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Tierny (Paul), « La Sénéchaussée d'Armagnac. Lectoure, siège de la Sénéchaussée », Bibliothèque de l'École des chartes, tome 54, 1893, p. 558-559.
(Une étude majeure détaillant comment Lectoure est devenue la plaque tournante du droit en Armagnac et ses rivalités avec Auch). -
Druilhet (P.), Archives de la ville de Lectoure : coutumes, statuts et records du XIIIe au XVIe siècle, Paris, Hachette (rééd. BNF), 1885.
(Recueil indispensable pour comprendre le droit pénal et coutumier local à l'époque médiévale). -
Samaran (Charles), La Maison d'Armagnac au XVe siècle et les dernières luttes de la féodalité dans le Midi de la France, Paris, Picard, 1907.
(L'analyse la plus rigoureuse sur la chute de Jean V et le siège tragique de Lectoure en 1473). [1, 2]
3. Histoire pénitentiaire et carcérale (XIXe siècle)
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Notice du Patrimoine (Ministère de la Culture) : « Ancien couvent des Cordeliers, actuellement prison de Lectoure », Base Mérimée, Réf : PA32000011.
(Détaille l'évolution architecturale et la transformation de l'église en maison d'arrêt au XIXe siècle). -
Bulletins de la Société Archéologique du Gers (BSAG) : Consulter la collection numérisée sur Gallica - Bibliothèque nationale de France. Les travaux de Maurice Bordes et Georges Courtès contiennent de nombreuses monographies sur l'administration de la justice gersoise et l'application des peines au XIXe siècle. [1, 2, 3]
📂 Sources d'archives imprimées et répertoires
Si vous souhaitez manipuler directement les sources ou identifier des documents originaux, vous devez vous référer aux inventaires officiels :
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Tierny (Paul) et Pagel (René), Archives départementales du Gers : Archives civiles. Séries A et B, 1ère partie : Sénéchaussée d'Armagnac, Auch, Imprimerie J. Capin, 1909.
(Le catalogue complet de toutes les procédures criminelles et civiles de l'Ancien Régime). -
Le Guide des juridictions d'Ancien Régime mis en ligne par les Archives départementales du Gers, particulièrement la section dédiée au Sénéchal-Présidial de Lectoure (Série B).
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Le fonds moderne (Série U - Justice et Série Y - Écrous de la prison des Cordeliers), accessible en salle de lecture à Auch. [1, 2, 3]
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Politique éditoriale sur la page Culture et justice - Le blog de Philippe Poisson
"Le carnet de recherche de Criminocorpus a été créé en 2008 sur la plateforme Hypotheses avec l'objectif de couvrir l'actualité de la recherche en histoire de la justice. Il s'est progressivem...
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