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Le passé carcéral et judiciaire de la ville de Houdan (Yvelines) s'incarne de manière spectaculaire à travers son monument le plus emblématique : le Donjon de Houdan. Si la commune n'a pas accueilli de grande maison centrale contemporaine comme d'autres villes de la région, elle possède une histoire de justice seigneuriale puis de proximité bien ancrée dans le territoire. [1, 2, 3]

Le récit de cette facette de l'histoire locale se structure autour de deux grands axes :


1. Le Donjon : Une tour médiévale devenue prison civile (XVIe – XVIIIe siècle)

Bâtie au XIIe siècle par les comtes de Montfort pour symboliser leur puissance féodale, cette tour maîtresse haute de 25 mètres n'avait pas vocation à être un lieu d'habitation. À partir du XVIe siècle et jusqu'à la Révolution française, le Donjon de Houdan fut converti en prison. [1, 2, 3, 4]

  • Les geôles et les graffitis : La tour servait de lieu de rétention pour les criminels locaux ou les personnes en attente de jugement. Les étages supérieurs et les salles basses ont été aménagés à cet effet. De cette sombre période, les murs du donjon conservent de précieux témoignages : de très nombreux graffitis gravés dans la pierre par les prisonniers, dont certains sont parfaitement datés du XVIIe siècle. [1, 2]

  • Le gibet au pied de la tour : À cette époque, la prison n'était pas seulement un lieu de détention, mais aussi le théâtre des châtiments. Les exécutions publiques de la justice locale se déroulaient directement au pied de la tour. [1, 2]

  • L'anecdote insolite de Guillaume Léger : En 1549, un détenu nommé Guillaume Léger fut condamné à la pendaison au pied du donjon pour avoir « rogné des monnaies » (une pratique illégale consistant à gratter les bords des pièces d'or ou d'argent pour en récupérer le précieux métal). Lors de son exécution, la corde se rompit. Le roi (Henri II) y vit un signe divin et choisit de lui accorder sa grâce, à la seule condition que le miraculé « prie Dieu pour la santé du Roy ». [1]

Après la Révolution, la vocation carcérale du bâtiment s'est éteinte, et le donjon a connu des réhabilitations mémorables, notamment en devenant le château d'eau municipal de la commune en 1880. [1]


2. La justice locale et l'organisation judiciaire à Houdan

Sur le plan strictement institutionnel et judiciaire, Houdan a longtemps été le siège d'une justice locale très active :

  • La Justice de Paix (Révolution et XIXe siècle) : Lors de la réorganisation administrative de la France après la Révolution, Houdan est devenue le siège d'un tribunal de Justice de Paix dès le 4 novembre 1790. Cette juridiction de proximité traitait les petits litiges du quotidien (affaires civiles mineures, litiges de voisinage, petite police) pour l'ensemble des communes du canton de Houdan. Plusieurs juges s'y sont succédé à travers les époques révolutionnaires (les juges Pollisse, Lamarre ou Erard). [1]

  • Le rattachement pour les affaires graves : Pour les délits plus importants et les crimes de sang, le territoire de Houdan basculait sous la compétence du tribunal d’arrondissement de Mantes (pour le correctionnel) ou de la Cour d'assises de Seine-et-Oise à Versailles. C'est vers ces maisons d'arrêt majeures que les détenus de Houdan étaient transférés dès lors que leur peine dépassait le simple cadre de la rétention provisoire. [1, 2]


3. Houdan dans la géographie criminelle : L'ombre de l'affaire Seznec

Bien que cela ne relève pas des institutions de la ville, Houdan est un jalon géographique incontournable de l'une des plus célèbres énigmes judiciaires françaises : l’affaire Seznec.
En mai 1923, lors de leur voyage automobile fatidique entre la Bretagne et Paris, Guillaume Seznec et le conseiller général Pierre Quéméneur passent par la région. C'est dans le secteur de la route nationale près de Houdan et de Dreux que se situent les derniers témoignages fiables et les mystères entourant la disparition de Quéméneur. L'affaire a donné lieu à des décennies de procédures et de requêtes en révision. [1, 2]

Pour étudier le passé carcéral (principalement lié au Donjon) et l'organisation de la justice locale à Houdan, les sources directes et les monographies locales s'avèrent indispensables.


📝 Notice thématique : Le patrimoine carcéral et judiciaire de Houdan

  • L’institution carcérale seigneuriale (Le Donjon) : Construit au XIIe siècle par les comtes de Montfort, le Donjon de Houdan perd sa fonction purement militaire à la fin du Moyen Âge. Du XVIe siècle jusqu’à la Révolution française, la tour est reconvertie par le bailliage en prison civile. Les salles basses servaient de cachots tandis que les étages accueillaient les prisonniers de droit commun ou en attente de transfert. Le principal témoignage de cette époque réside dans les centaines de graffitis (noms, dates, crucifix, navires) gravés par les détenus dans la pierre tendre des murs intérieurs.

  • La Justice seigneuriale et le Bailliage : Sous l'Ancien Régime, Houdan disposait d'un bailliage (justice royale et seigneuriale combinée) qui disposait du droit de haute, moyenne et basse justice. C’est cette juridiction qui gérait la prison du Donjon et ordonnait les châtiments corporels exécutés sur la place publique attenante (gibet).

  • La Justice de paix (Époque contemporaine) : À la Révolution, la loi des 16 et 24 août 1790 instaure les Justices de paix. Houdan devient le siège de la Justice de paix de son canton dès novembre 1790. Installée dans l'ancien auditoire ou à la mairie, elle tranche les litiges civils de proximité et de simple police jusqu’aux réformes de suppression de ces tribunaux au milieu du XXe siècle.


📚 Bibliographie et sources de référence

1. Monographies et études sur le Donjon-Prison

  • Harmand, Jacques. Le donjon de Houdan. Études complémentaires. Publié dans le Bulletin monumental, tome 130, n°3, 1972, pp. 211-226.

    • Note : Une étude architecturale et historique majeure qui s'appuie notamment sur les relevés de l'architecte Lucien Gauthier (établi à Houdan en 1898). Elle aborde de manière indirecte les transformations et aménagements intérieurs de la tour, y compris sa période d'utilisation comme geôle. [1]

  • Hervé, Anne. Houdan, son histoire de A à Z... ou presque. Éditions Sutton, 2023.

    • Note : L'ouvrage d'histoire locale le plus récent sur la commune. Il consacre des notices détaillées au Donjon, à son utilisation comme prison et aux différentes anecdotes judiciaires (comme celle du pendu miraculé de 1549).

  • Ouvrage collectif. Houdan : son histoire, ses monuments, sa vie dans le passé. Réédité par les associations d'histoire locale.

    • Note : Un classique de l'érudition locale indispensable pour comprendre le fonctionnement du bailliage sous l'Ancien Régime et les structures de la ville fortifiée. [1]

2. Sources d'archives judiciaires (Yvelines et Île-de-France)

Pour des recherches approfondies sur les procédures et les prisonniers de Houdan, il faut s'orienter vers les fonds d'archives publiques :

  • Archives Départementales des Yvelines (Versailles) :

    • Série B (Justice d'Ancien Régime) : Contient les archives du Bailliage de Houdan (graphes d'écrou, jugements criminels, inventaires de la prison).

    • Série U (Fonds judiciaires post-1790) : Consulter tout particulièrement la sous-série des Justices de paix du canton de Houdan (procès-verbaux de conciliation, jugements de simple police).

    • Série Y (Établissements pénitentiaires) : Registres des détenus transférés depuis Houdan vers les prisons d'arrondissement (Mantes) ou départementales (Versailles). [1]

  • Farcy, Jean-Claude. Guide des archives judiciaires et pénitentiaires en France (XVIIIe-XXe siècles). Paris : CNRS Éditions, 2007.

    • Note : Un outil méthodologique universel pour comprendre comment retrouver le dossier d'un détenu ou une affaire jugée dans le secteur de Houdan/Mantes sous la République.

3. Rapports et ressources numériques

  • Le site officiel du patrimoine : Le portail du Donjon de Houdan propose des livrets d'exposition et des fiches historiques téléchargeables dédiées spécifiquement à la description des graffitis des prisonniers et à la vie quotidienne dans la tour sous l'Ancien Régime.

Tag(s) : #Affaires criminelles, #Justice - Peine de mort - Expertises, #Prisons anciennes, #Régions - Histoire
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