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Document 2010 - Depuis Les Antipodes, édité au Seuil en 1968 et préfacé par
Marguerite Duras, Jean-Marie Dallet a écrit une quinzaine de romans, dont Dieudonné Soleil, qui obtint la Bourse Concourt du récit historique. Dans De pareils
tigres, il revient sur une histoire qui défraya la chronique à la fin du XIXe siècle - celle des frères Rorique -, que Zola et Clemenceau comparèrent à l'affaire Dreyfus. Des lagons de Polynésie
au bagne de Cayenne, les frères pirates furent-ils des marins malchanceux ou d'impitoyables assassins ? La goélette s'approche du quai, une amarre est jetée, une ombre sort du noir qui l'attrape
au vol, la frappe autour du fût d'un canon planté dans le sol, et alors que l'aube gagne sur la nuit, on se rend à la proue pour pisser par-dessus bord. La goélette se nomme Papeete, le port
également, nous sommes Alexandre et Joseph Rorique, cela se passe à Tahiti en 1891, un jour ou deux après le 74 juillet, et c'est moi, Joseph, qui parle, mais ce serait pareil si Alexandre s'y
mettait parce qu'on est frères et que nous menons la même vie, quand l'un commence une phrase, l'autre la finit. Maintenant, des rayons de soleil glissent sur la mer, ricochent sur les arbres de
la rive, un chien déboule d'on ne sait où, s'assied sur l'herbe juste sous le mât de beaupré, un chien vraiment moche qui nous fixe, il doit porter malheur, et je ramasse un faubert traînant sur
le pont, le lance vers le clébard qui détale...
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Les courts extraits de livres : 01/06/2010
JOSEPH
La goélette s'approche du quai, une amarre est jetée, une ombre sort du noir qui l'attrape au vol, la frappe autour du fût d'un canon planté dans le sol, et alors que l'aube gagne sur la nuit, on
se rend à la proue pour pisser par-dessus bord. La goélette se nomme Papeete, le port également, nous sommes Alexandre et Joseph Rorique, cela se passe à Tahiti en 1891, un jour ou deux après le
14 juillet, et c'est moi, Joseph, qui parle, mais ce serait pareil si Alexandre s'y mettait parce qu'on est frères et que nous menons la même vie, quand l'un commence une phrase, l'autre la
finit. Maintenant, des rayons de soleil glissent sur la mer, ricochent sur les arbres de la rive, un chien déboule d'on ne sait où, s'assied sur l'herbe juste sous le mât de beaupré, un chien
vraiment moche qui nous fixe, il doit porter malheur, et je ramasse un faubert traînant sur le pont, le lance vers le clébard qui détale.
Cinq jours plus tôt, pour pouvoir monter à bord de la Papeete en escale à Rarotonga, on a dû se présenter au capitaine Wohler, je dis :
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Nous sommes frères, nous sommes marins, seuls rescapés du naufrage du Général Brash aux îles Marshall, dans une passe de Taluit.
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Alexandre ajoute :
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- Nous ne possédons plus de papiers d'identité, ils sont au fond de l'eau, mais le résident allemand nous a fourni un document, le voici.
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Et il tend à Wohler une feuille revêtue du sceau impérial confirmant que nous sommes bien Alexandre et Joseph Rorique, l'un et l'autre nés à Natal en Afrique du Sud de parents originaires de Jersey.
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Nous parlons peu de Jaluit et du naufrage, pas beaucoup plus de la manière dont nous avons gagné Penrhyn, un autre atoll inhospitalier - ne le sont-ils pas tous ? - vers le nord de l'archipel des Cook, et à propos de Rarotonga où nous avons débarqué deux mois plus tôt, je déclare :
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- Voilà une île plus aimable, haute, verdoyante, mais on s'y emmerde à cause des pasteurs anglais, comme vous le savez, capitaine, ici plus de danses, plus de fornication, rien que de la prière et du sermon.
Auteur : Jean-Marie Dallet
Date de saisie : 01/06/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Éditeur : les Ed. du Sonneur, Paris, France
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