Document 2009 - Paris, 12 Février 1894. Émile Henry, un jeune intellectuel radical, s'assoit à un guéridon du très chic café Terminus, rue Saint-Lazare, boit deux bières, puis sort, laissant derrière lui une
marmite piégée en guise de cadeau de départ. L'incident est au cœur du Dynamite Club, l'histoire fascinante d'Émile Henry et des militants anarchistes de l'" action directe ", entrés en guerre
contre la bourgeoisie en une sanglante campagne.
Le Paris de la Belle Époque était un lieu de plaisirs et d'oisiveté, d'élégance et de pouvoir. Mais les grands boulevards, avec leurs grands magasins et leurs terrasses bondées, étaient une vitrine trompeuse. L'opulence ne bénéficiait qu'à quelques-uns et la majorité des Parisiens vivaient dans la pauvreté. A la fin du XIXe siècle, des travailleurs et des intellectuels firent cause commune autour d'une philosophie politique, l'anarchisme, qui visait à renverser l'État par tous les moyens nécessaires.
En prenant les civils pour cible, ces dynamiteurs voués tout entiers à leur cause et prêts au martyre provoquèrent une réaction viscérale de l'État, dont les " lois scélérates " ne firent qu'étoffer davantage leurs rangs. En quelques décennies, attentats, fusillades et assassinats - dont deux présidents, le Français Sadi-Carnot et l'Américain McKinley furent victimes - allaient donner naissance au terrorisme moderne.
Surprenant et provoquant, Dynamite Club met brillamment en lumière une période de bouleversements sociaux et politiques spectaculaires et s'interroge subtilement sur notre propre époque.
John Merriman est professeur d'histoire à l'université de Yale.
Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la France, dont Limoges, la ville rouge : portrait d'une ville révolutionnaire (1990), Aux marges de la ville : faubourgs et banlieues en France, 1815-1870 (1994) et Mémoires de pierres : Balazuc, village ardéchois (2005). Il partage sa vie entre New Heaven (Connecticut) et Balazuc (Ardèche).
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La revue de presse Dominique Kalifa - Libération du 9 juillet 2009
En s'attachant à suivre pas à pas le destin d'Émile Henry, à reconstituer le moindre de ses gestes, il a voulu «pénétrer dans l'esprit d'un terroriste», dont l'acte inaugure selon lui les formes du terrorisme contemporain...
A l'encontre d'une tradition terroriste qui visait jusque-là les rois, les présidents ou les agents de l'État, Henry inaugure l'attentat en aveugle qui prend pour cible les citoyens ordinaires. «Je ne frapperai pas un innocent en attaquant le premier bourgeois qui passe.» La plupart des théoriciens anarchistes déplorèrent l'explosion du café Terminus, qui atteignit des innocents. «Sa bombe a surtout frappé l'Anarchie», écrit son ancien ami Charles Malato. Arrêté, Henry fut guillotiné quelques semaines plus tard - il monta sur l'échafaud, sûr d'accéder à «l'immortalité révolutionnaire» - et une lourde répression s'abattit en effet sur le mouvement anarchiste. Mais son geste portait en lui un terrorisme d'un genre nouveau, dont les activistes du XXe siècle devaient se souvenir.
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La revue de presse Jean Birnbaum - Le Monde du 10 juillet 2009
"J'aime tous les hommes dans leur humanité et pour ce qu'ils devraient être, mais je les méprise pour ce qu'ils sont", résumait en mai 1894 l'anarchiste Émile Henry. Il avait 21 ans et se préparait pour la guillotine. Retracer l'itinéraire de cet intellectuel révolté, comme le fait l'historien américain John Merriman d'une plume quasi romanesque, ce n'est pas seulement retrouver le décor de la Belle Époque. C'est reconstituer la scène où fut inventé l'attentat moderne en Occident...
La force de son livre se confond avec un aveu de faiblesse : habitué à privilégier la question sociale, en effet, l'historien a conscience que ce type d'approche bute fatalement sur des itinéraires comme celui d'Émile Henry. Dès lors, il choisit une méthode d'investigation à la fois savante et littéraire, croisant les sources afin de multiplier les points de vue. Il suit Émile Henry dans les rues de Paris, ulcéré par les scandales de la IIIe République, bouleversé par le sort qu'elle réserve aux ouvriers, par la répression qui s'abat sur les militants. Il le surprend en plein débat, dans telle ou telle gargote bellevilloise, criant : "Mort aux flics ! Mort aux bourriques !", et constatant que "seuls les cyniques et les rampants peuvent se faire une bonne place au banquet". Bref, il l'accompagne sur le chemin de la radicalisation, qui conduit bientôt Henry à choisir la "propagande par le fait", et même cette violence aveugle que condamnent par ailleurs beaucoup de ses camarades anarchistes.
Auteur : John M. Merriman
Date de saisie : 09/07/2009
Genre : Histoire
Éditeur : Tallandier, Paris, France
Collection : Histoires d'aujourd'hui
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