Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

http://a21.idata.over-blog.com/300x300/2/45/42/71/philippe-9/51e7Ges33DL._SS500_.jpgDocument 2009 - Il y a trente ans, en 1979, la prison de Metz-Queuleu accueillait ses premiers détenus. Etablissement pénitentiaire ultramoderne pour l'époque, s'y réalisait la difficile synthèse entre une sécurité maximale (nécessaire pour les quelques auteurs présumés des crimes les plus graves), le régime cellulaire, qui avait fait débat pendant tout le XIXe siècle (un seul détenu par cellule pour empêcher la récidive) et l'aménagement de grands espaces grâce auxquels les détenus I puissent travailler et se livrer à des activités physiques et culturelles (en vue de ne pas s'étioler au sein de la prison, et de se préparer à leur réinsertion]. Metz-Queuleu, implantée à quelques centaines de mètres du Fort de Queuleu, de sinistre réputation, était, à l'instar de la prison de Fresnes presque un siècle plus tôt , un établissement éclectique et symbolique de ce qu'une prison ne devait plus jamais être.

De la généalogie de la prison de Queuleu, complexe et objet de bien des lenteurs et des controverses, il sera question dans le dernier chapitre de cet ouvrage. Cependant, ce qui a intéressé en priorité son auteur, historien reconnu de l'enfermement, se situe en amont. Avant la prison de 1979, la ville de Metz a disposé, sur le long cours de l'histoire pénitentiaire, de prisons remarquables, dont les murs sont toujours debout aujourd'hui : celle de l'actuelle rue Maurice Barrés, constituée de la réunion d'une prison militaire et d'une prison civile, établissement entièrement rebâti entre 1826 et 1830, puis devenu en partie cellulaire à la fin du XIXe siècle, au temps de l'occupation allemande ; celle ouverte en Chandellerue, la Madeleine, qui fut successivement maison de correction, prison réservée aux femmes, bien plus tard centre de semi-liberté. Barrés fonctionne toujours aujourd'hui, comme prison où sont mises en oeuvre les méthodes pénitentiaires les plus en pointe. La Madeleine est malheureusement à l'abandon.

C'est de l'histoire de ces prisons de l'ancien temps dont il est beaucoup question dans ce livre. L'auteur y insiste particulièrement sur la vie matérielle et morale des occupants : les prisonniers. Mais il ne faut pas oublier ceux qui en ont la charge, le personnel des prisons, en particulier les gardiens, rebaptisés surveillants depuis 1919.

Christian Cartier, docteur en histoire, directeur des services pénitentiaires, travaille depuis 35 ans dans l'administration pénitentiaire, menant des recherches sur l'histoire de l'enfermement depuis plus de 25 ans. Il a publié une vingtaine d'ouvrages, parmi lesquels «La prison aux champs» (l'abrégé de sa thèse consacrée aux colonies pénitentiaires agricoles pour mineurs délinquants du XIXe siècle] et une «Histoire du personnel des prisons françaises», tous les deux parus aux Editions de l'Atelier, une «Histoire de Fresnes, prison moderne», aux Editions de La Découverte/Syros et, plus récemment, trois monographies portant sur l'histoire des prisons d'Amiens, de Douai et de Loos-les-Lille. Ses prochains travaux ont pour objet l'histoire des prisons de Rennes et de Château-Thierry. Il est rédacteur en chef de la «Revue d'histoire pénitentiaire» que publie la direction de l'administration pénitentiaire.



1) Qui êtes-vous ?
Historien, directeur des services pénitentiaires depuis 35 ans, travaille depuis 25 ans sur l'histoire de l'enfermement.

2) Quel est le thème central de votre livre ?
Monographie consacrée à l'histoire des prisons de Metz, de la fin du Moyen Age à nos jours.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Il n'est aucune amélioration relative à l'amélioration des maisons d'arrêt et prisons, aucun adoucissement possible au sort des détenus, qui ne puissent et ne doivent être effectués", Commission des administrations civiles, 6 pluviôse an III (25 janvier 1795), p. 47.

4) Si votre livre était une musique, quelle serait-elle ?
La chanson de Bécaud, "Y'a toujours un côté du mur à l'ombre", dont l'air me trotte dans la tête, lancinant.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'idée que tous les prisonniers, sans exception aucune, sont nos frère humains et qu'un rien a suffi pour qu'ils soient "à l'ombre" et nous, les "honnêtes gens", en plein soleil.

 

  • Les courts extraits de livres : 22/10/2009«Histoire de Fresnes, prison moderne»

 

Extrait de l'avant-propos

Il existe, au cœur de la ville de Metz, d'extraordinaires vestiges. Je veux parler ici des prisons dites de Barrés. Mais «vestiges» n'est pas le mot qui convient, pas plus d'ailleurs que l'attribut de «Barrés», puisque l'une des deux est un établissement pénitentiaire toujours en activité aujourd'hui et que l'autre, désaffectée, n'est pas dans la rue Maurice Barrés, mais en Chandellerue. Avec une troisième toute proche, qui était implantée rue du Cambout (mais on disait aux XVIIIe et XIXe siècles la prison de la Haute-Seille), dont il subsiste toujours une toute petite partie où les juges de l'application des peines ont leurs bureaux, ces deux prisons résument toute l'histoire pénitentiaire jusqu'à ces dernières années. La prison de la rue de Barrés est formée de la réunion d'une ancienne prison militaire et de la prison civile ou bourgeoise ou prison de la rue Saint-Gengoulf, qualifiée de maison d'arrêt à partir de la Révolution, celle en Chandellerue était, sous l'Ancien Régime et longtemps après, la maison de correction de la Madeleine avant de devenir prison de femmes puis centre de semi-liberté, la prison de la Haute-Seille était elle aussi prison militaire.

A ma connaissance, Metz est la seule ville en France qui offre ces témoignages en pierres, miraculeusement préservés, de la longue histoire des prisons depuis le XVIIIe siècle à nos jours. Les deux prisons militaires sont un peu spécifiques, elles attestent de l'importance de Metz comme ville de garnison. Mais le «complexe» Barrès-Chandellerue matérialise le condensé de toute une histoire, d'un pan de l'histoire des hommes, souvent travesti : les prisons étaient là, et bien là, sous l'Ancien Régime, sises en plein coeur des villes, familières à la population, apparentes à ses yeux, apprivoisées en quelque sorte. Et elles étaient déjà différenciées. L'une, la prison bourgeoise ou civile, spécialisée dans l'accueil des prévenus (présumés délinquants non encore jugés], l'autre, la Madeleine, dans le «traitement» d'un certain nombre de condamnés (mendiants, vagabonds, délinquants de misère). Mais la différenciation n'était que sur le papier : existait dans les sous-sols de la prison civile un horrible cachot où l'on entassait les galériens attendant le passage de la chaîne, alors qu'ils auraient dû se trouver à la Conciergerie (prison du Palais de Justice qui a disparu depuis les premières années du XIXe siècle) ; et la maison de correction de la Madeleine accueillait aussi des non-délinquants, prostituées que l'on soignait de la syphilis, enfants abandonnés ou filles-mères venues y faire leurs couches dans une semi-clandestinité. L'indécision était grande concernant le rôle imparti à la prison : institution de soin, ou institution de répression ? L'ambiguïté subsiste encore de nos jours.

Histoire des prisons de Metz : de l'Ancien Régime à nos jours

Auteur : Christian Carlier

Date de saisie : 22/10/2009

Genre : Société Problèmes et services sociaux

Éditeur : Serpenoise, Woippy, France



Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :