Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

Rediffusion sur FRANCE O le mercredi 26 janvier 2011 à 21 heures 30

 

http://2.bp.blogspot.com/_DHyZXbtFTvo/S3Idoip34pI/AAAAAAAAAuk/_s2rux7Ij-Q/s200/Photo037.JPGL’archipel des forçats” un documentaire fiction d’Olivier Trompas et Louis-José Barbançon. Produit par des caldoches, pour un public caldoche.

“L’archipel des forçats” est un documentaire-fiction produit localement comme l’a précisé Barbançon à la présentation du film hier soir à la Maison de la Nouvelle-Calédonie. On voit dans la première scène du film une voiture à l’intérieur de laquelle se trouve un prêtre avec le casque colonial, roulant allégrement sur une route de l’île Nou. Il croise un couple kanak, la femme kanak est en popinée et l’homme, torse nu. Un coup de klaxon marque cette rencontre (entre la voiture et le couple kanak), ce geste presque anodin signifie ce lien, symbole d’une forme de convivialité coloniale ou chacun est sa place, le blanc dans sa voiture et les Kanak à l’extérieur, en “harmonie” avec le paysage, la nature, faisant un salut de la main pour signifier leurs courtoisie (preuve de leur possible accès à la civilisation).

Le décor et le ton du film (je devrais dire le premier stéorotype) sont donnés dès les premières minutes. Les Kanak apparaîtront sur les 93 minutes du film comme des instruments et des objets d’une mise en scène, réduits à leur plus simple expression, le silence (c’est sûrement un choix inconscient de Barbançon).Ce qui me semble remarquable dans ce film, c’est la tentative d’une inversion des rôles que je nomme “inversion historique”. Barbançon s’y emploie laborieusement en faisant une compilation de l’histoire coloniale, en la réduisant à la période du bagne et à la situation misérable des bagnards. La révolte de 1878 est évoquée dans le documentaire comme un épiphénomène, un vulgaire pet dans l’histoire coloniale.

http://www.joel-paul.com/wp-content/uploads/2009/12/archipel-des-forcats-393.jpgAvec la force des archives et le témoignage poignant des histoires singulières des descendants des bagnards, c’est à dire les Caldoches, le pathos et l’émotion sont convoqués au chevet de l’Histoire avec un grand H. Rien de plus légitime que de se construire un récit pour donner sens à sa place dans ce pays et l’affirmer comme une démarche identitaire. Ce qui me paraît étrange et qui se dégage des témoignages, c’est la formulation d’un discours victimaire, qui les dégage d’ailleurs de toute forme de responsabilité dans le déroulement de l’histoire coloniale. Un gars de Boulouparis le résume (enfin je le paraphrase) très bien : “Nous sommes victimes à l’insu de notre plein gré”.

Barbançon nous offre le luxe d’un certain nombre de raccourcis historique et je le crois sincère dans cette démarche de vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes, il invite d’ailleurs le grand Victor (Schoelcher) pour essuyer ses larmes et les humanistes pour compatir à la situation misérables “de ces Monsieurs de la grande vertu” que représente les bagnards.

A la fin du film Louis-José Barbançon intervient pour décrire toute la souffrance qu’il a eu à faire ce film (c’est bien sur la séquence émotion) et ensuite nous faire le plaisir de son analyse sur la responsabilité de l’Etat. Il insiste lourdement à plusieurs reprise sur la responsabilité de l’Etat, cherchant peut-être une approbation chez les Kanak présents dans la salle. Ce discours de Barbançon fait étrangement écho à la lettre contre les métropolitains et les relents racistes d’ Olivier Houdan. Peut-être s’agit-il des premiers éléments de l’émergence d’un populisme caldoche. Bien sûr, c’est une hypothèse de ma part.

Bien évidemment ce n’est qu’un documentaire-fiction. Barbançon se permet une grande liberté (l’Histoire) avec beaucoup de lyrisme… il appelle cela une démarche historique.
“Être victimes à l’insu de son plein gré” n’est pas une mince affaire.

François Eira KARE

L’archipel des forçats Nouvelle Calédonie – 2009 – 90 mn
Réalisateurs : Jacques-Olivier Trompas et Louis-José Barbançon
Production : Néo Productions
Version française sous-titrée en anglais

http://paradiseishell.wordpress.com/2010/03/26/critique-de-francois-eira-kare-sur-larchipel-des-forcats-documentaire-fiction-dolivier-trompas-et-louis-jose-barbancon/

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :