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http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/7/7/9/9782870279977.jpgDocument 2010 - Rien ne prédestinait Lisette, issue d'une famille juive ardemment patriote, à devenir l'épouse de l'un des chefs de file de la collaboration, fusillé en 1947.


Lisette de Brinon a accumulé avec un inlassable dynamisme toutes les contradictions et les ambiguïtés du tumultueux XXe siècle. son fils évoque sans indulgence mais non sans attachement, le singulier itinéraire de cette femme à travers les tempêtes du siècle dernier. un livre émouvant qui, à travers le destin hors du commun de Lisette de Brinon, éclaire de l'intérieur à la fois les troubles années 1930 et les obscures années d'occupation.

 

 

 

La revue de presse Marc Lambron - Le Point

 

Voici l'histoire d'une femme, née Louise Rachel Franck en 1896, qui devint Mme Claude Ullmann, puis marquise Fernand de Brinon. Son fils tient ici la plume : «Je l'ai aimée telle qu'elle a été, et ce fut parfois difficile», note Bernard Ullmann, qui a sous-titré son livre «Une juive dans la tourmente de la collaboration». Ouvrage exact, pudique, soldant avec douceur les impossibles comptes de la douleur. Au départ, une famille de négociants alsaciens ayant choisi Paris après 1871. Cousine d'Emmanuel Berl, Lisette est aussi la soeur d'Henri Franck, ce normalien stellaire emporté à 20 ans par la tuberculose, auteur de «La danse devant l'Arch», long poème qui annonçait aux yeux de ses contemporains la naissance d'un Péguy juif. Elle épouse en 1916 un courtier de banque de la plaine Monceau, Claude Ullmann, revenu du front avec croix de guerre et médaille militaire. L'après-guerre de cette rêveuse bourgeoisie ressemble à une terrasse ensoleillée... Divorcée en 1934, Lisette Ullmann s'entiche d'un hobereau de Libourne au visage de prélat tortueux. Journaliste renommé, amateur de chasses en Sologne et d'actrices parfumées, Fernand de Brinon est devenu dès les années 20 un agent d'influence du révisionnisme allemand. Proche de Laval et de Daladier, animateur du comité France-Allemagne, il préfigure par ses contacts les forfaitures du lendemain. Devine qui vient dîner ce soir ? Ribbentrop ou Abetz ? Nous sommes en 1938, mais Lisette de Brinon n'y voit que du feu... Elle n'échappa pas en fin de vie aux maisons de retraite de la couronne parisienne, ces résidences «Les Tilleuls» où la vieille dame qui disparut en 1982 cherchait encore les couloirs de l'Hôtel du Parc. Bernard Ullmann a écrit sur sa mère un livre bouleversant de probité. Au souvenir de ce colibri tragique et flûté, il offre un cadeau de vérité.

 

  • La revue de presse Delfeil de Ton - Le Nouvel Observateur

 

«C'était mieux en prison, au moins on y rencontrait des gens intéressants.» La marquise ne se plaît pas, dans sa maison de retraite du 9-3. A Fresnes, mai 1945, un tiers de siècle plus tôt, au retour de Sigmaringen, le gratin de l'Occupation lui tenait compagnie après que son mari et elle-même, et la secrétaire du mari, s'étaient livrés aux troupes américaines. Son mari : le marquis de Brinon. Elle, c'est une Franck. Lisette Franck. Quand elle a 20ans, en 1916, entre deux séjours au front, Claude Ullmann l'épouse, dont elle aura deux fils. Le cadet, Bernard, est aujourd'hui journaliste, comme l'était Fernand de Brinon lorsqu'il est devenu son second mari. Le pourquoi du livre qu'il publie, vingt ans après la mort de sa mère, c'est ce second mari...

Lisette de Brinon, ma mère ; une juive dans la tourmente de la collaboration

Auteur : Bernard Ullmann

Date de saisie : 02/03/2010

Genre : Biographies Historiques

Éditeur : Complexe, Paris, France

Collection : Destins

 

 

 

Un serviteur trop zélé

Par Daniel Bermond (Lire), publié le 01/09/2002

http://www.lexpress.fr/images/jaquettes/56/9782226116956.gifBrinon est l'un des visages les plus glauques de la collaboration que les archives filmées nous aient laissés. Toujours empressé auprès des officiels nazis, d'une obséquiosité sans retenue, adepte zélé du salut hitlérien, le délégué général de Vichy dans les territoires occupés a gardé une place de choix dans la galerie de portraits des salauds absolus que nous offre cette période. Mais n'y aurait-il pas une complaisance à ne le voir que sous cet aspect? Un aristocrate, nous dit-on. Oui, de par sa naissance. Est-ce l'essentiel?

Le titre de la biographie que lui consacre Gilbert Joseph pourrait laisser croire, en jouant sur le sens dérivé de ce mot, que Fernand de Brinon aurait manifesté une élégance qui eût en partie racheté l'ignominie des activités pour lesquelles il fut fusillé en 1947. Il n'en est rien et l'auteur, d'un grand doigté dans l'approche du personnage, ne cherche pas, d'ailleurs, à se faire l'avocat du diable. Le diable, en l'occurrence, a assumé jusqu'au bout les conséquences d'un engagement entamé bien avant que les événements ne le servent.

C'est cette trajectoire, une belle intelligence gâtée par son cynisme, qui paraît la plus intéressante. Car Brinon n'est pas un opportuniste qui aurait attendu la confusion née de la défaite pour s'imposer. Il faut remonter au début des années 1920 et à l'occupation franco-belge de la Ruhr. Plume en vue du Journal des débats et reconnue alors par ses pairs, Brinon, convaincu de la nécessité d'un rapprochement avec l'Allemagne pour contrer la menace soviétique, va vite se trouver en porte-à-faux par rapport à la ligne du quotidien. Contraint à la démission, il se lance tête en avant dans une politique que l'arrivée au pouvoir de Hitler va exacerber.

Son entretien avec le Führer publié dans Le Matin en novembre 1933, la création du Comité franco- allemand et du club du Grand Pavois, ses fréquents séjours dans l'Allemagne des SA, lui valent une réputation encombrante. On le tient à l'écart, même si Daladier aime à s'entourer de ses avis. «Brinontrop», dit Kérillis de cet ami un peu trop voyant de Ribbentrop.

Persuadé d'avoir eu raison avant tout le monde, il se présente en juin 1940 comme l'homme de la situation. Que ne l'avait-on écouté! La France n'en serait pas là... Installé à Matignon puis dans les appartements de la princesse de Faucigny-Lucinge, une juive spoliée, officiant à la tête de la Délégation générale de Vichy, si mal nommée «la Maison de France», il a rang d'ambassadeur et devient à ce titre le «go between» entre Pétain et l'occupant.

Sans doute son entregent lui permet-il de sauver quelques vies et de dispenser des juifs, dont sa propre femme, du port de l'étoile jaune, mais il couvre toutes les mesures de répression et met en œuvre le pire, évoluant avec une aisance de grand prince au milieu de ce monde mafieux de la collaboration. Jusqu'à la débandade de Sigmaringen, microcosme d'une France cramponnée aux basques d'une Allemagne en perdition, Brinon se fera le chantre d'une abomination sur laquelle sa componction et ses belles phrases avaient jeté un voile.

  • Livre: Fernand de Brinon, l'aristocrate de la collaboration

  • Auteur: Gilbert Joseph

  • Éditeur: Albin Michel

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