
Document 2007 - ... J'ai décidé de vous parler de mon
coup de cœur : il s'agit de la réédition des œuvres complètes d'Albert Londres aux éditions Arléa. Albert Londres, c'est un journaliste, un très grand reporter assez connu dans le monde de la
presse et très peu connu dans le monde des lettres alors qu'il a une véritable plume d'écrivain. On lui reprochait d'ailleurs dans ses rédactions d'avoir introduit «le virus de la littérature»
dans le monde de la presse. Il a une vie et une mort de grand reporter puisqu'il a disparu mystérieusement dans les années trente en mer Rouge lors de l'incendie de son navire qui le ramenait en
France après avoir traité d'un sujet très mystérieux et qui lui a probablement coûté la vie d'après les rumeurs sur la Chine. C'était vraiment un grand reporter qui avait sillonné en l'espace
d'une quinzaine d'années toute l'Europe et le monde. Il traitait de sujets fort divers comme les Comitadjis, des mouvements terroristes dans les Balkans, les asiles de fous ; il s'intéressait à
la Chine des seigneurs de la guerre ; il traitait du bagne en Guyane, de la prise de la ville de Fiume par l'aventurier d'Annunzio. Sa particularité, c'est qu'il avait tendance à ruiner ses
directeurs par ses notes de frais énormes, ce qui contribuait au fait qu'il était souvent chassé d'un journal à l'autre. Moi, personnellement, j'aime beaucoup Albert Londres pour son ton, pour sa
capacité à nous faire revivre des époques révolues comme notamment celle de l'entre-deux-guerres, la singularité de sa plume. C'était, loin du ton laconique de tout reporter journalistique, de
retranscrire un récit foisonnant où la dérision était un peu son arme de prédilection, et elle faisait, c'est vrai, des ravages ; il était d'ailleurs l'ami d'un autre journaliste qui s'appelait
Henri Béraud et qui avait donné une sorte d'intitulé remarquablement poétique à sa profession dans la mesure où il se qualifiait de «flâneur salarié», meilleur qualificatif pour Albert Londres.
Enfin, pour terminer, je dirai que ses grands reportages ont contribué à faire évoluer la société puisque c'est grâce à lui que l'on a mis un terme à plus ou moins brève échéance au bagne de
Guyane. C'était en quelque sorte une sorte de Dante moderne qui descendait aux enfers de notre République, mais avec la ferme intention d'adoucir cet enfer par ses articles qui ont fait
mouche...
Le choix des libraires : Choix de Laurent Lebourg de la librairie PRIVAT-CHAPITRE à PERPIGNAN, France (visiter son site) - 12/03/2010
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Les présentations des éditeurs : 08/09/2007
ALBERT LONDRES - OEUVRES COMPLÈTES - Présentées par
Pierre Assouline
Disparu en mai 1932 dans l'incendie du paquebot Georges-Philipar qui le ramenait de Shanghai, Albert Londres n'en finit pas de fasciner aussi bien les journalistes que ses lecteurs. Prince
incontesté du grand reportage, voyageur infatigable et hardi redresseur de torts, il ne cessa sa vie durant de «porter la plume dans la plaie». On trouvera rassemblés ici les onze
livres-événements de celui qui - selon son biographe Pierre Assouline, qui présente cette édition - « nous montra la grand'route ».
Les courts extraits de livres : 08/09/2007
VERS LA GUYANE - Quand ce matin, le Biskra qui, naguère, transportant des moutons d'Alger à Marseille et, maintenant promu au rang de paquebot annexe dans la mer des Antilles, eut jeté l'ancre devant Port-d'Espagne, les passagers de tous crins et de toutes couleurs, Chinois, créoles, Blancs, Indiens, entendirent ou auraient pu entendre le commandant Maguero crier de sa passerelle : «Non ! Non ! je n'ai ni barre, ni menottes, ni armes, je n'en veux pas !»
En bas, sur la mer, onze hommes blancs et deux policiers noirs attendaient dans une barque. C'était onze Français, onze forçats évadés, repris et qu'on voulait rembarquer pour la Guyane.
Le soleil et la fatalité pesaient sur leurs épaules. Ils regardaient le Biskra avec des yeux emplis de tragique impuissance. Puis, se désintéressant de leur sort, de la discussion et du monde entier, ils courbèrent la tête sur leurs genoux, se laissant ballotter par le flot.
Les autorités anglaises de Trinidad insistant pour se débarrasser de cette cargaison, on vit arriver peu après un canot qui portait le consul de France.
- La prison de Port-d'Espagne n'en veut plus, et moi je ne puis pourtant pas les adopter, gardez-les, commandant, fit le consul.
Il fut entendu que les Anglais prêteraient onze menottes et que trois surveillants militaires rentrant de congé et qui regagnaient le bagne dans les profondeurs du Biskra seraient réquisitionnés et reprendraient sur-le-champ leur métier de garde-chiourme.
Alors, le commandant cria aux deux policiers noirs :
- Faites monter.
Les onze bagnards ramassèrent de misérables besaces et, un par un, jambes grêles, gravirent la coupée.
Trois gardes-chiourme ayant revêtu la casquette à bande bleue, revolver sur l'arrière-train, étaient déjà sur le pont.
Mettez-vous là, dit l'un d'eux.
Les bagnards s'alignèrent et s'assirent sur leurs talons.
Quatre étaient sans savates. Chiques et araignées de mer avaient abîmé leurs pieds. Autour de ces plaies, la chair ressemblait à de la viande qui a tourné, l'été, après l'orage. Sur les joues de dix, la barbe avait repoussé en râpe serrée, le onzième n'en était qu'au duvet, ayant vingt ans. Vêtus comme des chemineaux dont l'unique habit eût été mis en loques par les crocs de tous les chiens de garde de la grand'route, ils étaient pâles comme de la bougie.
- Et s'ils s'emparent du bateau ? demandaient avec angoisse des passagers n'ayant aucune disposition pour la vie d'aventures.
Pauvres bougres ! ils avaient plutôt l'air de vouloir s'emparer d'une boule de pain !
Les surveillants reconnaissaient les hommes.
- Tiens ! dit l'un d'eux au troisième du rang, te voilà ? Tu te rappelles ? C'est moi qui ai tiré deux coups de revolver sur toi, il y a trois ans, quand tu t'évadas de Charvein.
- Oui ! répondit l'homme, je me rappelle, chef ! Le sixième se tourna vers son voisin :
- Reluque le grand (le plus grand des surveillants), pendant ses vacances il s'est fait dorer la gueule avec l'argent qu'il vola sur nos rations.
- Debout ! commanda le chef.
Les onze forçats se levèrent tout doucement. Le consul quittait le bord.
La Radio des libraires : Laurent Louis
de la librairie PRIVAT-CHAPITRE à PERPIGNAN, France (visiter son site) - 11/10/2007
Laurent Lebourg - 11/10/2007
Auteur : Albert Londres
Préface : Pierre Assouline
Date de saisie : 30/08/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Éditeur : Arléa, Paris, France
Collection : Littérature générale
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