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Page indépendante sans but lucratif administrée par Philippe Poisson et Camille Lazare, membres de l'association Criminocorpus
Dans le langage pénitentiaire historique, on appelle « cages à poules » d'étroites cellules d'isolement individuelles cloisonnées par des grillages ou des parois en bois ajourées, généralement installées en alignement à l'intérieur de grands dortoirs communs. [1, 2, 3] - Cliché photographique pris dans l'ancienne abbaye de Fontevraud.
🛠️ Origine et caractéristiques de ces cellules
L'époque : Ce système a été imaginé et déployé massivement sous le Second Empire (XIXe siècle). Il visait à l'origine à séparer les jeunes détenus des adultes pour éviter la promiscuité. [1, 2]
Les dimensions : Elles étaient extrêmement exiguës, mesurant généralement 1,5 mètre de large sur 2 mètres de long. [1]
La structure : Conçues en bois ou dotées d'une façade à claire-voie (grillagée), elles laissaient passer la lumière et l'air du dortoir principal tout en maintenant le prisonnier enfermé. [1, 2]
La fermeture unique : L'une de leurs spécificités techniques était leur système de verrouillage : un seul mécanisme permettait aux gardiens de fermer ou d'ouvrir toute une rangée de cellules en un seul geste. [1]
⚖️ L'ambiguïté d'un « progrès » social
La généralisation de ces structures fait suite à la loi de 1875 sur l'encellulement individuel. À cette époque, la "cage à poules" est paradoxalement perçue par l'administration comme un progrès humanitaire et social. Elle devait : [1, 2]
Garantir la sécurité des détenus durant la nuit en évitant les agressions au sein des dortoirs collectifs.
Empêcher les complots, les vagabondages nocturnes et les tentatives d'évasion. [1]
Cependant, pour les observateurs et les détenus, ce dispositif est rapidement devenu le symbole de la tyrannie carcérale et de la déshumanisation, réduisant l'humain à l'état de bétail en cage. [1]
📍 Des exemples célèbres en France
Certaines anciennes prisons françaises fermées ou reconverties ont conservé ces structures, aujourd'hui protégées au titre du patrimoine :
L'abbaye-prison de Clairvaux : Les cages à poules y constituent une étape marquante et impressionnante de la visite historique.
L'abbaye de Fontevraud : Devenues extrêmement fragiles, les "cages à poules" de cette ancienne prison ne se découvrent plus que lors de visites guidées très spécifiques.
La centrale d'Eysses : Durant la Seconde Guerre mondiale, les prisonniers politiques et résistants y étaient entassés. Leurs témoignages racontent que la solidarité les poussait à négocier l'ouverture des grilles en soirée pour recréer du lien social malgré l'exiguïté des lieux.
Le bagne pour enfants de Belle-Île-en-Mer : La colonie agricole et pénitentiaire y enfermait les mineurs la nuit dans ces dortoirs grillagés pour empêcher toute fuite de l'île. [1, 2, 3, 4]
"Le carnet de recherche de Criminocorpus a été créé en 2008 sur la plateforme Hypotheses avec l'objectif de couvrir l'actualité de la recherche en histoire de la justice. Il s'est progressivem...